Et la théorie du zéro, vous êtes pour ou vous êtes contre ?

L’intitulé de l’article doit vous paraître stupide. C’est mon espoir.

Car le zéro, qui nierait qu’il existe et qu’il est bien utile. On ne peut être pour ou contre ! Bien sûr, il n’existe que en tant que création humaine, ce n’est pas une chose de la nature. Toute la série qui permet d’énumérer les choses, ce que nous appelons les nombres, sont une création humaine. C’est si on veut un langage qui permet de faire des opérations (de comptage, etc.) sur la réalité.

Le zéro s’est peu à peu invité comme rajout à cette liste de nombres. Il n’était pas spontanément utile pour le comptage, il le devenait pour la soustraction : Comment parler de ce qu’il reste quand on a enlevé toutes les choses numérotées ?

On peut supposer qu’il existe des tas de théories mathématiques (et autres) pour expliquer le zéro et augmenter sa fonction et son utilité. Et que ces théories peuvent être discutées. Mais il ne viendrait à l’idée de personne de rejeter le zéro. La question ‘Vous êtes pour ou contre le zéro » ne tient pas la route. Malgré qu’il soit un objet humain, utile mais théorique. Il est un fait abstrait, et il y a des théories explicatives, mais pas de mise en doute de la réalité du zéro. On ne peut pas ‘croire ou non’ au zéro.

Bon. On peut faire le même raisonnement à propos du genre. Le genre est un concept. Il sert à expliquer la réalité. Il a une fonction. Bien sur, c’est une invention humaine, mais on ne pourrait s’en passer. Et s’il existe des théories à propos du genre, théories qui peuvent être discutées, la question « vous êtes pour ou contre le genre » ne tient pas la route.

On peut contester le fait que le concept est utile pour expliquer la réalité. On peut prétendre par exemple : « la séparation de fait des êtres humains en fonction de leurs parties génitales d’homme ou femme suffit ». Nous savons aujourd’hui que cette assertion ne tient pas la route. Parce que, d’abord, l’attribution d’un sexe ‘homme’ ou ‘femme’ à l’état civil est une opération faite en vitesse par un personnel médical (le plus souvent) à la naissance, et que les cas d’apparence corporelle « faisant douter » du sexe sont souvent tranchées sans autre analyse… Parce que, ensuite, certains êtres humains se sentent mal dans leur corps auquel on a attribué un certain sexe : soit qu’ils sont en réalité conformés autrement, soit qu’ils se ressentent appartenir au sexe qui n’est pas le leur.

Donc, la réalité d’être au sein du genre humain ‘un homme’ ou ‘une femme’ est une décision humaine qui ne colle pas exactement avec les faits biologiques,décision qui veut répartir en deux groupes hermétiques, exclusifs, ce qui ne se sépare pas si facilement. On institue deux groupes au sein de la société, ce qui est bien une création humaine.

Or cette ‘institution sociale’, cette opération s’accompagne d’une série de ‘normes’ de comportement qui sont attachées à ‘les femmes’ et ‘les hommes’. Des comportements qui sont liées à la sexualité, à la maternité et la paternité, à la fonction sociale (dans le travail, dans les relations sociales). Et ce sont bien des ‘normes’ qui se fixent comme un idéal, tel l’idéal de la virilité et l’idéal de la féminité, bien plus que des constats de faits. Le contenu de ces normes de comportement évolue, mais il s’impose toujours comme norme.

Or il y a des êtres humains à qui cette norme comportementale ne convient pas du tout. Ainsi les homosexuels qui suivent une autre orientation sexuelle et, dès lors, des normes de comportement propres à ces groupes. Ainsi les féministes qui résistent aux normes sociales qui imposent une hiérarchie où l’homme domine et maintient son autorité dans l’ordre social, et où la femme est dépendante et n’a pas de présence dans les sphères de décision sociale. Ainsi aussi certains hommes qui ne sont pas bien dans leur peau dans un statut dominant et privilégié.

Il est donc devenu très difficile de continuer à prétendre que ce sont des faits biologiques (ou des influences astrales de Mars et de Vénus, etc.) qui amènent les être humains à se comporter purement et simplement ‘comme ils doivent’, sans se poser de questions, et que cela ne crée aucune difficulté.

Voilà l’intérêt du concept de genre, pour expliquer autrement le fonctionnement social, dont la division de l’humanité en deux groupes, et les normes comportementales qui les accompagnent. Dire que c’est en tant que telle une théorie et qu’on peut être ‘contre’ ou ‘pour’ comme une croyance, c’est aussi stupide que la mise en doute du zéro. Dire que la réalité s’explique plus simplement, par les parties génitales et leurs effets sur l’être humain, c’est vouloir en rester à une explication magique… qui n’explique pas.

J’ai écrit ceci après avoir lu le début du ‘lexique’ proposé sur le blog ‘ça fait genre’ que je trouve très utile, et qui parle d’abord de ‘genre’ et de ‘sexe’ : cafaitgenre.org/

On pourrait continuer l’exercice un peu plus loin. Deux exemples.

Et la théorie de dieux, vous êtes pour ou vous êtes contre ? Nous aurons sans doute deux types de réponse à la question, mais qui voudront la reformuler. Ceux qui croient en un ou plusieurs dieux, diront : j’y crois et c’est une réalité, pas une théorie. Les autres au contraire, diront : les dieux n’existent pas dans la réalité, et toute théorie à leur sujet n’a pas de fondement. On se partagera sur la question de savoir si les dieux sont utiles pour expliquer la réalité. On sent bien que l’idée de dieu n’a pas la même efficacité que le zéro, qu’il ne fait pas consensus. Parce que son mode d’explication est ‘magique’.

Et la théorie du carnaval, vous êtes pour ou contre ? Oui, il y a des études sur le carnaval, et sur les différentes formes qu’il prend dans des sociétés bien distinctes. Mais il faut savoir que le carnaval est une institution des humains, une pratique folklorique li&e surtout à la division entre hommes et femmes. Le carnaval est l’occasion d’un ‘charivari’, d’une révolution. Et certains se souviennent encore que, dans certains villages, les femmes portaient au carnaval des chapeaux d’homme, et vice versa. Et que c’était un vestige d’un temps où on inversait totalement les costumes et les rôles entre hommes et femmes. Dans certaines cultures, le peuple élisait pour un jour un ‘roi pour rire’ ou un chef religieux pour rire, et le but était de faire un charivari dans les classes sociales (cfr. le livre sur ‘Le carnaval de Romans’). Et que dire de ces villages qui connaissent une division symbolique entre ‘les rouges’ et ‘les bleus’ (sans qu’il y ait aucune connotation à ces couleurs et à ces groupes, et l’appartenance à tel ou tel groupe se transmet de génération en génération) et qui organisent des bagarres entre groupes dans une grande fête villageoise. Bref, le fonctionnement social comporte des institutions de division, mais aussi des charivaris qui rappellent que cette division peut être moquée, inversée, manipulée, etc. Rien de cela n’est biologique, naturel, évident. Nul ne semble prétendre que ce sont des théories et qu’on doit être contre !

Publicités
Cet article, publié dans Féminisme, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Et la théorie du zéro, vous êtes pour ou vous êtes contre ?

  1. Ping : Le pape François « dénonce l’enseignement du genre aux enfants  et se déclare favorable aux privilèges ! | «Singulier masculin

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s