Le partage des taches ménagères, c’est bon pour la jouissance sexuelle

C’est le New York Times qui l’écrit, en enquêtant… sur les anciens pays du bloc soviétique :

« Dès 1952, les sexologues tchécoslovaques ont commencé à faire des recherches sur l’orgasme féminin et, en 1961, ils ont tenu des conférences exclusivement consacrée au sujet », a déclaré Katerina Liskova, professeur à l’Université Masaryk en République tchèque. « Ils se sont concentrés sur l’importance de l’égalité entre les hommes et les femmes en tant que composante essentielle du plaisir féminin. Certains ont même soutenu que les hommes doivent partager les tâches ménagères et l’éducation des enfants, sinon il n’y aurait pas de bonnes relations sexuelles.

Agnieszka Koscianska, professeur agrégé d’anthropologie à l’Université de Varsovie, m’a dit que les sexologues polonais d’avant 1989 ne «limitaient pas le sexe aux expériences corporelles et soulignaient l’importance des contextes sociaux et culturels pour le plaisir sexuel». C’était la réponse du socialisme d’Etat À l’équilibre travail-vie personnelle: « Même la meilleure stimulation, ont-ils soutenu, ne contribuera pas à faire du plaisir si une femme est stressée ou surmenée, s’inquiétée de son avenir et de sa stabilité financière ».

Il s’agit d’un article du NYT du mois d’aout 2017, un essai de la série Red Century (Siècle Rouge), sur l’histoire et l’héritage du communisme 100 ans après la Révolution russe.

Kristen R. Ghodsee, professeur d’études russes et d’Europe de l’Est à l’Université de Pennsylvanie, auteur de nombreux ouvrages sur le communisme européen et ses conséquences, a voulu enquêter sur cette affirmation d’une enquête publiée en Allemagne peu après la réunification et qui constatait que les femmes de l’Est vivaient quatre fois plus d’orgasme que les femmes de l’Ouest !

Il a paru sur le blog Histoire et Société, ici, sur une traduction de Danielle Bleitrach.

Je n’en cite qu’un bref extrait qui… devrait interpeller les hommes.

Dans un premier temps, leur faire penser au fameux « le vais aider ma femme » (sic : voir le document « je n’aide pas ma femme »).

Les faire réfléchir ensuite à ce fait que la « charge mentale » de l’organisation des taches ménagères peut vous épuiser, vous vider les neurones, ne pas vous laisser le temps de la rêverie et du fantasme. Donc, partager les tâches ménagères, c’est surtout viser à partager la charge mentale que demande la gestion d’une tache, de sa conception à sa mise en exécution et à toutes les taches annexes.

Mais il y a un troisième stade, plus étonnant. Les hommes devraient se demander ce qu’ils font de la « charge mentale » qui les occupe à « être un homme » aux yeux des autres hommes, à se rassurer d’être un vrai homme, à vivre avec cet incertitude, et le stress de cette inquiétude et de cette compétition et de ce jeu de rôle en face du groupe des autres hommes. On peut se demander si ce stress n’a pas une influence sur leur capacité relationnelle durant l’activité sexuelle, si cela n’a pas une influence sur leur érotisme ‘conquérant’ ou ‘sportif’ plus que partagé, etc. Et donc sur une jouissance amoindrie. Le thème est vaste ! Je ne fais que poser la question et lancer l’interpellation…

 

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Un peu de féminisme, tant que cela ne nous empêche pas de dormir…

(Cet article, d’abord destiné au Blog de Paul Jorion, a été accueilli sur le blog de Didier Epstajn Entre les lignes entre les mots. Je le reprends ici pour permettre les commentaires éventuels).

Longtemps, le féminisme, auquel j’étais favorable depuis les années ’70, n’avait induit aucun changement dans ma vie, dans mon comportement. Rien de ma vie d’homme n’avait été mis en cause.

C’est étonnant, quand on y pense, cette tranquillité. Les femmes ont accédé à la pilule et à la contraception. C’est très bien, mais c’est elles que cela regarde. Les femmes ont accédé à l’avortement légal. C’est très bien, ce sont des mortes en moins, mais c’est elles que cela regarde. Les femmes ont acquis la liberté d’avoir un compte en banque, une activité économique (donc risquée), un héritage, sans l’autorisation du mari. C’est très bien, mais c’est elles que cela regarde. Elles ont acquis la liberté de travailler (hum…« les femmes ont toujours travaillé », dit tel livre de 2002: disons alors plus exactement que c’est le statut de femme au foyer qui a perdu sa valeur d’idéal), c’est très bien, mais c’est elles que cela regarde. Et de même des avancées antérieures, le vote, l’accès à des professions, à des études, … : rien n’a changé pour nous, les hommes.

Les femmes pourraient perdre ces acquis (contestation du droit à l’avortement, perte de l’accès à la pilule, etc…) ou en gagner d’autres (rattrapage salarial, résultats électoraux proches de la parité), rien ne changerait pour nous, les hommes.

Des esprits chagrins diront que notre situation masculine a été modifiée à la marge : dilution du vote masculin par l’élargissement de l’assiette électorale, perte de contrôle sur la fécondité féminine, perte de pouvoir de contrôle marital, affirmation d’une autonomie partielle des femmes, féminisation grandissante de certaines professions. Mais c’étaient des détails de l’histoire, tandis que la consommation, la décolonisation, la défense de l’environnement nous accaparaient l’esprit. Aujourd’hui encore, les sujets préférables ne manquent pas.

Donc, malgré les années ’70, les hommes pouvaient dormir tranquille. On partageait avec elles davantage d’idées sur la sexualité, on parlait soudain sereinement de soucis de de protections périodiques (qui bouchent les cabinets…), de stérilet ou de pilule oubliée (et moins de sa température ou son calendrier cycliques). On se sentait plus proche. On pouvait même trouver sympa quelques luttes de femmes, comme celle des ouvrières de la FN Herstal qui avaient remué jusqu’à toute l’Europe autour du ‘A travail égal, salaire égal’ par leur grève autonome de 17 semaines, déjà en 1963.

Dormir tranquille, ou presque. On avait quelques inquiétudes. Elles se plaignaient du partage des taches ménagères, mais les progrès de l’électroménager puis les cuisines équipées permettaient de masquer le déséquilibre. Elles évoquaient soudain le divorce « plus souvent qu’à leur tour » : on se sentait obligé de prendre de bonnes résolutions pour quelques mois, ou d’accentuer l’ambiance faite d’humour et de détente passagère. Ou de faire le gros dos ou de rebondir, seul.

Au fond, le féminisme c’était un bruit, parfois un peu encombrant, souvent un bas bruit. Et cela ne nous empêchait pas de dormir. Il y a avait eu le come back de Simone de Beauvoir (Le 2e sexe), Germaine Greer (La femme eunuque), Kate Millet (La politique du mâle). On n’avait pas lu. De Christiane Rochefort, on avait lu son roman, Le repos du guerrier, mais on pouvait ignorer ce texte où elle annonçait en 1971 :

« Il y a un moment où il faut sortir les couteaux. C’est juste un fait. Purement technique. Il est hors de question que l’oppresseur aille comprendre de lui-même qu’il opprime, puisque ça ne le fait pas souffrir : mettez vous à sa place. Ce n’est pas son chemin. Le lui expliquer est sans utilité. L’oppresseur n’entend pas ce que dit son opprimé comme langage mais comme un bruit. » (in Défense de l’opprimé, en introduction au Scum Manifesto de Victoria Solanas).

C’est aujourd’hui un texte culte. Il y avait eu les Journées des femmes, le Petit livre rouge des femmes, les Maisons des femmes, les Mouvements de libération des femmes, les déclarations des femmes. Mais nous n’étions pas concernés, pas bousculés. Puis le mouvement s’est étiolé, on a plutôt parlé des gays et des lesbiennes. On a pu considérer que l’égalité hommes/femmes était acquise pour l’essentiel, ou en bonne voie de l’être. Ce n’était plus un enjeu. D’ailleurs on était favorable. Que la différence salariale soit réduite à l’égalité, pourquoi pas ?

Voulant, quarante ans après, savoir mieux ce qu’il en était du féminisme, j’ai pris deux coups qui m’ont réveillé : « patriarcat » ou « domination masculine » et « violences faites aux femmes ». Et cela notamment par le blog de la féministe « Crêpe Georgette » qui pilotait avec une rigueur exigeante (elle ne laissait passer aucune pleurnicherie masculine) un forum de discussion faisant suite à ses articles provocateurs ; aujourd’hui, elle agit plutôt sur Tweeter. Bien sûr, vous connaissez ces thématiques dans l’air du temps. Vous pouvez encore dormir tranquille ?

Alors le patriarcat. Trois grosses voies d’interprétation :

  • le pouvoir en général, tel qu’il est désigné ainsi notamment par les anarchistes, allant des patriarches de l’antiquité aux dirigeants capitalistes ou communistes (où l’on apprend assez vite que les anarchistes, estimant qu’ils sont anti-patriarcaux et donc féministes par nature, se sont révélés très sourds et sournois pour combattre les violences sexistes dans leur mouvement) ;
  • le machisme exercé par chaque homme dans sa vie personnelle, dans son ménage, traînant des conceptions qui s’identifient peu ou prou au pater familias romain, dont on nous dit qu’il a droit de vie et de mort sur tous ceux de sa maison ; et chaque homme de proclamer : oui, mais non, ce n’est pas mon cas…
  • le système de domination masculine, tel qu’il transcende les époques et structure pour l’essentiel toutes les sociétés humaines (ou presque), tel une sorte de coutume non écrite et transmise par les pères, les mères et les institutions. Une culture, un habitus, venu du fond des âges et non pensé ? Une domination que nous reproduisons chaque jour, consciemment ou non.

On consulte (à nouveau) La Domination masculine de Pierre Bourdieu (1975), qu’on trouve un peu tordu, avant de découvrir qu’il est très décrié par les féministes, et notamment pour son silence absolu sur tout ce que la deuxième vague du féminisme avait pu lui apporter comme base de réflexion… On prend vaguement conscience que les discriminations qui frappent les femmes font système, et sont inscrites dans nos cultures depuis avant l’antiquité. Et qu’on peut les vivre comme confortables dans ce monde de brutes, si on est du bon côté…

Mais aussi les violences faites aux femmes. Autrement dit, sans l’euphémisation des ‘violences conjugales’ ou de la ‘drague maladroite », les violences masculines sur les femmes. On tombe assez vite sur les statistiques plutôt effroyables de viol, d’assassinat et, dénonciation plus récemment mis en évidence, de harcèlement. Statistiques de harcèlement mieux connues aujourd’hui, et c’est notamment un effet des réseaux sociaux (souvenez-vous de ces deux vidéos de femme harcelée à Bruxelles et à New York), mais elles sont établies et diffusées depuis 40 ans au moins. Elles étaient subies avec fatalisme et silence par les femmes, ou plutôt avec le fatalisme et le silence imposé par les hommes.

Si on veut bien laisser venir à la conscience ces deux données, patriarcat et violences masculines sur les femmes, sans entendre les cris de déni spontané qui nous obnubilent, on sent la honte et la colère vous envahir. On n’a sans doute pas à porter soi-même la responsabilité de cette domination violente, mais on ne peut pas non plus s’en décharger : notre inertie, notre irresponsabilité, notre volonté de ne pas voir et ne pas entendre, notre solidarité spontanée avec les hommes, comment l’expliquer, comment la justifier ? Comment, sinon par un mépris des femmes, identique au mépris des faibles et des opprimés, qu’affichent les oppresseurs ? Dans les faits, notre domination quotidienne prescrits nos faits et gestes.

Mais arrêtons là. Il faudrait encore parler de la prostitution et de la pornographie, comme violence masculine faite aux femmes, mais arrêtons là. Il faudrait encore parler de prise en charge des tâches ménagères, et de la ‘charge mentale’ que cette responsabilité entraîne. Écoutons plutôt en nous ces cris de déni masculin spontané, de protection de la virilité, cette haute valeur que l’humanité toute entière nous envie. Le déni masculin passe par diverses opérations rationnelles, qui sont celles de la symétrie (il y a aussi des violences féminines, donc…), du clivage (seuls certains hommes sont concernés, par défaut de maîtrise de soi virile), et de l’inversion des intentions (elle l’a un peu cherché, elle est un peu sorcière, elle a été provocante, elles attendent qu’on les force un peu…). Le déni se retrouve ensuite dans l’euphémisation des médias. Ce déni a encore été peu exploré en tant que tel, en tant que logique masculine cohérente. Mais il a été abondamment décrit par les femmes.

Car il y a de nombreux livres importants, écrits par des femmes, qui parlent de la domination masculine d’un point de vue radicalement féministe. Les auteurs à approche douce sont plus connues (Benoite Groult, par exemple), mais les écrits de Paola Tabet, Colette Guillaumin, Christine Delphy, Nicole-Claude Mathieu, Michelle LeDoeuf et Monique Wittig sont d’habitude largement ignorés dans les échanges masculins. Et il faudrait citer aussi dans cette liste de femmes Andréa Dworkin (une anthologie vient de paraître). Il y a encore quelques rares livres de même orientation écrits par des hommes, notamment Léo Thiers-Vidal (un belge flamand qui vivait en France) et John Stoltenberg. Tous livres peu connus, peu cités dans les médias, souvent traduits par des militantes.s.

Pourtant ce travail de déconstruction du masculin nous concerne et reste à faire. Tant qu’il ne sera pas devenu un savoir critique partagé, notre conscience des faits sera ensevelie rapidement sous de nouveaux dénis. Et un nouveau sommeil de la conscience. Arrêtons là, n’allons pas jusqu’à nous troubler notre sommeil.

Chester Denis

Post-scriptum 1 – Cet article fut d’abord écrit pour réagir à cette remarque « d’humeur » affichée par Paul Jorion sur son blog le 25 novembre dernier, qui disait : « S’il faut se réjouir sans réserves de toutes les mesures pouvant aller à l’encontre des violences conjugales [annoncées la veille par E. Macron], souvenons-nous toutefois du rôle qu’y jouent toutes les inégalités – et pas seulement celles entre hommes et femmes – parce que la cause première des violences conjugales – cela, nul ne l’ignore – c’est l’argent qui manque dans les ménages. Pour faire disparaître les violences conjugales : gratuité pour l’indispensable ! ». Cela m’avait paru une manière légère de botter en touche, ou de détourner les regards (tout en y insérant son combat pour la gratuité).

Paul Jorion a développé pour le journal Le Monde une position plus complète, ce 11 janvier 2018, en réaction à la fameuse Tribune du Monde portée aussi par Catherine Deneuve. J’y note sa volonté de distinguer ce qui relève d’un abus de domination, et ce qui relève d’une surcharge culturelle des différences de rôle : « Chez les autres mammifères, la différence de ces comportements en fonction du sexe connaît très peu de variété. Dans le genre humain, les différentes cultures ont introduit, à partir de la différence biologique, une variété considérable dans les comportements recommandés et prescrits. De manière générale, les cultures ont exagéré la différence exigée dans les comportements à partir du donné de la différence biologique » et il conclut, sur un ton ‘tranquille’, pour ne pas dire plus : « Il est navrant de voir aujourd’hui en France des femmes mues par un sentiment légitime d’indignation identique devant l’abus, s’entre-déchirer, faute pour elles de distinguer les exagérations culturelles des implications de la différence des sexes, et l’abus de pouvoir dans la gratification sexuelle. » . L’analyse me paraît toujours trop courte. Selon ce que j’ai lu de Pascal Picq, les organisations sociales des genres sont chez les grands singes très variables, tandis que l’humanité connaît une domination masculine plus prégnante, même si elle a varié dans l’histoire. Et il me paraît toujours nécessaire de ne plus dormir tranquille, de faire un travail sur notre masculinité et notre identité culturelle, afin de mettre en cause notre domination dans son affirmation concrète.

Post-scriptum 2 : j’ai choisi de décrire une démarche selon mon ressenti, et de faire prendre conscience d’un « manque à savoir », sans volonté de convaincre mais essayant de déjouer ainsi les résistances. Je sais déjà qu’elles seront nombreuses. Je ne suis donc pas entré dans le « contenu » de ces analyses.

Pour aller plus loin :

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Les médias adaptent leur déni

« Un trentenaire tue son ex-compagne et ses enfants avant de se suicider à Molenbeek » (titre Le Soir – Bruxelles)

« Un drame familial fait cinq morts: qu’est-ce qui pousse un homme à tuer ses proches avant de se suicider? » (titre de La Libre- Bruxelles)

La différence de titrage est nette : « Un trentenaire tue » est plus explicite que « un drame familial fait cinq morts ». On peut donc estimer que l’affaire des violences masculines  qui est mise en évidence depuis quatre mois amène les journaux à refréner leur euphémisation.

Mais paradoxalement, le texte de l’article du Soir, mieux titré, est d’une prudence tout aussi euphémisante : « Les corps sans vie d’une femme et de ses trois enfants ont été découverts lundi à Dworp, dans le Brabant flamand. Il s’agit de l’ex-compagne et des enfants d’un homme âgé de 39 ans qui s’est suicidé lundi matin à Molenbeek-Saint-Jean. Plusieurs éléments laissent penser que l’homme a d’abord tué son ex et ses enfants avant d’attenter à ses jours, indique lundi le parquet de Bruxelles. » Bref, il est prématuré de parler de crime, même si le titre est plus direct.

La Libre est plus explicite dans le bref texte accessible de son article, mais le transfère immédiatement en question sociale à soumettre à des experts, plutôt qu’en crime : « Un trentenaire a tué son ex-compagne et leurs trois enfants à Dworp puis s’est jeté dans le vide, à Molenbeek. Les psychologues se sont abondamment penchés sur les cas d’hommes qui tuent leur (ex-) femme et leurs enfants avant de se suicider. Parfois, ces hommes choisissent de ne tuer que les enfants. Leur message à l’égard de leur conjoint est plus moins le suivant, disent les experts : […]

Mettre l’accent sur un message contenu dans le crime, c’est déjà l’expliquer, sinon l’excuser. Or la conjointe est ici assassinée, de sorte que le message est peu réaliste !

Restons en là, et prenons nos responsabilités. Un crime passionnel, émotionnel, sentimental est-il à excuser, ou du moins à comprendre ? La perte et la douleur est la même pour les parents et amis de l’épouse défunte. Oui mais : il s’agit d’un crime où la douleur sentimentale explique plus le motif que le pur intérêt matériel ?

Encore une fois, les faits sont les mêmes et leurs conséquences identiques, et il faut nommer les actes, avant de les analyser. La tradition est que les femmes tuent bien moins fréquemment leur époux et leurs enfants, même si cela arrive ; or l’euphémisation profite bien plus aux hommes, tandis que l’horreur du crime est davantage soulignée chez les femmes, pour s’en étonner davantage.

Car la problématisation des « drames familiaux » fonctionne ainsi :

  • ces meurtres ne peuvent être regardés comme tels, ce sont des affaires familiales qui échappent au degré de gravité des crimes et il faut les dénommer autrement ;
  • c’est traditionnel (et donc quasi « naturel ») que les hommes tuent les enfants et souvent leurs femmes : pourquoi ?
  • c’est si rare (et donc « anti-naturel ») que les femmes tuent enfants ou mari : pourquoi ?

Bien sur, les rédactions journalistiques sont (étaient ?) un monde d’hommes, et le lectorat des journaux est d’abord un monde d’hommes (pour une grande partie). Le sexisme est donc une attitude spontanée.

Et cette attitude spontanée est pourtant obsolète. Le changement est en marche… mais il y a encore du boulot.

 

 

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Importuner, bousculer, harceler ? Non merci, sans façon

Dans une fameuse « tribune » parue dans les médias, une centaine de femmes ont plaidé pour le droit (des hommes) à importuner, à bousculer, à frotter dans le métro, à draguer comme un malotru. Non, j’ai dû mal lire : comme un maladroit.

Attention, leur plaidoyer ne parlait que très peu des hommes. Il attaquait surtout les féministes et se souciait surtout des œuvres d’art… Comment, vous aussi n’avez pas bien lu ? Relisons :

La vague purificatoire ne semble connaître aucune limite. Là, on censure un nu d’Egon Schiele sur une affiche ; ici, on appelle au retrait d’un tableau de Balthus d’un musée au motif qu’il serait une apologie de la pédophilie ; dans la confusion de l’homme et de l’œuvre, on demande l’interdiction de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque et on obtient le report de celle consacrée à Jean-Claude Brisseau. Une universitaire juge le film Blow-Up, de Michelangelo Antonioni, « misogyne » et « inacceptable ». A la lumière de ce révisionnisme, John Ford (La Prisonnière du désert) et même Nicolas Poussin (L’Enlèvement des Sabines) n’en mènent pas large.

C’est donc que, dans le mouvement #MeToo et #Balance ton porc, il y a un complot révisionniste, un agenda caché. Ne parlons pas des pauvrettes qui ont spontanément « pris la parole », c’est une anecdote ; mais parlons de « la campagne ». De fait, de fait, c’est autre chose :

De fait, #metoo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels. Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque. Cette fièvre à envoyer les « porcs » à l’abattoir, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment, au nom d’une conception substantielle du bien et de la morale victorienne qui va avec, que les femmes sont des êtres « à part », des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées.

Voilà donc dévoilée une campagne organisée pour envoyer à l’abattoir des victimes en les mettant « exactement » sur le même pied que des agresseurs sexuels, prétextant des … torts qui n’en sont pas vraiment. Et tout cela pour quoi ? Servir les ennemis de la liberté sexuelle. Évidemment ce texte est un geste de dénonciation de cet ennemi qui a organisé cette campagne de puritanisme, de révisionnisme, de répression des mœurs et des opinions, le féminisme haineux et sans limites :

En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité.

Restons en là (on pourrait insister avec d’autres extraits…)

(Pour une autre analyse approfondie, je recommande l’article sur le blog d’Anne-Lise et le genre (ici).

D’où vient cette démarche ?

Il y a dans cette démarche un fameux culot. Si on oublie un bémol de « précaution oratoire » au début et un autre à la fin, évoquant brièvement violences « sexuelles » et « abus de pouvoir », le but est bien de semer la discorde entre femmes avant tout. Et cela aura connu le succès durant quelques jours. Succès bien orchestré par le journal qui l’a publié, et qui l’a justifié par son « médiateur » (sic). La signataire de dernière minute a été mise en avant : Catherine Deneuve. Mais ce n’est pas elle qui a initié la démarche. Elle a servi de paravent médiatique aux auteures (énoncées en fin d’article).

D’où vient l’initiative ? Peggy Sastre en a donné l’explication pour Le Soir Magazine du 10 mars (c’est moi qui souligne) :

Comment est née cette tribune publiée dans Le Monde ? « D’une coïncidence. J’étais en train de me rendre malade, physiquement, à cause du « retour » – je mets des guillemets car il n’est jamais parti très loin – de l’ordre moral consécutif à l’hystérie collective provoquée par #metoo, quand j’ai entendu Catherine Millet, à la radio, s’exprimer sur les excès de « balance ton porc » en lien avec son livre sur D.H. Lawrence. J’ai ressenti comme une énorme bouffée d’oxygène. Le sentiment de n’être pas ou plus seule, alors qu’en général, ce n’est vraiment pas quelque chose qui me dérange, au contraire. Je l’ai contactée pour que nous la rencontrions avec Abnousse Shalmani que je savais souffrir du même « syndrome d’étouffement » avec dans l’idée d’écrire ce genre de texte. Au même moment, elle était aussi approchée par Sarah Chiche, mon ancienne éditrice et depuis devenue une amie. Nous avons immédiatement décidé de nous réunir et de solliciter une cinquième camarade, Catherine Robbe-Grillet, à qui je dois formellement la naissance de mon premier livre individuel. »

Donc cinq femmes sont les auteures de ce texte, et elles ont cherché ensuite des approbations d’autres signataires durant un gros week-end. Cinq auteures, dont trois au moins ont vis-à-vis du féminisme un profil qui pose question : elles ont une attitude pour le moins provocatrice… (selon wikipedia) :

  • Peggy Sastre, philosophe, journaliste et écrivain, a écrit un premier livre individuel : « Ex utero, pour en finir avec le féminisme » en 2009 et aussi en 2015 « La domination masculine n’existe pas ».
  • Catherine Millet est directrice de la Revue ArtPress, qu’elle a fondée en 1971. Elle a publié des livres sur l’art contemporain, mais aussi des récits autobiographiques, dont celui sur sa « Vie sexuelle » est mondialement connu, nous dit-on.
  • Catherine Robbe-Grillet est une femme de lettres, actrice française, et une maîtresse de cérémonie sadomasochiste. Son œuvre traite de BDSM.
  • Abnousse Shalmani est une journaliste française, d’origine iranienne, qui a notamment expliqué en 2017 au journal Marianne « Pourquoi je ne suis plus féministe ». Elle s’oppose notamment aux féministes islamistes en tant qu’elles défendent le port du voile.
  • Sarah Chiche est psychanalyste et écrivain.

Autant dire que l’agenda caché et la campagne sont plus évidentes à lire dans le profil de quatre auteurs sur cinq que dans le mouvement qui les importune !

(Pour aller plus loin, je recommande l’interview d’Eric Fassin sur FranceInfo (ici).

Et nous les hommes ?

Et nous, les hommes, voulons-nous harceler ? Harceler, c’est le mot. Car c’est la définition d’un importun : un être « qui vous dérange avec assiduité ». Voulons-nous bousculer ? Prendre un baiser volé ? Frotter dans le métro ? « Exhiber » (vocabulaire issu d’une manie perverse) des images pornographiques non souhaitées ?

Non merci, sans façon. Et cela, quelque soit notre manière de draguer, pour une raison principale : la domination masculine. Les hommes ont la liberté, ils peuvent se croire tout permis, ils peuvent utiliser la surprise, la force, la peur et le pouvoir. Et la plupart du temps, (jusqu’il y a peu), ils n’ont rien à craindre. Ils peuvent mépriser et vouloir baiser les femmes, leur faire sentir qu’elles ne sont qu’objet de sexe (le sexage, selon Catherine Guillaumin). Et les exploiter (taches ménagères) et les obliger à se reproduire et les tenir dans l’inégalité.

Beaucoup d’entre nous ne sommes pas demandeurs de pouvoir harceler. Nous avons l’intention et l’engagement de respecter les femmes. Respecter leur autonomie et leur liberté. Nous en faisons l’effort. Mais nous ne protestons pas devant la situation de domination masculine, devant les agressions, l’usage de la prostitution. Nous restons incrédules ; nous oublions les faits. Nous restons solidaires des autres hommes et profitons,même à regret, de nos privilèges injustes.

C’est tout cela qui est nié, qui est tu, qui est passé sous silence dans ce texte. Ces cinq femmes se trouvent bien dans le contexte de domination masculine, parce qu’elles sont elles-même arrivées à un certain degré de force et de pouvoir. Elles aussi peuvent traiter par le mépris les militantes féministes, et finalement toutes ces femmes anonymes qui ont ressenti soudain le besoin de dire « Moi aussi », de s’affirmer ainsi et de n’avoir plus peur. De ce que j’ai pu lire, celles qui ont pris la parole peuvent maintenant plus facilement partager entre elles des évènements mal vécus qui les rongaient en leur for intérieur jusqu’ici.

Et la liberté sexuelle, et la solidité des femmes ?

Derrière ce texte pernicieux, visant un mauvais clivage, il y a pourtant une ou deux questions qui méritent d’être posées.

Plusieurs femmes ont dit qu’elles pouvaient relativement aisément en imposer à un importun. Il faut faire cesser la démarche importune, souvent y faire diversion et parfois y ajouter de la détermination : l’important est de ne pas montrer de la peur. Et que cela s’apprend. Au fond, les cours d’autodéfense féminine ne visent pas autre chose.

Cela vaut uniquement dans une situation où il n’y a pas abus d’autorité. Dans ce cas d’abus, si elle peut le prévoir, il vaut mieux s’abstenir. (Ou alors, sans peur, profiter consciemment de l’abus pour obtenir ce que l’on veut : elle en a la liberté ; comme de dénoncer ensuite l’abus, qui était bien réel).

En ce sens, il y a sans doute une limite à la protection permanente des femmes (c’est les amoindrir encore).

Mais a contrario il y a un travail effectif de rééducation des hommes pour gérer leur sexualité. Mêler galanterie, muflerie et violence dans un même sac de confusion (comme dans le texte) n’aide pas les femmes, et pas non plus les hommes. Ils doivent quitter leur culture du viol et leur culture de la domination genrée, sexuelle y compris. On est loin du compte. Le texte constitue une régression sur ce travail et je ne veux pas croire que ces cent signataires voulaient aller jusque là.

C’est en ce sens que les événements récents tels que les deux affaires DSK, l’affaire Baupin, la législation réprimant les clients de la prostitution, la montée du refus du harcèlement au travail, et la dénonciation des abus masculins sont le signe d’un vrai changement en cours. Un changement qui continuera. Et ce mauvais texte ne sera sans doute qu’une péripétie sans lendemain.

Mais un travail intensif d’adaptation des hommes à cette nouvelle situation est encore à faire.

Et puis, dans un mouvement de sortie de la domination masculine et du patriarcat, il faudra bien construire à nouveaux frais la relation entre hommes et femmes. « Je serai heureuse quand ma fille pourra librement sortir en rue en jupe et décolleté » a dit une maman. Cette assertion m’interpelle. Est-ce que l’impératif de la mode féminine, portée par des hommes et assénée dans les « magazines féminins » aide les femmes à se libérer ? N’est-ce pas un autre cliché qui entretient la même culture d’un échange sexuel inégal, dans le déséquilibre ? La question du vêtement est épineuse (aussi pour les hommes), clivante, et il faut éviter un puritanisme, effectivement. Mais il faut faire société dans l’équité en même temps que permettre la liberté individuelle.

Voilà des questions que, selon l’expression connue, il faut laisser ouvertes, si le temps n’est pas venu de les résoudre. Ni même de les énoncer clairement.

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Le bilan après 2017

L’année 2017 s’est révélée différente des précédentes pour ce blog. On peut en tirer quelques leçons, tout en restant modeste pour une audience qui reste minuscule.

Fréquentation

La fréquentation s’est largement accrue par rapport aux années précédentes (sept semaines seulement en 2014) :

Année                          2014            2015          2016          2017

Visiteurs                                            647          1452          3536

Pages vues                                       1601         2692          5128

On atteint ainsi 10 visiteurs par jour à peu près. Pour autant, le nombre de pages vues par visiteur s’est encore réduit (de 1,6 à 1,3 page par visite). C’est surtout depuis le mois de mai que la fréquentation atteint ce niveau. Ce qui est frappant, c’est que des articles anciens sont les plus demandés : leurs référencements trouvées sur internet ramènent sur le blog des visiteurs de manière accrue sur le long terme. Certains articles récents sont peu consultés. Ainsi le blog vit désormais indépendamment de la parution de nouveaux articles.

Articles les plus lus

Les deux articles les plus lus sont des textes repris d’autres sites ! Il s’agit du texte d’un auteur anonyme « Ne dites pas ‘j’aide ma femme’, mais dites… », vu 517 fois en 10 mois et du texte de Elizabeth Pickett « Comment être un allié (masculin) du féminisme », vu 255 fois cette année et 740 fois en trois années pleines.

L’article original « Face au féminisme radical, quatre positions-type chez les hommes (Léo Thiers-Vidal) » a été vu 436 fois en 11 mois, dont 224 fois en février 2017, mois de sa parution.

Bien sûr, la fréquentation de la page d’accueil, qui affiche le dernier article paru, n’est pas comptée dans ces statistiques.

Les pages thématiques (qui regroupent plusieurs articles anciens, et des articles plus récents devraient y être intégrés !) ont aussi un certain succès de lecture. C’est la page « Taches ménagères » qui est la plus regardée en 2017 (274 vues), alors que les pages « De la virilité » et « le rôle du père » restent aussi consultées (179 fois chacune contre 92 et 146 fois en 2016).

Certains articles ne connaissent que moins de 10 lecteurs. Un article qui me paraissait important et au contenu instructif n’a rencontré qu’un intérêt confidentiel : « En Australie, les étudiants harcelés : mais où sont les agresseurs hommes ? » de aout 2017, n’a connu que 16 visiteurs. Par rapport à l’information superficielle donnée dans les médias, j’avais fait un effort de lecture de l’étude originale et de commentaires analytiques. Il s’agit d’une large enquête parmi les étudiants, donc fort représentative par son nombre de répondants, et qui donne des chiffres très précis sur divers types de violences (dont le harcèlement), tant pour les femmes que les hommes, tant les homos que les trans et les hétéros, etc. L’article « Sur la souffrance des hommes » et l’article « Une leçon de genre qui nous viendrait d’Afghanistan ? (Les clandestines de Kaboul) » ainsi que plusieurs articles sur l’affaire Jacqueline Sauvage sont encore régulièrement lus.

Pays des visiteurs

C’est le changement majeur de l’année 2017 : un important contingent de lecteurs provient soudainement des États-Unis. Ceci ne me parait pas croyable, et cela fait supposer que c’est l’effet d’un réseau social (lequel ?) dont le flux provient des USA mais dont les provenances sont dispersées, ce qui a donné un changement sensible :

Année             2016          2017

France            1996          2852

Etats-Unis          83          1357

Belgique           155           210

Canada             112            165

Divers

Signalons enfin que le blog n’enregistre que 35 abonnés, dont 12 de cette année (et sans doute quelques obsolètes des premiers mois d’existence du blog). Il reçoit également un nombre très faible de commentaires.

En conclusion, une audience en progrès mais qui reste très faible. J’ai en projet pour cette année de mettre de l’ordre dans les pages thématiques (rajout des articles récents) et de produire un texte plus développé (en chapitres). Un texte qui soit représentatif des nombreuses lectures de livres et articles sur le féminisme, et des réflexions que j’en ai tirées. Et de réduire ensuite l’activité de ce blog, en fin d’année.

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« Cher papa, ils vont me traiter de salope »

On me transmet le lien vers une vidéo que vous trouverez ici. Je la croyais toute récente. Elle est un peu ancienne (2015) mais très actuelle, en lien avec les mouvements « balance ton porc » et « moi aussi ». L’organisation norvégienne Care Norway a créé un court-métrage poignant pour traiter du respect des droits des femmes.

Vous le trouverez ici (avec sous-titres en français) et ici (version originale).

J’y entends bien le lien qu’il y a entre les comportements masculins, transmis de père à fils, puis de frère à frère ou entre amis. Il y a une pression et une tradition du groupe « Nous, les hommes ». De sorte que le risque pour les femmes est présent là, ici, maintenant, même avant leur naissance.

C’est encore une manière de visibiliser ou mettre en récit la domination masculine.

(Par contre, j’ai trouvé par deux fois que le choix de visage masculin, au moment de dénigrer un comportement, pouvait avoir une connotation raciste, ce qui serait regrettable. Je tiens à le signaler).

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« Refuser la connivence et la léthargie masculines »

Je reprends ici le communiqué du 21 novembre d’un texte, conçu par un groupe d’hommes, et dont je suis signataire (on trouvera l’original ici et ici) :

Nous vivons dans un système qui banalise et protège les violences masculines. Les hommes, quelle que soit leur particularité, ont appris à les exercer, à s’en servir et à bénéficier du rapport qu’elles génèrent. Allons-nous continuer à agir ainsi ?

Nous savons que les « blagues » sexistes nous permettent de poser nos marques et d’évaluer la résistance présente. Nous savons nous dédouaner, nous trouver des allié-es, des circonstances atténuantes, etc. Et nous savons très bien reconnaître les dépassements des limites en nous ou chez les autres hommes : les regards que nous imposons, la répétition de « propositions sexuelles » (vraiment pas insistantes), la mauvaise foi sur les intentions réelles, cette facilité avec laquelle nous imposons notre toucher lubrique (la cuisse ou la main qui se rapproche d’autrui lentement si discrètement), le marchandage pour obtenir du sexe, de l’attention ou de l’intimité, etc. 

Qu’importe que certains hommes n’utilisent pas les poings ou le feu, nous savons aussi rabaisser, pister dans la rue, ou simplement ignorer les femmes. Et c’est en connaissance de cause que les hommes agissent ainsi : pour garder ou asseoir le pouvoir, glorifier son ego, lire son journal tranquille, ou s’accorder entre potes devant le foot, ou n’importe quel autre concert de virilité. 

Certains d’entre nous voudrions nous penser égalitaristes ou progressistes quand nos propres actes sont des menaces, voire des agressions. Il faut que cela cesse. Il est urgent de mettre notre quotidien en conformité avec nos aspirations d’égalité et de justice et d’utiliser notre pouvoir autrement que pour le consolider.

Certains hommes se plaignent aujourd’hui que leur seule présence est en soi perçue comme une menace par des femmes, et ils saisissent cette idée pour leur adresser un énième nouveau reproche. Mais la responsabilité est plutôt à chercher du côté des hommes : ceux qui agressent des femmes en raison de leur sexe, ou ceux qui restent statiques encore en raison du sexe.

Les questions sur le genre ne sont pas un exercice ludique sur l’identité individuelle. Ce sont des questions qui concernent littéralement la vie de l’ensemble des femmes, et la survie pour un grand nombre d’entre elles. Alors s’il y a une chose à retenir de la révolte en cours, c’est bien de prendre la mesure de nos actes pourris passés, d’en assumer les responsabilités sociales et de nous mettre au travail pour que les violences masculines cessent.

C’est pourquoi, à la suite d’indications féministes1, nous nous engageons sur les différents points suivants. Nous invitons vivement les hommes qui liront ces lignes à en faire de même.

- refuser de parler à la place des femmes

- refuser de participer à la non prise en compte du genre ou à l'exclusion des femmes (conférences, postes de travail, médias)

- refuser de suivre ou protéger les autres hommes dans toutes les manifestations du sexisme quotidien

- refuser explicitement de consommer de la pornographie ou d'avoir recours à la prostitution

- s'impliquer à égalité dans l’ensemble des tâches ménagères et dans la charge mentale qu’elles suscitent. (Il n’est pas question de gouts personnels)

- verser un don conséquent – en regard des inégalités de salaire entre les sexes – aux associations féministes qui luttent contre les violences des hommes et leur impunité : AVFT, Collectif féministe contre les viol ,...

illustration tiré du blog « Genre! »

premiers signataires :

benjamin, bruno, claude, didier, dominique, erwann, frankie, gilles, gilles, jessy, joackim, martin, patrick, pierre, pierre, richard, sylvain, yeun

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Ne pas fermer les yeux sur nous

Nous ne devrions pas fermer les yeux sur la façon dont nous les hommes sommes formés à nous percevoir et à voir les femmes. Dans une société où la masculinité est habituellement comprise comme la capacité de dominer (pensez à la façon dont l’expression « sois un homme » est habituellement un défi lancé à quelqu’un pour qu’il exerce du contrôle), et où notre sexualité est définie comme le plaisir que les hommes obtiennent des femmes, nous pourrions vouloir faire plus que dénoncer le comportement des hommes les plus violents, pour nous demander plutôt comment tous les garçons et les hommes sont socialisés dans cette masculinité et cette sexualité.

Un bref extrait de l’article de Robert Jensen qu’on trouvera sur le site de Tradfem (ici), qui l’a traduit. Tout homme est complice des violences masculines : il en donne sept postures :

  • Les hommes qui ne violent pas mais seraient prêts à violer s’ils étaient certains de ne pas être punis.

  • Les hommes qui ne violent pas mais n’interviendront pas lorsqu’un autre homme viole.

  • Les hommes qui ne violent pas mais achètent du sexe à des femmes et croient que le paiement leur donne le droit de faire ce qu’ils veulent.

  • Les hommes qui ne violent pas mais qui sont sexuellement stimulés par de la pornographie mettant en scène des femmes dans des situations qui illustrent des actes assimilés au viol.

  • Les hommes qui ne violent pas mais qui trouvent l’idée du viol sexuellement excitante.

  • Les hommes qui ne violent pas mais dont l’excitation sexuelle dépend d’un sentiment de dominance et d’avoir du pouvoir sur une femme.

Je vous invite donc à lire cet article. Vous verrez que l’auteur a cru bon de donner deux « avertissements » de manière à ne pas heurter les hommes qui ne veulent pas se retrouver trop vite « dans le même panier » que les plus méchants qu’eux. C’est un passage obligé pour les faire réfléchir sans les brusquer. La blogueuse Crêpe Georgette avait relevé cette exigence masculine de ne pas mêler les méchants avec les gentils, pour ne pas mettre en cause le Genre Homme, pour pouvoir maintenir le déni (j’en avais parlé ici).

Il faut taper sur le clou, taper à nouveau sur le clou !

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Sur l’origine de la domination masculine : avant les premiers hommes ?

En lisant le travail de Françoise Héritier exposé dans Masculin/Féminin, m’est venue cette question : et si la domination masculine prenait son origine avant la première conscience humaine, dans son histoire animale ? Qu’en est-il des rapports entre mâles et femelles chez nos ancêtres simiesques ?

Rappelons que Françoise Héritier, avec la plupart des anthropologues, estime que toutes les sociétés humaines connues (par ce qu’il reste de société tribales isolées ou étudiées avant qu’elles soient déculturées par le contact avec notre civilisation) sont marquées par la domination masculine. Bien sûr, il y a des variantes de ce système. Il y a en fait quelques systèmes de parenté typiques, qui se retrouvent dispersés sur les continents, ce qui démontrerait que les hommes ont été confrontés aux mêmes questions, mais qu’ils ont eu quelques solutions-types différentes, structurales, toutes satisfaisantes à leurs yeux. Mais il n’y a pas de sociétés matriarcales. Il y a quelques sociétés matrilocales, mais ce sont encore les hommes (les frères plutôt que les maris) qui dirigent ces clans.

Ce qui amène Françoise Héritier à conclure que la domination masculine est un choix porté à l’aube de l’humanité, sur base de conclusions primitives tirées par les hommes de ce qu’ils déduisaient du fait que les femmes (et rien qu’elles) procréent des filles mais aussi des garçons, suite à une copulation. Mais cette conclusion de Françoise Héritier paraît un peu obscure, hasardeuse et circulaire : pourquoi seuls les hommes auraient-ils posé la question et donné des réponses, s’ils n’étaient dominants auparavant ? D’où ma question posée au début : et si la domination nous provenait déjà de nos ancêtres simiesques et était préexistante à notre conscience ?

La lecture du livre Premiers hommes, de Pascal Picq (Flammarion 2016), une référence qui m’a été signalée par ma compagne, est venue bien à point pour éclaircir ce questionnement. Ce livre est très instructif sur les derniers développements de la paléo-anthropologie. Il est donc passionnant. Lire la suite

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Penser le « travail sur soi » des hommes

Peut-on penser que les hommes ont un « travail sur soi » à faire ? En suite de la campagne #Moi aussi (j’ai été forcée par un/des hommes) et #Balance ton porc (rends publiques les cochonneries qu’il t’a fait), cela parait évident. Le phénomène est massif, on ne peut plus le nier, il y a quelque chose qui cloche dans la masculinité.

Plusieurs fois on a pu lire qu’on avait franchi un point de non-retour, qu’il fallait extirper le mal à la racine. Et il faut que ce soit vrai, que cela marque un échelon dans la bataille féministe. Il faut arriver à faire bouger les hommes. (Je discute plus loin des chances d’y arriver). On a d’ailleurs vu un ou deux hommes publics faire une démarche d’aveu et excuse générale, disant qu’ils ont certainement eu des attitudes de non respect, sinon même des gestes déplacés, etc. Je ne pense pas qu’ils étaient visés par une accusation précise, sinon d’une forme de complicité de silence dans leur milieu de stars. Bref, ils voulaient faire bouger les hommes autour d’eux, en payant de leur personne. Et ils voulaient s’engager à ne plus tomber dans l’un ou l’autre de ces « travers ».

Et ensuite ? Presque rien d’autre que ces déclarations. Comme le dit le site Feminist Current, ils doivent aller au-delà de confessions médiatiques. Mais comment prendre le mal à la racine ? C’est à croire que ce travail de changement des hommes est indescriptible, sinon impensable. Et qu’on en perd vite le chemin. Où est le point de départ qu’on puisse suggérer aux hommes ?

Deux attitudes de fuite devant cette difficulté sont souvent adoptées.

  • L’une est de dire que l’engagement pour l’égalité est positive, notamment sur le plan professionnel : en luttant pour l’égalité salariale, en revendiquant la parité dans les cercles de décision et dans l’avancement équivalent des « carrières » féminines et masculines. Mais je pense qu’un tel engagement de l’homme ne… l’engage à rien, sinon à se revêtir de bons sentiments. Cet avancement proposé aux femmes ne constitue pas un changement pour les hommes. Et ils veilleront à leur intérêt de carrière et leur accès à un poste de direction quitte à écarter une collègue autant qu’un collègue. L’altruisme n’a qu’un temps, il a des limites bien évidentes.
  • L’autre attitude de fuite est de proclamer qu’il faut enseigner surtout l’égalité et le respect à nos petits enfants, et notamment par une éducation égalitaire des petits garçons (et de rien adjoindre d’autre que cela). Je ne nie pas que le sexisme présent dans l’éducation doive être évité et déprogrammé (dans la tête des mères, des pères, des grands-parents, des encadrants… ce qui fait beaucoup !) et que le respect entre garçons et filles doive être transmis et exigé. Mais je pense d’abord que ce n’est qu’une première étape dans la formation des hommes (et des femmes) et que le silence sur les autres étapes est l’aveu d’une impuissance à les imaginer, les formaliser et à les répandre. Et je pense ensuite que le moteur de cette attitude est l’impuissance à transformer les hommes adultes eux-mêmes, sj non aussi les mères. J’ai connu cette attitude en matière d’environnement, et c’était désespérant. Depuis les hommes ont appris à trier leurs déchets, à ne pas fumer, à marque l’arrêt devant les passages pour piétons, à avoir un « cabas », etc. Toutes choses qui paraissaient impossibles il y a trente ans.

Bref, il faut changer les hommes adultes. Il faut que les hommes adultes changent. Quel en est le point de départ ?

Plusieurs suggestions ont été faites récemment. Je veux en discuter ici. Je vais m’appuyer sur les textes de Zero Macho (voir mon post précédent) et du site Feminist Current (voir le lien « Onze choses que les hommes peuvent faire » au début de l’article précédent), et enfin un texte « Manifeste à destination des hommes alliés » de Ndella Paye, texte qu’on trouvera ici sur le site de Les mots sont importants (Merci à Didier Epsztajn pour cette référence). Il faut souligner que ces textes sont très rares et qu’ils ont donc le mérite de la nouveauté. J’en recueille la liste ci-dessous (avec la mention des sources, respectivement ZM, FC et NP).

Je liste d’abord des attitudes qui ne vous changent pas vraiment de l’intérieur, qui en restent au respect humain et à l’engagement pour l’égalité, qui se feraient sans « mise en cause de soi » :

  1. inviter votre collègue femme tous les midis pour corriger l’écart de salaire entre vous (NP).
  2. briser le plafond de verre : Il s’agit de ne pas pénaliser les femmes dans leur accession au pouvoir, à cause de leur maternité par exemple (si vous êtes en position hiérarchique) (NP).
  3. cesser tout « humour » sexiste (NP). Ne pas rire aux blagues grivoises (ZM).
  4. dénoncer, en sanctionnant systématiquement les blagues sexistes, tous types de harcèlement, tous gestes et/ou paroles déplacés (NP). Ne pas cautionner les pratiques de harcèlement (ZM).
  5. changer de trottoir la nuit quand vous vous retrouverez à marcher derrière une femme (NP).
  6. élever nos enfants dans le respect de l’autre (ZM).

Je liste ensuite des attitudes qui supposent que vous avez fait un travail sur vous et que vous adoptez systématiquement un changement de comportement (ce ne sont pas des choses qu’on fait sur une injonction ou une bonne intention, sans mise en cause) :

  1. laisser votre place à une collègue si le panel auquel vous êtes invités n’est pas paritaire (NP).
  2. refuser de parler, à la place des femmes, de sujets ne vous concernant pas (vous n’avez que trop pris la parole et n’occupez que trop l’espace public)(NP). Apprenez à écouter. Évitez de dominer dans les conversations (FC).
  3. veiller, réellement, à ce que les tâches soient équitablement partagées à la maison ; et à ce que la charge mentale ne repose plus exclusivement sur votre partenaire (en cas de couple hétérosexuel) ; et n’attendez ni n’exigez pas de remerciements, ni une reconnaissance (NP).
  4. dénoncer toute attaque à l’encontre d’une femme, notamment dans les transports en commun (NP)
  5. Refusez de consommer de la pornographie ou de payer pour du sexe (FC). .
  6. Reconnaissez-le, si vous avez maltraité une femme, et présentez vos excuses à la femme ou aux femmes que vous avez blessées (FC).
  7. Subventionnez discrètement des événements, médias et organisations féministes (FC).
  8. Faites tout acte que des féministes vous demandent de faire pour que leur événement puisse être un succès (FC).

Et je regroupe enfin les recommandations qui incitent à réfléchir et changer son comportement :

  1. questionner vos comportements, vos paroles et vos gestes, votre attitude générale vis-à-vis des femmes, et les changer si nécessaire(NP).
  2. Retenir nos mots, réfréner nos pulsions, nous maîtriser (ZM).
  3. être solidaires des femmes victimes, les écouter, les croire, ne pas mettre en doute leur parole (ZM).
  4. Prenez conscience du nombre de femmes qui sont dans votre vie et qui ont révélé publiquement cette semaine avoir été agressées ou harcelées sexuellement, et laissez cette conscience vous mettre mal à l’aise. Évitez la réaction défensive du  « Pas tous les hommes » (FC).
  5. Arrêter de traiter les femmes et les filles comme avant tout « jolies », de complimenter d’abord et avant tout les filles et les femmes sur leur apparence (FC).
  6. Commencer à prêter attention à la façon dont vous regardez/considérez les femmes ; arrêter de la mater de haut en bas pour évaluer si elle est « baisable » (FC).
  7. Arrêter de traiter toutes les femmes (uniquement) comme d’éventuelles partenaires sexuelles (FC).
  8. soyez conscient d’à quel point vous interrompez/parlez beaucoup/vous imposez dans les conversations (FC).
  9. Ne neutralisez pas les problèmes qui ne sont pas neutres à l’égard du genre :. dire que la violence masculine à l’encontre des femmes est un « problème humain », que « la culture du viol n’a pas de sexe », que vous êtes contre « toute forme de violence » (FC).
  10. Comprenez que, en tant qu’homme, vous ne serez jamais pleinement capable de comprendre ce que les femmes vivent au jour le jour, sous le patriarcat (FC).

Je voudrais faire à ce sujet quelques remarques :

Les injonctions sont nombreuses : 25 au total. J’y ai proposé une mise en ordre, sans quoi elles apparaissent désordonnées ! Et de ce fait elles paraissent peu efficaces, peu enclines à agir, même si chacune parait aller dans le bon sens. Bien sûr, ces injonctions s’accompagnent souvent (cher NP et FC) d’un argumentaire plus ou moins développé, que je n’ai pas repris ; elles sont donc l’occasion de faire réfléchir un peu. Mais cela me parait faire fi de toute méthode que de faire de l’éducation résumée ainsi…

On pourrait estimer que ces recommandations pourraient être ordonnées autrement, je m’en doute. Je pense que j’ai voulu mettre en lumière trois critères :

  • les changements qui ne mettent pas en cause
  • les changements qui ne peuvent s’acquérir que par une volonté durable, appuyée sur une réflexion qui vous met en cause au préalable
  • les prises de conscience et les changements de comportement qui vous mettent en cause dans vos attitudes intimes spontanées.

Je pense que ce dernier groupe est important : il s’agit par là de percevoir la domination masculine, de s’en convaincre en percevant ses propres comportements . Il ne faut pas considérer cela comme une simple prise de conscience passive. C’est en considérant ses comportements qu’on découvre pratiquement leur effet de non-respect et de violence (masquée), c’est en les travaillant qu’on s’aperçoit de leur caractère ancré et répétitif. C’est le point de départ. Et en cours de ce travail de prise de conscience, on se forge une volonté de modifier ces comportements, de les combattre et on développe les arguments pour le faire (afin de se forger une conviction). Et c’est à ce stade de renforcement du travail que les lectures et les argumentaires classiques sont utiles. Quand ils viennent trop tôt, on les discute sur le plan intellectuel (avant mise en cause de soi) et on y oppose ses résistances spontanées.

 

Quels sont alors les chances d’arriver à changer les hommes à la racine ? Elles sont actuellement très faibles. Dans l’état actuel de l’opinion sur les réseaux sociaux, dans le discours de tous les médias (combien sont allés au-delà de la surface, au lieu de rester dans l’émoi, puis dans les potins mondains ?), la remise en cause des hommes est souhaitée (c’est les autres) mais laissée hors d’atteinte (c’est leur problème). On évite soigneusement de globaliser la thématique, au niveau du contenu de la masculinité.

Elles sont faibles aussi d’un point de vue méthodologique. On est loin de savoir vraiment « ce qui se passe dans la tête des hommes » et ce qu’il faut faire pour qu’ils changent, y compris au plan de la sexualité, des tâches ménagères, et de la détention du pouvoir en général.

On a aussi dénigré le mouvement comme « dénonciation » d’un individu. Il est peut-être utile de dire que la « délation » est un concept du droit, pris comme devoir de tout citoyen participant à la protection et l’application de la loi. Bien sûr, quand le pouvoir étatique s’exerce dans l’arbitraire (et cela n’arrive pas que durant une occupation étrangère ! bien des régimes tolèrent et accentuent les inégalités), le devoir de tout citoyen est plutôt de protéger son voisin et de développer la solidarité. Et ensuite de dire que la démarche n’a pas été celle d’une plainte (à la police) mais celle d’une « mise au pilori », d’une dénonciation « sur la place publique », l’opinion étant libre d’en faire ce qu’elle souhaite. A l’heure où j’écris, malgré les dénonciations multiples et les confirmations, M. Weinstein n’est pas encore inculpé… Et cette « mise au pilori » n’est possible que parce que le mouvement est large comme un raz de marée, qu’il trouve sa crédibilité dans sa force autant que dans la liberté d’expression. Et qu’il pose ainsi une question à la société de manière forte.

Encore faut-il prendre le chemin pour résoudre cette question dans sa globalité, sans se limiter à quelques cas, traités dès lors comme des « scandales » isolés, qui ne nous remettent pas en cause. Et c’est là-dessus que doit porter l’effort.

Terminons en disant qu’on ne s’adresse ici qu’aux hommes « alliés » du féminisme, ou ici alliés du mouvement « #Moi aussi », soit une infime minorité. Dans son document, Zero Macho propose aussi quelques recommandations aux institutions. Mais qui les entendra ? Qui seulement les fera entendre ? Qui dira qu’elles sont attendues ?

 

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