Des propos sexistes ? ou « racistes anti-Sud » ?

Un dirigeant européen a fait dans la presse allemande la déclaration suivante :

« Durant la crise de l’euro, les pays du nord ont fait montre de solidarité avec les pays touchés par la crise. En tant que social-démocrate, j’accorde une importance exceptionnelle à la solidarité. Mais on a aussi des obligations. Je ne peux pas dépenser tout mon argent en schnaps et en femmes et ensuite vous demander de l’aide »…

Et les pays du Sud, Portugal et Espagne en tête, ont protesté que ces paroles étaient « racistes » en blâmant tous les pays du Sud. Il est vrai que, depuis le début de la crise, on a accusé ces pays d’avoir abusé du crédit… au moment où c’était très normal.

Mais personne n’a jugé utile de relever que ces propos ne trouvent rien à redire au fait de « dépenser son argent en femmes », c’est à dire d’avoir recours à la prostitution, crime mis au même niveau que de s’offrir une bouteille d’alcool. C’est juste une question de rigueur budgétaire !

Comme c’est l’habitude aujourd’hui, le dirigeant a exprimé des regrets « conditionnels » : « Si certaines personnes ont été choqué par ces paroles, je le regrette ». Il n’y a là aucune excuse, aucune reconnaissance d’une faute. Mais le regret que certains font des interprétations que l’auteur n’avait pas faites. Et il a déclaré ne vouloir aucunement démissionner, puisqu’il ne voit aucun racisme.

Espérons que ce sexisme évident fasse l’objet d’une action du Parlement européen, comme celle qui a été récemment menée contre un député sexiste.

 

 

 

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Encore un assassin conjugal escamoté…

Voici le titre d’une dépêche selon Le Soir de Bruxelles de ce 22 mars 2017 :

France: trois enfants et leur mère retrouvés morts après le suicide du père

Ne concluez pas trop vite qu’un assassin a profité de la disparition du père pour faire une tuerie à l’insu de son plein gré. Non. Ni qu’il y a eu une fuite de gaz. Ces conclusions logiques issues du titre n’ont pas raison d’être. C’est faire trop d’honneur à ce père qui n’en est pas digne… La vérité est plus crue et plus nette avec un titre simple :

Un homme tue son épouse et ses trois enfants avant de se suicider

Et la dépêche précise : L’homme a laissé une lettre dans laquelle il avoue avoir tué sa famille.

Et pourquoi cette vérité est elle si dure à dire, pourquoi faut-il la dénier et prétendre que les femmes trouvent la mort (voir le précédent billet) et qu’on les trouve mortes ? Pourquoi la connivence entre hommes à travers les continents et les ondes (ce crime s’est déroulé à 800 km de Bruxelles) doit-elle en arriver à ce déni de réalité ?

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Dès le 9 mars, « les femmes trouvent la mort », disent les hommes à nouveau : il faudra plus qu’une « Journée de la Femme » pour qu’ils changent…

(Modification : titre amélioré ; lien réparé et révélé en fin d’article)

C’est juste une anecdote, mais elle en dit long sur la vision masculine des femmes.

Un accident est survenu ce matin dans la banlieue de Bruxelles. Selon la dépèche, trouvée dans La Libre de ce 9 mars,

« Un accident mortel est survenu ce matin, à Anderlecht, au croisement de la rue de Birmingham et de l’avenue François Malherbe », annonce rtl.be, ce que confirme la porte-parole de la zone de police Midi, Marie Verbeke. (…) Un expert est en train de travailler sur place pour comprendre les circonstances de l’accident. La femme, dont l’âge est inconnu, a été percutée de plein fouet, dans le virage. « Le chauffeur du bus est sous le choc et n’a pas encore pu préciser les détails des événements », précise la police.

De ces détails, on peut conclure qu’il s’agit d’un accident entre un bus et un piéton (ce n’est pas précisé d’emblée dans le texte). Et que ce piéton est une femme.

Et comment pensez-vous que le préposé (masculin, à n’en pas douter) au titrage des articles a voulu résumer l’affaire ? Tenez-vous bien, si vous êtes lecteur de ce blog : et passez votre souris ici. Il s’agit sans doute d’une vieille expression populaire (Belgique et France) pour une personne accidentellement écrasée. Mais cela n’est plus d’usage courant. C’est devenu totalement inconvenant. Et ici, manifestement sexiste. Trop souvent, quand une femme est tuée, la cause disparait, le responsable s’efface, la femme a une attitude inadéquate. Et ce n’est pas une journée de la femme qui pourra changer cela.

(Vu la rupture momentanée du lien, le titre de l’article est donné ici : « une  femme décède en passant sous un bus ». Et je me souviens soudain que l’expression populaire est double, car d’une femme à la sexualité « légère » — d’un point de vue masculin ! –, on disait que « le tram lui est passé dessus » ou, pire,  « il n’y a que le tram qui ne lui est pas passé dessus ». Ce qui me confirme que l’expression est absolument sexiste, même dans l’usage macabre de ce titre d’actualité).

 

 

 

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Face au féminisme radical, quatre positions-type chez les hommes (Léo Thiers-Vidal)

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Je suis en train de lire la thèse de Léo Thiers-Vidal, De « L’ennemi principal » aux principaux ennemis (L’Harmattan 2010), qui est très inspirante sur l’analyse de la position des hommes vis-à-vis de leur propre genre. Je publie ici d’abord une courte citation, qui résume bien sa « base de départ » (les 121 pages de la première partie). A partir de là, il examine comme hypothèse l’affirmation que les hommes, dès le plus jeune âge, sont conscients qu’ils dominent les femmes et que c’est même ce qui définit le genre masculin, comme position sociale vécue. Il s’agir du chapitre IV (p. 141 à 162), qui entame la deuxième partie. (On remarquera que je cite bien les auteurs donnés en référence, mais sans préciser le livre et la page, ce n’est pas le lieu dans cet article).

« L’analyse matérialiste des rapports de genre révèle que les hommes exploitent la force de travail des femmes (Delphy), s’approprient le corps des femmes (Guillaumin), monopolisent les armes et les outils au détriment des femmes (Tabet), domestiquent la sexualité des femmes et exploitent les capacités reproductives des femmes (Tabet), hétéro-sexualisent les femmes (Wittig)… ainsi qu’ils contrôlent la production du savoir (Le Doeuff, Mathieu). Ces pratiques masculines inter-reliées créent et maintiennent deux « classes de sexe ». Ces « classes de sexe », les hommes et les femmes, (dont les principes organisateurs respectifs sont la masculinité et la féminité) sont des groupes sociaux opposés et mutuellement constitués : l’un ne peut exister sans l’autre et le lien fondateur de ces classes est celui de l’oppression d’un groupe social par l’autre. (…) Certains agents humains ont donc progressivement pris le pouvoir sur d’autres agents humains ; ils se sont octroyés le droit – et l’ont inscrit dans les lois régulant les pratiques humaines – de contrôler d’autre agents humains afin d’augmenter leur bien-être matériel et mental. Il en ressort logiquement que « la position des femmes est structurellement différente de celle des hommes et les réalités des vies des femmes sont profondément différentes de celles des hommes » (Hartstock, 1987, p.158). »
Léo Thiers-Vidal, De l’ennemi principal aux principaux ennemis – Position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination », p.163 (publié chez L’Harmattan en 2010).

Thiers-Vidal part de l’idée que les dominants ont une difficulté à « travailler de manière critique leurs positions et pratiques d’oppression » (p. 141). (Un autre thème de sa thèse, non abordé ici, est leur difficulté à produire du savoir, par exemple sur le genre, sans s’interroger sur les biais qui sont créés par leur point de vue faisant partie du problème). Il constate que les féministes radicales estiment que les hommes n’ignorent pas leur position : « ils voient très bien, sont conscients du fait qu’ils oppriment les femmes » et cite neuf extraits à ce propos, dont je ne reprends que deux courtes citations :

  • « Les hommes pourtant le savent parfaitement [qu’il existe un rapport de sexage] et cela constitue chez eux un ensemble d’habitudes automatisées, à la limite de la conscience claire, dont ils tirent quotidiennement, aussi bien hors que dans les liens juridiques de l’appropriation, des attitudes pratiques qui vont du harcèlement pour obtenir des femmes des services physiques à un rythme ininterrompu (..) à l’exercice éventuel de voies de fait contre notre intégrité physique et notre vie » (Guillaumin 1992, p.80).

  • « La violence idéelle, celle des idées légitimant la domination, n’est pas présente en permanence dans la conscience des femmes (dans l’esprit du dominant, oui) » (Mathieu, 1991, p.209).

Il construit dès lors l’hypothèse (qu’il va par la suite « démontrer » par un travail d’enquête) que les hommes sont conscients de dominer les femmes. Mais il fait rapidement un aveu :

« Il est important de dire qu’il n’est pas facile de recevoir l’énoncé « Les hommes savent parfaitement qu’ils dominent les femmes » (Wittig, 2001) – notamment le renvoi à une domination agie intentionnellement – et mon propre travail dans cette partie [de l’ouvrage] reflète souvent la tension intérieure permanente ressentie en effectuant cette recherche. Comment peut-on comprendre pleinement ces énoncés, tandis que la majorité des hommes se vivent comme des êtres éthiques, un minimum soucieux de ne pas être/sembler injustes envers les autres ? Or affirmer ainsi que les hommes savent parfaitement qu’ils dominent les femmes semble très contre-intuitif et rencontre donc de fortes résistances. »

C’est cette interrogation qui l’amène à proposer quatre modalités d’accueil de cet énoncé, où une certaine cohérence de l’identité éthique peut être assumée. C’est pour lui une clarification par rapport à sa propre position (dans la dernière modalité). Mais « ces typifications peuvent également être considérées comme des façons d’appréhender les ennemis principaux que sont les hommes : en fonction de leurs rapports vécus respectifs, un rapport de force particulier s’impose[ra]. »

1.

Il y a d’abord les masculinistes heureux, qu’il appelle les tenants du « masculinisme explicite ».

« Dans ce modèle, les hommes ont adopté une attitude éthique – un système de valeurs – explicitement masculiniste, et ont l’intime conviction que leurs pratiques sont moralement justes, autrement dit que l’usage masculiniste des femmes n’est pas répréhensible. Il ne s’agit donc pas d’une absence d’éthique puisque, selon ce système de valeurs, les femmes sont là pour les hommes et aucun usage raisonnable – de leur point de vue – ne leur est interdit moralement (cfr. la majorité des écrits masculins préalables aux écrits féministes). » (p.148)

Et il déniche dans un recueil féministe de 2000 (Collin et allii) des phrases-type qui illustrent cette attitude, qu’elles tirent argument de la nature humaine ou du désir de pouvoir, dont cette phrase de Proudhon : « L’homme sera le maître et la femme obéira » et encore « Là ou la virilité manque, le sujet est incomplet ; là où elle est ôtée, le sujet déchoit : l’article 316 du Code civil en est la preuve » (article relatif à la reconnaissance et à la déchéance de paternité, semble-t-il pour cette époque).

2.

Il y a ensuite les masculinistes de la différence, qu’il appelle tenants d’un « masculiniste implicite ».

« [Les hommes] ont également la conviction d’agir de façon juste en traitant les femmes différemment des hommes tout en refusant cette fois-ci l’idée de domination, puisqu’ils ont intégré à leur éthique une notion d’ « égalité dans la différence » et incluent les femmes dans la qualité de pairs moraux. Ils intègrent des limites à leur comportement en fonction des femmes qu’ils définissent désormais comme ayant des intérêts propres et indépendants. Ils ont néanmoins en commun avec les hommes explicitement masculinistes le fait de maintenir un traitement spécifique des femmes, considéré comme légitime, de par la nature spécifique et complémentaire des hommes et des femmes. (…) Ils « savent » avec résistance, malgré eux – tout en disant qu’ils ne savent pas, ils savent, ne veulent pas savoir mais savent quand même – que l’éthique adoptée fonctionne comme un discours de justification, une idéologie voilant la réalité. » (p.150)

Il dit encore que « cette interprétation [lui] semble très applicable aux sociétés ayant connu des mouvements féministes puissants et qui ont été obligées d’intégrer au niveau du discours une notion d’égalité tout en maintenant la quasi-totalité des pratiques masculinistes ». Et il ajoute : « Ce positionnement masculiniste implicite (…) semble toujours décrire l’état de fait contemporain. (…) Les lectures (…) de ce type de positionnement masculiniste implicite invitent à considérer la mise en place progressive d’un voile sur la nature politique des rapports de genre au bénéfice d’une idéologie bourgeoise de « la différence des sexes »  ou encore « ils ont une conscience escamotée d’imposer certaines pratiques aux femmes ».

3.

En troisième lieu, vient le type de l’anti-masculiniste abstrait, tenant de l’« anti-masculinisme désincarné ».

« Le pro-féminisme (…) exprime déjà à travers son appellation une analyse désincarnée : soutenir depuis une extériorité non problématisée le féminisme et les féministes plutôt qu’attaquer le masculinisme tel qu’il est agi par tous les hommes (Daguenais et Devreux 1998). Le « pro » [-féministe] exprime ainsi une tendance à ne pas poser le regard sur celui qui porte le discours politique et/ou scientifique. (…) De quelle façon peuvent-ils alors recevoir l’énoncé féministe affirmant qu’ils sont conscients de dominer les femmes ? Probablement avec autant de résistance. Si de nombreux hommes ont intégré l’éthique de la différence, d’autres ont intégré une éthique égalitariste de type libéral reconnaissant l’existence d’inégalités sociales. Or cette reconnaissance est relativement « désincarnée », c’est à dire que les rapports de genre sont prioritairement perçus comme le fruit d’institutions (école, famille, État) et d’une socialisation pensée en terme de rôles de sexe (Welzer-Lang 2004, Bourdieu 1998). L’éthique anti-masculiniste adoptée peut alors être considérée comme désincarnée, de par le fait que les hommes ne s’intègrent pas eux-même dans l’analyse en tant que sujets actifs, voulant et conscients, qui investissent certains comportements plutôt que d’autres en fonctions d’objectifs précis. Cette éthique « implique la négation de leur propre agentivité dans le maintien de la domination » (McMahon 1993). (…) Si ces hommes savent bien que les hommes dominent les femmes, ils l’envisagent comme un fait sociopolitique actuel – produit de rapports sociaux passés et présents dont ils ne s’estiment pas responsables – c’est à dire comme quelque chose qui existe « malgré eux », comme « la reproduction sans agent d’une structure sociale » (McMahon 1993). (…) Cela prend souvent la forme d’une distinction entre virilité problématique et masculinité non-problématique : ils cherchent à sauvegarder la masculinité en la distinguant d’une virilité aliénante, source d’oppression des femmes (Welzer-Lang 1999, Bourdieu 1998, Dejours 1988, Duret 1999). »

4.

Les anti-masculinistes concrets, tenants de l’anti-masculinisme incarné, constituent le dernier type.

« Ils s’opposent à l’oppression des femmes et reconnaissent qu’il sont activement impliqués dans (et bénéficiaires de) cette oppression. (…) Ils ne cherchent pas à sauvegarder la masculinité en la distinguant d’une virilité aliénante. Reprenant l’analyse abolitionniste du genre, ils prônent l’abolition de la masculinité, « la fin de la masculinité », ils refusent de continuer à agir comme des hommes (Stoltenberg 1990), tout en reconnaissant simultanément qu’ils sont construits sociopolitiquement comme membres du groupe oppresseur. Ils reconnaissent ainsi que la position vécue masculine est une position vécue spécifique, celle d’oppresseur (…). Or l’éthique adoptée est très probablement le fruit de nombreuses tensions psychiques, affectives et sociales, ainsi que de confrontations avec des féministes qui ont permis à ces hommes d’intégrer de façon plus incarnée l’anti-masculinisme à leur éthique. Il est peu probable que ces hommes aient pu percevoir de façon accrue le vécu opprimé des femmes sans éprouver des sentiments de culpabilité plus ou moins paralysants (Kahane 1998) et sans altérer de façon sensible leur image de soi. Aussi l’énoncé féministe qu’ils sont conscients de dominer les femmes restera probablement difficile à recevoir : d’une part, ces hommes auront tendance à minimiser leur propre domination consciente des femmes (actuelle et passée) par souci égoïste de conserver une image positive de soi, et de survaloriser leur propre parcours et actes critiques. D’autre part, ils tiendront à percevoir la réalité masculine concrète (collègues, amis, famille) de telle façon à ce que celle-ci ne soit pas trop sombre, trop violente à vivre afin qu’ils puissent maintenir des liens au sein d’un réseau andro-social. Or reconnaître l’aspect conscient et désiré de cette domination contribue grandement à noircir le tableau, à remettre en cause ce qui fonde leur identité et communauté de pairs tout en offrant des outils d’action plus pertinents. » (p. 158).

Pour conclure, Léo Thiers-Vidal revient à l’énoncé « les hommes savent qu’ils dominent les femmes ». Il estime que travailler cette hypothèse est fructueux, instructif ; que l’énoncé a une valeur heuristique.

« C’est peut être précisément dans la mesure où cet énoncé est contre-intuitif du point de vue masculin qu’il importe de le considérer avec plus d’attention. La contre-intuitivité de l’énoncé – la résistance qu’il rencontre aujourd’hui de la part des hommes, comparée au positionnement masculiniste explicite – révèle la doxa contemporaine de « l’égalité déjà-là » (Delphy 2004) qui empêche de penser une oppression qui perdure, malgré les modifications législatives et sociétales des dernières décennies. Elle relève également ce qui pourrait être le nœud d’un « sens » masculin contemporain, basé sur un différentialisme naturaliste hétérosexuel : la conviction que l’oppression est exercée « malgré soi », « à l’insu de son plein gré ». (…). à l’opposé de cette doxa, le positionnement anti-masculiniste incarné propose d’abolir la ressource identitaire masculine – « de mettre fin au genre tel que nous le connaissons » (Ridgeway 2000) – à travers une transformation des pratiques, en particulier hétérosexuelles, des hommes vis-à-vis des membres du groupe social opprimé. Cela exige des hommes qu’ils fassent le deuil d’une perception positive de soi et de leurs pairs, qu’ils reconnaissent le caractère épistémologiquement limité et biaisé de la position vécue masculine et qu’ils acceptent de se vivre sur un mode dissocié, contradictoire, décentré et structurellement illégitime. » (p. 162).

Je pense également que les quatre types mis en évidence par Léo Thiers-Vidal ont une grande portée et qu’ils réclament chacun « un rapport de force particulier ».

Il me semble qu’il faut être attentif à cette idée que le masculinisme de la différence permet aujourd’hui de maintenir la quasi-totalité des pratiques masculinistes (pt.2) avec une conscience ‘escamotée’ de dominer les femmes. Et que l’anti-masculinisme abstrait permet de reporter l’oppression sur le système social, sans se percevoir comme agent actif de l’exercice de cette domination, dans sa vie intime ou publique. L’inertie globale des hommes à vouloir changer de comportement et de posture en fonction du féminisme provient sans doute de ces positions « en retrait », « en défense », en se détachant du machisme explicite. Il est utile d’être « anti-masculiniste », mais c’est très loin d’être suffisant. On pourrait relier les dénonciations très variées que font les femmes à propos des hommes à ces différentes positions stratégiques masculines, en les distinguant mieux pour leur donner plus d’efficacité. Il y a par exemple des articles critiques récents qui visent l’attitude « pro-féministe » qu’il faudrait relier avec le type « anti-masculiniste désincarné » de Léo Thiers-Vidal.

J’espère produire plus tard d’autres expositions synthétiques de ce travail important. Et que ce soit cohérent et lisible. Il faut parfois, en sautant les paragraphes, perdre certains développements pour contourner des concepts sociologiques qui ont leur valeur dans un travail universitaire, mais qui pourraient rebuter le lecteur visé par ce blog.

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Un masculinisme chrétien, … traditionnel mais revisité

Ce fut pour moi une surprise, et c’est à la réflexion tout à fait normal.

Des « retraites pour hommes » sont proposées à Paray-le-Monial par un curé, le Père Alain Dumont, membre de l’Emmanuel et curé de Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise. (Par ailleurs, des « retraites pour femmes » sont aussi proposées dans la même inspiration). Depuis l’an 2000, ces retraites pour hommes ont été suivies par un millier d’hommes, dans divers lieux de France. Ce n’est pas beaucoup, mais c’est en demande croissante, avance l’interview que je commente et que j’ai trouvé ici.

Quel est l’argumentaire de ces « retraites pour hommes » d’un week-end ? Écoutons le prédicateur :

« La Bible est un réservoir fantastique de figures d’hommes qui se sont laissé enseigner par Dieu sur leur identité masculine. Tous n’étaient pas parfaits, loin de là, mais ils tenaient la main de DIEU, et ils se sont révélés de véritables héros dans le quotidien de leur vie. Ils avaient leurs combats, leurs doutes, leurs questionnements, et Dieu, comme un Père, leur a appris le goût de la victoire alors même que tout semblait se dérober sous leurs pas. Alors nous nous mettons à leur école pour découvrir ce qu’est un homme, un père, un époux, un frère, un ami… »

Il est donc proposé de se mettre à l’école d’hommes de l’époque de Jésus-Christ, il y a quelques 2000 ans, et d’autres hommes d’époques bien antérieures et de sociétés très diverses (des mythes de la création – la Genèse – et de la purification – l’arche de Noé – ont été empruntés par les juifs à la culture de Babylone où ils étaient en exil). Tous ces récits sont imprégnés d’un esprit de patriarcat et de domination masculine fortement affirmé. Les héros et leurs dieux sont des hommes. Et celui qui a orienté le discours du texte sacré chrétien, Paul de Tarse, est connu pour sa misogynie. On ne voit pas comment ces « retraites » pourraient faire autre chose qu’affirmer le « masculinisme », cet état d’esprit qui veut perpétuer la domination masculine, se centrer sur l’intérêt des hommes et refuser toute référence au féminisme.

Mais peut-être est-ce bien l’intention, de refuser le féminisme ? Voici pourquoi, nous dit-on, il est important de se retrouver entre hommes pour ces réflexions :

« Le langage d’aujourd’hui — y compris dans l’Église — est devenu très féminin. Beaucoup d’hommes n’y trouvent plus leur compte. Sans porter de jugement de valeur, il importe de se rappeler qu’il y a une manière masculine de parler, de se parler, qui est différente de la manière dont les femmes parlent et se parlent. Il faut les deux, mais cela fait du bien, parfois, de ne pas les mélanger. »

Comme cela est dit subtilement ! N’ayons pas peur d’interpréter : « Le discours d’aujourd’hui – y compris dans l’église catholique – est devenu très féministe ». Car il n’y a pas d’autre interprétation à cette phrase ! L’intention est donc de développer un discours qui parle aux hommes de leur « goût de la victoire » et de leur « héroïsme ». Et qu’il faut prendre comme une « parole de Dieu ».

Bien sûr, il est possible de faire le tri dans les extraits qu’on va lire, de célébrer non pas le père qui est prêt à tuer son fils sur l’autel, mais le bras divin qui arrête son geste.

On évitera de « porter de jugement de valeur » sur le féminisme, nous dit-on. Oui, on peut sans doute approuver les acquis féminins libéraux, la libération de la femme dans la société d’aujourd’hui, et n’en plus parler. Et sans doute laisser dans l’ombre certains de ces acquis comme l’avortement, le divorce (que l’église de Rome ne reconnaît toujours pas). Mais il faut alors aussi éviter les sujets qui fâchent, tels la violence masculine sexuelle ou non, envers les femmes et les enfants, éviter l’exigence de la parité ou toute autre avancée vers le partage du pouvoir dans la société et dans la conduite du ménage. Bref, le vaste domaine de la domination masculine.

Tous ces sujets où les hommes « n’y trouvent pas leur compte » ! Car ils doivent céder du pouvoir et ressentent ainsi une perte d’image qui leur parlait de force, d’héroïsme, de combat…

Voici quelques thèmes qui sont abordés :

  • « Qu’est ce que Jésus attend d’un homme ?
  • On parle beaucoup de la place de la femme, mais comment défendre la place de l’homme dans le monde ?
  • Pourquoi n’a-t-on jamais atteint en France un tel niveau d’incertitude et d’angoisse qu’aujourd’hui?
  • Comment prioriser entre son travail, la vie de famille et ses loisirs ?
  • Et quand je suis au chômage ?
    Quel est le langage dominant de sa femme et pourquoi je ne la comprends pas toujours (et réciproquement) ?
  • Pourquoi dit-on qu’un mariage sur 3 se termine par un divorce et un sur deux lorsqu’il ne s’agit que d’un mariage civil ? Est-ce vrai ? »

Comment des hommes peuvent-ils s’orienter vers une telle régression des valeurs d’aujourd’hui, pour se refaire une satisfaction béate de leur petite personne, au point de nier le féminisme ? Comme on peut le voir dans les subtilités du langage utilisé, il suffit de se laisser faire. Tout sera de la responsabilité de Dieu, de la parole divine : « des hommes qui se sont laissé enseigner par Dieu sur leur identité masculine », « Dieu leur a appris le goût de la victoire », on va « se retrouver soi-même dans la lumière de Dieu », « Dieu est en quête de l’homme, de l’homme debout et fier de ce qu’il est en tant qu’homme. » Tout est dans la volonté de Dieu, un dieu protecteur et exigeant (« qu’est-ce que Jésus attend d’un homme »), un dieu qui enseigne et qui jugera.

C’est pourquoi j’ai dit au début que ce masculinisme chrétien était normal, et en même temps révisité. Normal : parce que tous les textes sacrés sont imprégnés de patriacat. Normal encore : le principe d’une religion (monothéiste en tous cas) n’est-il pas de substituer une volonté supérieure à ma volonté, de développer un discours qui définisse des droits et des devoirs à partir d’un point de vue sacré, non humain ? Et avec le chantage d’un « bonheur éternel » ? (en réalité l’espoir d’une survie de la personne, du moi et de son ego, quand la mort est ressentie comme insupportable…).

Et ce discours est sans arrêt revisité, modernisé, réinventé. Pour s’adapter à l’époque, pour résister parfois à la dérive de la société ou la corruption de l’église elle-même, pour se « réformer ». Mais sans perdre les fondements du texte sacré, les « normes » et leur caractère patriarcal, centré sur la gloire de l’homme.

Ce qui me paraît dangereux, c’est que cette démarche de « retraite » propose une régression sociale basée sur la religion et combattant un ennemi (ici le féminisme). On peut estimer que c’est une démarche de « radicalisation » qui s’adresse à des hommes en désarroi social mais en recherche de religieux.

Je parle de radicalisation, car cette démarche me paraît proche de ce que l’on invoque à propos de « l’islamisme » : certains religieux tiennent des discours de régression, de refus de la société d’aujourd’hui, à partir des textes sacrés prônant des comportements inadaptés à notre siècle. Et cela vise spécialement les personnes en désarroi.

Bien sur, il y a des cercles plus ou moins restrictifs, plus ou moins violents qui tournent autour des églises et des religions.

Mais les religions ont un problème avec le masculinisme et ne paraissent pas prendre un chemin d’ouverture au féminisme avec ce genre de démarche !

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Un an après les évènements de Cologne

(Nouvelle version, avec un complément)

On en a plus guère parlé. « Il faudra se contenter de cela » avais-je écrit, et on a effectivement pas reçu les réponses attendues d’une enquête de police : regroupement spontané et informel ou réseau organisé ?

Aujourd’hui, jour anniversaire, le journal Le Point a interrogé une féministe allemande « historique », Alice Scharzer, qui estime que « Cologne a été une guerre sexuelle ». On trouvera (contre payement) l’article ici.

J’en reprends quelques extraits que j’ai repris du site Sans compromis féministe progressiste. qui publie l’article entier. Mais il apparait que l’article a été un peu charcuté par le magazine, avec des questions manquantes qui troublent la lecture.

Dans le livre Der Schock, la septuagénaire a expliqué que les agresseurs sont des « adeptes fanatisés de l’islam de la charia »… Plusieurs féministes plus jeunes et antiracistes lui ont reproché cette attitude proche de l’idée de « choc des civilisations », qui est loin de l’antiracisme attendu. (Je n’évoque pas les éléments de cette polémique).

Depuis février-mars nous avions une idée assez claire de ce qui s’était passé, plus encore aujourd’hui. Voici les faits : plus de 2 000 hommes se sont rassemblés ce soir-là, sur une place de Cologne, éloignée des lieux de fête. Ils étaient en grande majorité algériens et marocains, un tiers d’entre eux étaient sans-papiers. Ils ont mis en pratique une méthode bien connue au Caire ou dans le Maghreb, le « cercle d’enfer ». Leur but était d’humilier les femmes et de chasser ces « putes » des lieux publics. Pour elles, c’était l’enfer, d’autant plus que la police qui était totalement débordée n’a pas pu les protéger. La majorité de ces hommes n’étaient pas de Cologne. Ma thèse est qu’ils se sont donné rendez-vous par mobile et Internet. Cela se confirme. Mais il ne faut pas imaginer une organisation stricte et hiérarchisée. Plutôt un rassemblement informel de petits délinquants islamistes, défenseurs d’un « djihad d’en bas », comme le dit Gilles Keppel. L’Allemagne est en train de prendre conscience de ce phénomène. J’ai parlé il y a quelques jours avec le nouveau chef de la police de Cologne, M. Mathies.

(…) Cette nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne a révélé une violence d’un nouveau genre : une action collective, en public, sur la place centrale de la ville et sous les yeux de la police.

Elle est ensuite interrogée apparemment sur le texte de Daoud dans Le Monde (que nous avons cité dans notre « dossier Cologne »), disant que l’Islam a un problème avec les femmes :

Je suis entièrement d’accord avec lui ! Dans mon livre Le Choc – paru en mai et malheureusement toujours pas traduit en France – je publie le texte de Daoud à propos de la Saint-Sylvestre, ainsi que des textes de trois femmes et hommes musulmans qui tombent d’accord pour dire que cette action revêtait un caractère éminemment politique.

(…) Susan Brownmiller dans Against Our Will (1975) et beaucoup d’autres après elle, ont démontré que les viols en temps de conflit sont une arme de guerre. Et Cologne, c’était justement ça : une guerre sexuelle d’hommes – issus de pays profondément patriarcaux – qui ne reconnaissent ni l’égalité des sexes, ni les mouvements féministes.

Oui, je l’ai compris pendant les journées d’avril 1979 à Téhéran. Depuis, je ne n’arrête pas d’informer sur le danger de l’islamisme – pas de l’islam ! – au coeur de l’Europe.

Je reconnais que je suis assez en concordance avec ce point de vue, sauf complément d’information. Mais je le trouve en même temps présenté sans nuance, à cause de la polémique sur l’antiracisme qui l’accompagne. Je considère qu’il est dangereux (et contreproductif) de rejeter l’opprobre sur des communautés immigrées, et d’autant plus les jeunes parmi eux, en donnant leur origine nationale et sans pouvoir expliquer comment l’islamisme radical les aurait mis en mouvement. Il ne faut pas tomber dans le racisme ; il est contreproductif de stigmatiser des jeunes dans leur ensemble. Mais les faits sont là tels qu’ils se sont passés à Cologne et, avec les nuances nécessaires que j’ai soulignées dans un premier article sur le sujet, et il faut en rendre compte dans leur spécificité. Je trouve aussi que la comparaison avec les viols de guerre est excessive. Mais ce qu’on trouve reproduit à Cologne, ce sont bien des phénomènes de masculinisme répressif qui sont apparus au Caire et en Tunisie durant les journées de ‘révolution arabe’ vécues récemment, parfois dans une collusion entre mouvements islamistes et forces de police ou de l’armée.

Or la question est bien de savoir si il y a un mouvement de masculinisme culturel porté par des milieux islamistes en Allemagne et atteignant des groupes de jeunes magrébins pour les mobiliser dans cette agression organisée. J’en ai trouvé une manifestation équivalente sous forme d’un masculinisme culturel porté par des milieux catholiques ! J’en parlerai dans un prochain article. En faisant un parallèle entre ces deux informations, et mettant en lumière une misogynie radicale d’origine religieuse.

 *        *

Suite au commentaire qu’on lira ci-dessous, et les recherches que j’ai faites, un complément peut être ajouté ici : à Hambourg, un procès a été mené contre trois hommes. La juge a rapidement fait apparaitre que l’enquête avait été menée de manière baclée mais aussi tendancieuse. La femme plaignante, ayant été interrogée sur les détails des interrogatoires, a révélé qu’on lui avait remis à feuilleter un album de photos de ‘suspects’ avant l’interrogatoire, qu’on lui a demandé avec insistance de dire ce que ces hommes avaient fait, alors qu’il n’y avait aucune preuve contre eux et qu’elle ne pouvait reconnaitre un de ses agresseurs. Bien plus, il est apparu que ces hommes, après trois mois de détention, avaient été déclarés libérables par un juge, mais que les autorités (judiciaires ou policières) sont allées en appel pour demander — et obtenir — un nouvel emprisonnement de trois mois. Le seul critère qui avait fait suspecter ces hommes est… la fréquentation d’un lieu de prostitution. Le dossier étant un fiasco, ces hommes ont été innocentés et libérés. L’action de la police a paru scandaleuse. Mais on en a peu parlé dans la presse allemande, semble-t-il, et pas du tout ailleurs.

Les deux articles donnés en lien dans le commentaire me paraissent pourtant aller trop vite en besogne dans leur interprétation, concluant à des faits fabriqués par les médias et alimentés par les discours de police, tant à Hambourg que à Cologne. C’est faire peu de cas des centaines de plaintes enregistrées à Cologne.

Je ne peux que constater que le clivage entre la version de la féministe interviewée ci-dessus et celle portée par les deux articles cités en commentaires interdit en quelque sorte de se faire une opinion nuancée, sans que des invectives excessives n’apparaissent. Ce n’est pas une raison pour s’interdire de revenir sur ce sujet.

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Jacqueline Sauvage est libérée

Avec toutes et tous, je me réjouis de la libération de Jacqueline Sauvage. Elle a fait au total +/- trois années et demi de prison, et cela correspondrait à une condamnation à+/- neuf années de détention , dans un déroulement judiciaire classique.

Mais l’affaire de Jacqueline Sauvage n’a rien de « classique ». Elle a été plus lourdement condamnée (que d’autres dans un tel cas) au premier jugement de la Cour d’Assises. Le choc de cette condamnation a entraîné une médiatisation sans précédent, notamment par les « réseaux sociaux », mais aussi par les associations de défense des droits des femmes et de lutte contre les violences masculines. « Cela n’est jamais bon pour l’accusé » disait en substance Maître Eolas sur son blog.

En appel, la défense de l’accusée a plaidé l’emprise et la subjuguation de la femme épouse d’un mari violent. Cette défense, qui m’a paru abstraite et unilatérale, sans discuter des assertions du procureur et sans autre analyse concrète des circonstances du meurtre (que j’ai proposée dans un de mes articles), n’a pas convaincu. En tous cas, la condamnation est restée aussi sévère.

Les acteurs de la justice se sont crispés contre la médiatisation et ont attaqué frontalement : les mouvements de droits des femmes, la défense de l’accusée et l’opinion exprimant sa solidarité avec Mme Sauvage. J’ai relevé et commenté deux articles en ce sens.

Vient alors la « libération partielle » du président de la République. Cet « habile compromis » (selon le commentaire de la journaliste du Monde) s’est révélé un leurre et un piège. Car les milieux de la justice se sont encore crispés davantage devant ce qui était pour eux un abus de pouvoir et une défaite devant l’opinion qu’ils ont décriée. Les relations entre le président Hollande et ces milieux se sont encore dégradées avec plusieurs paroles agressives de sa part qui ont été révélées.

C’est Madame Sauvage qui a payé les frais de cette mésentente politico-judiciaire. Par deux fois, la libération qu’elle pouvait demander lui a été refusée, au terme d’une procédure « d’évaluation » qui est intrusive et moralisatrice.

Le président Hollande a voulu avoir le dernier mot dans cette querelle et a donc libéré aujourd’hui Madame Sauvage. Enfin ! Après deux ans de procès, et quatre ans après les faits, elle est libérée. Elle peut considérer qu’elle a effectivement payé sa dette à la société, comme dans une procédure « normale ». Mais le caractère exceptionnel du processus que son affaire a suivi risque de la poursuivre longtemps encore. Diverses opinions donneront à sa libération d’autres significations, comme si elle avait joui d’un privilège présidentiel. Il faut remonter à la totalité de la procédure pour comprendre ce qui s’est passé et revenir à une appréciation modérée : qui le fera ? D’autres considéreront que l’emprisonnement était excessif par principe, et c’est bien compréhensible.

Car c’est maintenant qu’il faut prolonger la réflexion et tirer toutes les leçons de cette affaire.

1/ Le déni des violences masculines conjugales est encore effroyable, et trop de femmes restent sous l’emprise, par manque de moyens de protection que la société leur offre.

2/ La loi est profondément inadaptée au cas des victimes de violences prolongées qui en arrivent à se libérer avec une violence meurtrière. D’abord la circonstance aggravante d’une « violence exercée sur un proche », récemment instaurée, est contreproductive pour ces victimes : elle aggrave leur condamnation et entrave leur libération par des procédures plus lourdes et intrusives.

3/ Ensuite la question de la « légitime défense » et de ses trois critères (menace effective, immédiateté, réaction proportionnelle) et la question des circonstances atténuantes, bien qu’elles ne soient plus définies par la loi, mais laissées à l’appréciation du jury, sont encore des manières de ne pas entendre le récit des victimes.

4/ Enfin l’exigence que le condamné exprime une sincère repentance (ce qu’un ‘criminel endurci’ pourra simuler facilement !) pour sa libération parait incongrue et à repenser totalement dans le cas de ces victimes de violences prolongées qui en arrivent à se libérer avec une violence meurtrière. Le fait que la société ait évidemment gommé et dénie son statut de victime durant tant d’années et qu’elle exige à la fin que la victime avoue sa responsabilité de meurtre est un abus de pouvoir. Celà est une attitude perverse.

5/ Plus globalement, la domination masculine est encore à l’œuvre dans le travail de la justice. Je l’ai évoqué dans le récit de la première procédure.

Tous ces aspects de la réflexion sont développés dans mes précédents articles. On les trouvera dans la page « Dossier Sauvage ».

Il faut se rappeler que Madame Sauvage avait évoqué la possibilité de ne plus demander sa libération, pour ne plus être harcelée par la justice, contre sa juste compréhension des faits. Elle aurait alors pu rester emprisonnée durant la totalité de sa peine, ce qui n’est prévu que pour les plus grands criminels, trop dangereux. Cela aurait été une honte pour nous, notre société, notre justice. C’est à cela que la grâce présidentielle met aussi fin. A notre responsabilité dans une injustice.

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Dossier Sauvage, encore…

Selon le site d’info Le Monde,

les filles de Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de prison pour le meurtre de son mari violent, ont déposé vendredi 2 décembre à l’Elysée une demande de « grâce totale », une semaine après le rejet en appel de sa demande de libération conditionnelle, ont annoncé ses avocates. « Une pétition de plus de 300 000 signataires sollicitant la libération immédiate de leur mère a été jointe à cette demande », ont précisé Mes Nathalie Tomasini et Janine Bonaggiunta. Dans leur lettre adressée à François Hollande, les trois filles de Jacqueline Sauvage se disent « désespérées » de ne pas avoir leur mère près d’elles, « inquiètes pour son état de santé » et « craignant pour sa vie ». Elles disent aussi ne « plus » savoir « comment intervenir face à toutes ces interminables procédures qui n’aboutissent pas ». La semaine précédente, se disant « épuisée par ce parcours judiciaire », [Madame Sauvage] avait renoncé à se pourvoir en cassation après que la cour d’appel de Paris eut rejeté sa demande d’aménagement de peine, à laquelle le parquet général ne s’était pourtant « pas opposé ».

Ces informations sont cohérentes avec les articles que nous avons publié : la « grâce partielle » de François Hollande apparait comme un leurre. Après les révélations sur les pensées du président à propos de la justice, on peut penser que les milieux judiciaires ne vont plus bouger sur ce dossier.

Pour le tribunal d’application des peines, toute personne qui réagit, même dans la sidération, à une menace grave de la part d’un être violent et harcelant, en le tuant, doit montrer la même honte de son geste, le même regret total, et donc le même parcours pénitentiaire et psychologique que si c’est l’être violent qui a agi. Autrement dit, une personne opprimée et harcelée ne peut que fuir la situation et laisser l’oppresseur sans sanction aucune ; car si elle agit contre son oppresseur (non avec prémédiation, mais en situation proche de la légitime défense), elle devient la personne qui violente, l’oppression qu’elle a subie doit être gommée et elle doit ‘assumer’ la totalité de sa culpabilité.  L’appareil d’application des peines ne peut accepter qu’un(e) coupable puisse envisager de dans la balance son statut de victime. C’est ainsi que la domination masculine se lit dans l’action de la justice : un mari assassin, qui assumera plus aisément sa culpabilité, sera plus vite libérable que la femme (victime) qui tue pour se protéger.

Dans un procès du mois passé, une femme accusée des mêmes faits que Madame Sauvage avec le même passé de harcèlement, a été condamnée, elle, à huit années de prison.  C’est pour moi la preuve que ces situations sont plus courantes qu’on ne veut le voir.

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« Qu’est-ce qu’être un homme ? »

Une discussion a été lancée sur cette question, sur le site Forum Féministe (ici). La personne qui a lancé ce sujet, après un autre sur « Qu’est-ce qu’être une femme », explicitait :  » J’aimerais, si vous êtes d’accord, des retours de personnes s’identifiant comme homme sur ce que vous estimez faire de vous des hommes, la construction de votre masculinité et l’éventuelle déconstruction de votre virilisme après la découverte du féminisme. En dehors du ressenti intime, est-ce que ce qui fait un homme c’est :
– ne pas être une femme (donc hétéro)
– en être supérieur ? »

Je reproduis ici ma contribution. Elle reprend des idées que j’ai mis dans d’autres contributions, mais pas ici sur mon blog. Or je veux y revenir par d’autres articles.

C’est une question très facile, mais aussi très difficile.

« On ne naît pas homme, on le devient » : c’est Elizabeth Badinter qui l’a écrit, en décalque de la phrase bien connue de Simone de Beauvoir. (Je l’ai lu sur un blog et n’ai pas la référence).
Dans le même genre, on pourrait dire : tout ce que vous avez répondu à la question « qu’est ce qu’une femme » (voir ce fil) peut être repris ici, à condition de les prendre en les inversant.
Voilà des réponses faciles.

Il y a cette définition de Léo Thiers-Vidal, inspirée du féminisme radical, que j’ai citée (plus longuement) dans un autre fil.

« L’analyse matérialiste des rapports de genre révèle que les hommes exploitent la force de travail des femmes (Delphy), s’approprient le corps des femmes (Guillaumin), monopolisent les armes et les outils au détriment des femmes (Tabet), domestiquent la sexualité des femmes et exploitent les capacités reproductives des femmes (Tabet), hétéro-sexualisent les femmes (Wittig)… ainsi qu’ils contrôlent la production du savoir (Le Doeuff, Mathieu). »
Léo Thiers-Vidal, De l’ennemi principal aux principaux ennemis – Position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination » (publié chez L’Harmattan en 2010).

Il s’agit d’un bref rappel (au milieu du livre) de tout un rendu du féminisme radical dans la première partie de sa thèse.
Il dit aussi que les classes de sexe hommes et femmes sont liées, une n’existe pas sans l’autre, comme couple oppresseurs / dominées.

Les analyses un peu radicales sur les hommes sont très peu nombreuses. Ce sont les femmes qui ont créé les pistes à partir des analyses de leur propre situation. Seuls John Stoltenberg et Léo Thiers-Vidal ont ajouté un contenu pertinent à ce que les féministes ont dit. Cela fait deux livres et quelques articles (dont un recueil pour chacun d’eux). On est donc loin de pouvoir faire une synthèse !
La plupart des hommes parlant des hommes ont voulu amoindrir le sujet et la culpabilité masculine : Yvon Dallaire, Guy Corneau, Daniel Welzer-Lang, etc., en se centrant sur les intérêts masculins et cherchant à leur donner une nouvelle identité cohérente qui résiste aux critiques féministes ou les intègre partiellement.

D’un autre côté, il y a une certaine difficulté à se retrouver avec une identité totalement négative, et rien ou presque à se raccrocher pour avoir une certaine estime de soi. On m’a déjà rétorqué (sur un tout autre sujet) que la conscience malheureuse ne donne pas de réflexion cohérente (ce que je trouve irrecevable). John Stoltenberg dit qu’il faut cesser d’être un homme et retrouver un être humain animé par la justice (plutôt que par la compétition, le mépris et la violence). Mais c’est une position éthique surtout, pas très concrète. Je ressens qu’il reste un problème d’identité positive « future » de la « variante mâle » de l’être humain, mais cette question se posera plus tard. Et que l’hypothèse d’un futur « matriarcat » est féconde en ce qu’elle permet de renverser la vision traditionnelle de la question ; non plus « ce que nous devons garder », mais ce que nous vaudrons dans cette nouvelle situation inversée.

Il est donc clair que le déni est très courant et très utile pour échapper à la culpabilité.
À une question de Léo Thiers-Vidal, les huit enquêtés ont quasiment tous répondu qu’en tant qu’hommes ils étaient des êtres humains ‘dans la norme’ et que le fait d’être un homme n’avait aucune caractéristique particulière. Ce sont les autres (femmes, enfants, invalides) qui ne sont pas totalement des êtres humains comme le sont les hommes, qui ont un manque. On sait aussi que Freud a parlé de « manque de pénis » pour les femmes. Ici aussi, disons l’inverse : ce sont les hommes qui sont en manque d’une matrice et donc d’une capacité de reproduction ; par compensation, ils ont acquis les organes pour participer à la conception en y introduisant de la variété.

J’ai imaginé un récit qui définirait les hommes comme « gardiens de prison » des femmes et donc responsables individuellement de l’application et de la reproduction de l’oppression masculine. C’était au début de mon blog, j’avais peu lu en anthropologie, mais je pense que ce texte est encore utile au plan symbolique. Il est ici.

J’ai aussi reporté des idées de John Stoltenberg qui sont peu connues (car son livre n’a été diffusé qu’au Canada principalement), et qui donnent une bonne illustration de la structure masculine (surtout entre pairs). C’est ici . (En fait j’en ai reporté bien moins que je croyais).

Une question qui m’intrigue depuis le début est la question de la fabrication des hommes. Comment ai-je acquis la masculinité en tant « qu’oppression impérative et jouissive » ? Qui me l’a enseigné ou montré ? Je suis très loin d’avoir trouvé les réponses à ces questions.

Je pense que les différences instaurées dans la petite enfance sont loin d’être suffisantes (un garçon ne pleure pas, etc.) pour cette transmission. Plus importante me paraît cette tendance générale à faire peser des contraintes disciplinaires sur les filles (ferme tes genoux, range ta chambre, que feras-tu pour avoir un mari) et au contraire à laisser toute liberté au garçon en tant qu’apprentissage (bas-toi, défends tes intérêts, ne te laisse pas faire…et va jouer dehors, en attendant d’avoir un métier).

J’ai personnellement construit comme valeur masculine obligée le fait d’avoir un rôle social à l’extérieur de la maison, de prendre ma place c-à-d ma part de pouvoir. J’ai encore, très bien fixée depuis l’enfance, l’image de mon père mettant son chapeau noir en partant au travail et ainsi « devenant quelqu’un ». Et cette « mission sociale » reste ce qui est mon principal leitmotiv dans la vie. Et ensuite un rôle de « père paternant ». Voilà deux facettes de la construction masculine et de son identité qui sont peu analysées à mon goût. (Je connais la critique du Pater familias tout puissant depuis le droit romain, j’ai un peu travaillé sur « le nom du père » comme usurpation). D’autres hommes auront retenu d’autres facettes sans doute. Elles ont un rapport avec le jeu du pouvoir bien évidemment.

Ensuite, je suis interpellé sur la fabrication du jeune mec et l’apparition du sexisme. J’ai presque échappé à cette phase, pour avoir vécu dans un milieu sans fille ou presque (école primaire et secondaire non mixte). Je vois ma petite-fille se faire traiter de putain (elle a développé une phobie de l’école) par de jeunes gars sans doute même pas pubères (12-13 ans, certains 14), développant un mépris destructeur pour se grandir à leurs propres yeux et ceux de leurs pairs. Ont-ils vu des adultes agir ainsi ? J’en doute.
J’ai trouvé sur cette période le livre « Pour en finir avec Eddy Bellegueule » d’Edouard Louis très instructif et très interpellant en plus !

Enfin, je suis entré dans l’hétéro-sexualité, comme voie traditionnelle pour tout le monde, même si j’ai pas compris grand-chose au film. Et je la vis encore. Et je m’interroge aussi toujours. Et je n’ai commencé à entendre la critique de l’homme hétérosexuel que depuis trois ans, et j’ai cru encore longtemps que c’était une question de respect des femmes et de partage des tâches domestiques, ce qui n’est pas faux mais totalement insuffisant comme analyse critique.

Voilà, ces quelques éléments personnels pour donner du contenu concret à la question posée.

Je pourrais continuer longtemps. Mais ceci vise à faire avancer le schmilblick !

Et dans la suite de la discussion, j’ai ajouté :

Je pense que la relation entre hommes, dans la classe des hommes, entre pairs, en groupe, est très prégnante. « Faire comme les copains, et un peu plaisir à mon père », presque tout est dit. Faire ses preuves (de force et d’adresse) en plus. Le harcèlement ordinaire, de rue (je songe aux deux films de NYork et de Bruxelles) me parait plus un exercice d’auto-conviction (qu’on est viril) pour en parler ou de démonstration aux copains (qui sont parfois à proximité et admirent le combattant). Celle qui rabroue se fait injurier sexuellement, par le harceleur qui veut rester « viril ». Parfois le désir de dominer sexuellement ou de jouir n’est pas aussi puissant que le désir de se montrer victorieux.
Répondant à quelqu’un qui fait le parallèle : l' »homme » est comparable au patron, peut-être être humain gentil mais qui, selon son STATUT, cherche le bénéfice. Rajoutons ; de plus, pour son milieu PATRONAL, ce patron ne peut pas favoriser ses ouvriers, il doit participer à la cruauté sociale. DE même les hommes doivent agir à mépriser les femmes, car le groupe social attend cela d’eux et les mépriserait sans cela. Mais cela n’excuse pas les individus hommes bien évidemment.

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Deux ans de ce blog : un bilan

Deux ans dans la vie d’un blog, c’est à la fois peu et beaucoup. Je vois des blogs personnels qui disparaissent après quelques semaines, qui réapparaissent parfois en annonçant une reprise, et puis plus rien. Mais il y a des sites importants qui ont 10 années et plus d’activité.

De mon ressenti personnel de ces deux années, c’est plutôt positif. Je craignais des agressions de masculinistes, des sabotages, des critiques de féministes… Rien de cela n’est arrivé. Et j’ai produit 66 articles en deux années (36 en nov 2014/15, 30 en nov 2015/2016), ce qui n’est pas mal : un rythme d’un article sur une quinzaine ou moins. Par contre, je n’ai pu remplir mon projet d’alimenter des pages en articles de fond sur « la virilité » et « la paternité » autant que j’en avais l’intention (la vie réelle est aussi pleine de projets militants de toutes sortes). En contrepartie, j’ai pu créer deux dossier sur les « Dossier Jacqueline Sauvage » et « Dossier agressions sexistes de Cologne » avec un vrai travail de ma part, qui n’était pas prévu à l’origine.

Pour la promotion de mon site, j’ai aussi cherché à me positionner en contributeur sur d’autres sites, de féministes pour la plupart, et cela a été assez bien accepté par les sites visés. Et j’ai eu des lecteurs et des abonnés par le biais de ces contributions personnelles sur d’autres sites.

Le bilan chiffré n’est pas glorieux, c’est clair, mais il est en nette progression. En 2014 (2 mois), j’ai eu 29 visiteurs regardant 93 vues, soit 3,21 pages par contact. En 2015 (12 mois), j’ai eu 647 visiteurs regardant 1601 pages, soit 2,47 pages par contact. En 2016 (10 mois), j’ai eu 1052 visiteurs regardant 2003 pages, soit 1,90 pages par contact. Ce qui me fait passer de 14 visiteurs mensuels à 55 visiteurs puis à 105 visiteurs mensuels. et de 46 vues à 150 vues puis 200 vues mensuelles. Progressions encourageantes ! (Je précise que je n’ai aucun ami proche à qui j’ai fait connaître mon activité). Et je totalise une vingtaine d’abonnés, dont plusieurs obsolètes et inactifs, ce qui est lamentable. Mais je pense qu’on a vu une évolution importante des smartphones durant cette époque, ce qui a amené les lecteurs à dénicher et pointer des articles par Facebook ou par senthis, sans passer à un examen de plusieurs pages du site et sans volonté de s’abonner. La recherche internet a sans doute faibli.

Comme articles, c’est « Comment être un allié (masculin) du féminisme » qui a eu le plus de succès (222 vues),  suivi de la page « de la virilité » et de la page « à propos ». A contrario de ce que je viens de dire (sur les lecteurs « smartphone – one shot), les deux derniers succès de pages témoignent d’une recherche thématique ou une recherche sur le site. Le premier article, traduit d’un texte canadien, a eu manifestement du succès au Canada où il a été référencé sur Facebook et sur ‘Feminim current’ et m’a valu ces nombreux lecteurs. Les articles « Sur une leçon de genre qui nous viendrait d’Afghanistan » et « Imposer à son enfant son nom de famille » ont aussi eu du succès, mais un peu moins que l’article sur le procès de Jacqueline Sauvage (chacun une cinquantaine de lecteurs).

A ce sujet, il faut souligner que le fait d’intervenir sur des sites très fréquentés, tel que « Maître Eolas », « forum féministe »ou « Paul Jorion » amènent plus de lecteurs (87, 44, 15) que les sites féministes. Bien sûr, ce sont les moteurs de recherche ou Facebook qui en amènent l’essentiel : 579 et 135.

La conclusion de tout cela, c’est que les hommes sont très peu en recherche sur le thème du féminisme. Ils cherchent un peu sur « virilité », souffrance masculine » et c’est tout. Il sont très avares de commentaires.  Je n’ai reçu quasiment aucun encouragement. Et, sauf erreur, il n’y a quasiment aucun site comparable, ayant le même objet !

Mon objectif est d’alimenter un peu plus sérieusement les pages thématiques pour obtenir un site internet ayant un contenu intéressant et stable pour avoir une pérennité, discrète mais suffisante, et de stopper ainsi mes activités… très solitaires sur le net (ça va bien mieux dans la vraie vie).

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