Importuner, bousculer, harceler ? Non merci, sans façon

Dans une fameuse « tribune » parue dans les médias, une centaine de femmes ont plaidé pour le droit (des hommes) à importuner, à bousculer, à frotter dans le métro, à draguer comme un malotru. Non, j’ai dû mal lire : comme un maladroit.

Attention, leur plaidoyer ne parlait que très peu des hommes. Il attaquait surtout les féministes et se souciait surtout des œuvres d’art… Comment, vous aussi n’avez pas bien lu ? Relisons :

La vague purificatoire ne semble connaître aucune limite. Là, on censure un nu d’Egon Schiele sur une affiche ; ici, on appelle au retrait d’un tableau de Balthus d’un musée au motif qu’il serait une apologie de la pédophilie ; dans la confusion de l’homme et de l’œuvre, on demande l’interdiction de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque et on obtient le report de celle consacrée à Jean-Claude Brisseau. Une universitaire juge le film Blow-Up, de Michelangelo Antonioni, « misogyne » et « inacceptable ». A la lumière de ce révisionnisme, John Ford (La Prisonnière du désert) et même Nicolas Poussin (L’Enlèvement des Sabines) n’en mènent pas large.

C’est donc que, dans le mouvement #MeToo et #Balance ton porc, il y a un complot révisionniste, un agenda caché. Ne parlons pas des pauvrettes qui ont spontanément « pris la parole », c’est une anecdote ; mais parlons de « la campagne ». De fait, de fait, c’est autre chose :

De fait, #metoo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels. Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque. Cette fièvre à envoyer les « porcs » à l’abattoir, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment, au nom d’une conception substantielle du bien et de la morale victorienne qui va avec, que les femmes sont des êtres « à part », des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées.

Voilà donc dévoilée une campagne organisée pour envoyer à l’abattoir des victimes en les mettant « exactement » sur le même pied que des agresseurs sexuels, prétextant des … torts qui n’en sont pas vraiment. Et tout cela pour quoi ? Servir les ennemis de la liberté sexuelle. Évidemment ce texte est un geste de dénonciation de cet ennemi qui a organisé cette campagne de puritanisme, de révisionnisme, de répression des mœurs et des opinions, le féminisme haineux et sans limites :

En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité.

Restons en là (on pourrait insister avec d’autres extraits…)

(Pour une autre analyse approfondie, je recommande l’article sur le blog d’Anne-Lise et le genre (ici).

D’où vient cette démarche ?

Il y a dans cette démarche un fameux culot. Si on oublie un bémol de « précaution oratoire » au début et un autre à la fin, évoquant brièvement violences « sexuelles » et « abus de pouvoir », le but est bien de semer la discorde entre femmes avant tout. Et cela aura connu le succès durant quelques jours. Succès bien orchestré par le journal qui l’a publié, et qui l’a justifié par son « médiateur » (sic). La signataire de dernière minute a été mise en avant : Catherine Deneuve. Mais ce n’est pas elle qui a initié la démarche. Elle a servi de paravent médiatique aux auteures (énoncées en fin d’article).

D’où vient l’initiative ? Peggy Sastre en a donné l’explication pour Le Soir Magazine du 10 mars (c’est moi qui souligne) :

Comment est née cette tribune publiée dans Le Monde ? « D’une coïncidence. J’étais en train de me rendre malade, physiquement, à cause du « retour » – je mets des guillemets car il n’est jamais parti très loin – de l’ordre moral consécutif à l’hystérie collective provoquée par #metoo, quand j’ai entendu Catherine Millet, à la radio, s’exprimer sur les excès de « balance ton porc » en lien avec son livre sur D.H. Lawrence. J’ai ressenti comme une énorme bouffée d’oxygène. Le sentiment de n’être pas ou plus seule, alors qu’en général, ce n’est vraiment pas quelque chose qui me dérange, au contraire. Je l’ai contactée pour que nous la rencontrions avec Abnousse Shalmani que je savais souffrir du même « syndrome d’étouffement » avec dans l’idée d’écrire ce genre de texte. Au même moment, elle était aussi approchée par Sarah Chiche, mon ancienne éditrice et depuis devenue une amie. Nous avons immédiatement décidé de nous réunir et de solliciter une cinquième camarade, Catherine Robbe-Grillet, à qui je dois formellement la naissance de mon premier livre individuel. »

Donc cinq femmes sont les auteures de ce texte, et elles ont cherché ensuite des approbations d’autres signataires durant un gros week-end. Cinq auteures, dont trois au moins ont vis-à-vis du féminisme un profil qui pose question : elles ont une attitude pour le moins provocatrice… (selon wikipedia) :

  • Peggy Sastre, philosophe, journaliste et écrivain, a écrit un premier livre individuel : « Ex utero, pour en finir avec le féminisme » en 2009 et aussi en 2015 « La domination masculine n’existe pas ».
  • Catherine Millet est directrice de la Revue ArtPress, qu’elle a fondée en 1971. Elle a publié des livres sur l’art contemporain, mais aussi des récits autobiographiques, dont celui sur sa « Vie sexuelle » est mondialement connu, nous dit-on.
  • Catherine Robbe-Grillet est une femme de lettres, actrice française, et une maîtresse de cérémonie sadomasochiste. Son œuvre traite de BDSM.
  • Abnousse Shalmani est une journaliste française, d’origine iranienne, qui a notamment expliqué en 2017 au journal Marianne « Pourquoi je ne suis plus féministe ». Elle s’oppose notamment aux féministes islamistes en tant qu’elles défendent le port du voile.
  • Sarah Chiche est psychanalyste et écrivain.

Autant dire que l’agenda caché et la campagne sont plus évidentes à lire dans le profil de quatre auteurs sur cinq que dans le mouvement qui les importune !

(Pour aller plus loin, je recommande l’interview d’Eric Fassin sur FranceInfo (ici).

Et nous les hommes ?

Et nous, les hommes, voulons-nous harceler ? Harceler, c’est le mot. Car c’est la définition d’un importun : un être « qui vous dérange avec assiduité ». Voulons-nous bousculer ? Prendre un baiser volé ? Frotter dans le métro ? « Exhiber » (vocabulaire issu d’une manie perverse) des images pornographiques non souhaitées ?

Non merci, sans façon. Et cela, quelque soit notre manière de draguer, pour une raison principale : la domination masculine. Les hommes ont la liberté, ils peuvent se croire tout permis, ils peuvent utiliser la surprise, la force, la peur et le pouvoir. Et la plupart du temps, (jusqu’il y a peu), ils n’ont rien à craindre. Ils peuvent mépriser et vouloir baiser les femmes, leur faire sentir qu’elles ne sont qu’objet de sexe (le sexage, selon Catherine Guillaumin). Et les exploiter (taches ménagères) et les obliger à se reproduire et les tenir dans l’inégalité.

Beaucoup d’entre nous ne sommes pas demandeurs de pouvoir harceler. Nous avons l’intention et l’engagement de respecter les femmes. Respecter leur autonomie et leur liberté. Nous en faisons l’effort. Mais nous ne protestons pas devant la situation de domination masculine, devant les agressions, l’usage de la prostitution. Nous restons incrédules ; nous oublions les faits. Nous restons solidaires des autres hommes et profitons,même à regret, de nos privilèges injustes.

C’est tout cela qui est nié, qui est tu, qui est passé sous silence dans ce texte. Ces cinq femmes se trouvent bien dans le contexte de domination masculine, parce qu’elles sont elles-même arrivées à un certain degré de force et de pouvoir. Elles aussi peuvent traiter par le mépris les militantes féministes, et finalement toutes ces femmes anonymes qui ont ressenti soudain le besoin de dire « Moi aussi », de s’affirmer ainsi et de n’avoir plus peur. De ce que j’ai pu lire, celles qui ont pris la parole peuvent maintenant plus facilement partager entre elles des évènements mal vécus qui les rongaient en leur for intérieur jusqu’ici.

Et la liberté sexuelle, et la solidité des femmes ?

Derrière ce texte pernicieux, visant un mauvais clivage, il y a pourtant une ou deux questions qui méritent d’être posées.

Plusieurs femmes ont dit qu’elles pouvaient relativement aisément en imposer à un importun. Il faut faire cesser la démarche importune, souvent y faire diversion et parfois y ajouter de la détermination : l’important est de ne pas montrer de la peur. Et que cela s’apprend. Au fond, les cours d’autodéfense féminine ne visent pas autre chose.

Cela vaut uniquement dans une situation où il n’y a pas abus d’autorité. Dans ce cas d’abus, si elle peut le prévoir, il vaut mieux s’abstenir. (Ou alors, sans peur, profiter consciemment de l’abus pour obtenir ce que l’on veut : elle en a la liberté ; comme de dénoncer ensuite l’abus, qui était bien réel).

En ce sens, il y a sans doute une limite à la protection permanente des femmes (c’est les amoindrir encore).

Mais a contrario il y a un travail effectif de rééducation des hommes pour gérer leur sexualité. Mêler galanterie, muflerie et violence dans un même sac de confusion (comme dans le texte) n’aide pas les femmes, et pas non plus les hommes. Ils doivent quitter leur culture du viol et leur culture de la domination genrée, sexuelle y compris. On est loin du compte. Le texte constitue une régression sur ce travail et je ne veux pas croire que ces cent signataires voulaient aller jusque là.

C’est en ce sens que les événements récents tels que les deux affaires DSK, l’affaire Baupin, la législation réprimant les clients de la prostitution, la montée du refus du harcèlement au travail, et la dénonciation des abus masculins sont le signe d’un vrai changement en cours. Un changement qui continuera. Et ce mauvais texte ne sera sans doute qu’une péripétie sans lendemain.

Mais un travail intensif d’adaptation des hommes à cette nouvelle situation est encore à faire.

Et puis, dans un mouvement de sortie de la domination masculine et du patriarcat, il faudra bien construire à nouveaux frais la relation entre hommes et femmes. « Je serai heureuse quand ma fille pourra librement sortir en rue en jupe et décolleté » a dit une maman. Cette assertion m’interpelle. Est-ce que l’impératif de la mode féminine, portée par des hommes et assénée dans les « magazines féminins » aide les femmes à se libérer ? N’est-ce pas un autre cliché qui entretient la même culture d’un échange sexuel inégal, dans le déséquilibre ? La question du vêtement est épineuse (aussi pour les hommes), clivante, et il faut éviter un puritanisme, effectivement. Mais il faut faire société dans l’équité en même temps que permettre la liberté individuelle.

Voilà des questions que, selon l’expression connue, il faut laisser ouvertes, si le temps n’est pas venu de les résoudre. Ni même de les énoncer clairement.

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Le bilan après 2017

L’année 2017 s’est révélée différente des précédentes pour ce blog. On peut en tirer quelques leçons, tout en restant modeste pour une audience qui reste minuscule.

Fréquentation

La fréquentation s’est largement accrue par rapport aux années précédentes (sept semaines seulement en 2014) :

Année                          2014            2015          2016          2017

Visiteurs                                            647          1452          3536

Pages vues                                       1601         2692          5128

On atteint ainsi 10 visiteurs par jour à peu près. Pour autant, le nombre de pages vues par visiteur s’est encore réduit (de 1,6 à 1,3 page par visite). C’est surtout depuis le mois de mai que la fréquentation atteint ce niveau. Ce qui est frappant, c’est que des articles anciens sont les plus demandés : leurs référencements trouvées sur internet ramènent sur le blog des visiteurs de manière accrue sur le long terme. Certains articles récents sont peu consultés. Ainsi le blog vit désormais indépendamment de la parution de nouveaux articles.

Articles les plus lus

Les deux articles les plus lus sont des textes repris d’autres sites ! Il s’agit du texte d’un auteur anonyme « Ne dites pas ‘j’aide ma femme’, mais dites… », vu 517 fois en 10 mois et du texte de Elizabeth Pickett « Comment être un allié (masculin) du féminisme », vu 255 fois cette année et 740 fois en trois années pleines.

L’article original « Face au féminisme radical, quatre positions-type chez les hommes (Léo Thiers-Vidal) » a été vu 436 fois en 11 mois, dont 224 fois en février 2017, mois de sa parution.

Bien sûr, la fréquentation de la page d’accueil, qui affiche le dernier article paru, n’est pas comptée dans ces statistiques.

Les pages thématiques (qui regroupent plusieurs articles anciens, et des articles plus récents devraient y être intégrés !) ont aussi un certain succès de lecture. C’est la page « Taches ménagères » qui est la plus regardée en 2017 (274 vues), alors que les pages « De la virilité » et « le rôle du père » restent aussi consultées (179 fois chacune contre 92 et 146 fois en 2016).

Certains articles ne connaissent que moins de 10 lecteurs. Un article qui me paraissait important et au contenu instructif n’a rencontré qu’un intérêt confidentiel : « En Australie, les étudiants harcelés : mais où sont les agresseurs hommes ? » de aout 2017, n’a connu que 16 visiteurs. Par rapport à l’information superficielle donnée dans les médias, j’avais fait un effort de lecture de l’étude originale et de commentaires analytiques. Il s’agit d’une large enquête parmi les étudiants, donc fort représentative par son nombre de répondants, et qui donne des chiffres très précis sur divers types de violences (dont le harcèlement), tant pour les femmes que les hommes, tant les homos que les trans et les hétéros, etc. L’article « Sur la souffrance des hommes » et l’article « Une leçon de genre qui nous viendrait d’Afghanistan ? (Les clandestines de Kaboul) » ainsi que plusieurs articles sur l’affaire Jacqueline Sauvage sont encore régulièrement lus.

Pays des visiteurs

C’est le changement majeur de l’année 2017 : un important contingent de lecteurs provient soudainement des États-Unis. Ceci ne me parait pas croyable, et cela fait supposer que c’est l’effet d’un réseau social (lequel ?) dont le flux provient des USA mais dont les provenances sont dispersées, ce qui a donné un changement sensible :

Année             2016          2017

France            1996          2852

Etats-Unis          83          1357

Belgique           155           210

Canada             112            165

Divers

Signalons enfin que le blog n’enregistre que 35 abonnés, dont 12 de cette année (et sans doute quelques obsolètes des premiers mois d’existence du blog). Il reçoit également un nombre très faible de commentaires.

En conclusion, une audience en progrès mais qui reste très faible. J’ai en projet pour cette année de mettre de l’ordre dans les pages thématiques (rajout des articles récents) et de produire un texte plus développé (en chapitres). Un texte qui soit représentatif des nombreuses lectures de livres et articles sur le féminisme, et des réflexions que j’en ai tirées. Et de réduire ensuite l’activité de ce blog, en fin d’année.

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« Cher papa, ils vont me traiter de salope »

On me transmet le lien vers une vidéo que vous trouverez ici. Je la croyais toute récente. Elle est un peu ancienne (2015) mais très actuelle, en lien avec les mouvements « balance ton porc » et « moi aussi ». L’organisation norvégienne Care Norway a créé un court-métrage poignant pour traiter du respect des droits des femmes.

Vous le trouverez ici (avec sous-titres en français) et ici (version originale).

J’y entends bien le lien qu’il y a entre les comportements masculins, transmis de père à fils, puis de frère à frère ou entre amis. Il y a une pression et une tradition du groupe « Nous, les hommes ». De sorte que le risque pour les femmes est présent là, ici, maintenant, même avant leur naissance.

C’est encore une manière de visibiliser ou mettre en récit la domination masculine.

(Par contre, j’ai trouvé par deux fois que le choix de visage masculin, au moment de dénigrer un comportement, pouvait avoir une connotation raciste, ce qui serait regrettable. Je tiens à le signaler).

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« Refuser la connivence et la léthargie masculines »

Je reprends ici le communiqué du 21 novembre d’un texte, conçu par un groupe d’hommes, et dont je suis signataire (on trouvera l’original ici et ici) :

Nous vivons dans un système qui banalise et protège les violences masculines. Les hommes, quelle que soit leur particularité, ont appris à les exercer, à s’en servir et à bénéficier du rapport qu’elles génèrent. Allons-nous continuer à agir ainsi ?

Nous savons que les « blagues » sexistes nous permettent de poser nos marques et d’évaluer la résistance présente. Nous savons nous dédouaner, nous trouver des allié-es, des circonstances atténuantes, etc. Et nous savons très bien reconnaître les dépassements des limites en nous ou chez les autres hommes : les regards que nous imposons, la répétition de « propositions sexuelles » (vraiment pas insistantes), la mauvaise foi sur les intentions réelles, cette facilité avec laquelle nous imposons notre toucher lubrique (la cuisse ou la main qui se rapproche d’autrui lentement si discrètement), le marchandage pour obtenir du sexe, de l’attention ou de l’intimité, etc. 

Qu’importe que certains hommes n’utilisent pas les poings ou le feu, nous savons aussi rabaisser, pister dans la rue, ou simplement ignorer les femmes. Et c’est en connaissance de cause que les hommes agissent ainsi : pour garder ou asseoir le pouvoir, glorifier son ego, lire son journal tranquille, ou s’accorder entre potes devant le foot, ou n’importe quel autre concert de virilité. 

Certains d’entre nous voudrions nous penser égalitaristes ou progressistes quand nos propres actes sont des menaces, voire des agressions. Il faut que cela cesse. Il est urgent de mettre notre quotidien en conformité avec nos aspirations d’égalité et de justice et d’utiliser notre pouvoir autrement que pour le consolider.

Certains hommes se plaignent aujourd’hui que leur seule présence est en soi perçue comme une menace par des femmes, et ils saisissent cette idée pour leur adresser un énième nouveau reproche. Mais la responsabilité est plutôt à chercher du côté des hommes : ceux qui agressent des femmes en raison de leur sexe, ou ceux qui restent statiques encore en raison du sexe.

Les questions sur le genre ne sont pas un exercice ludique sur l’identité individuelle. Ce sont des questions qui concernent littéralement la vie de l’ensemble des femmes, et la survie pour un grand nombre d’entre elles. Alors s’il y a une chose à retenir de la révolte en cours, c’est bien de prendre la mesure de nos actes pourris passés, d’en assumer les responsabilités sociales et de nous mettre au travail pour que les violences masculines cessent.

C’est pourquoi, à la suite d’indications féministes1, nous nous engageons sur les différents points suivants. Nous invitons vivement les hommes qui liront ces lignes à en faire de même.

- refuser de parler à la place des femmes

- refuser de participer à la non prise en compte du genre ou à l'exclusion des femmes (conférences, postes de travail, médias)

- refuser de suivre ou protéger les autres hommes dans toutes les manifestations du sexisme quotidien

- refuser explicitement de consommer de la pornographie ou d'avoir recours à la prostitution

- s'impliquer à égalité dans l’ensemble des tâches ménagères et dans la charge mentale qu’elles suscitent. (Il n’est pas question de gouts personnels)

- verser un don conséquent – en regard des inégalités de salaire entre les sexes – aux associations féministes qui luttent contre les violences des hommes et leur impunité : AVFT, Collectif féministe contre les viol ,...

illustration tiré du blog « Genre! »

premiers signataires :

benjamin, bruno, claude, didier, dominique, erwann, frankie, gilles, gilles, jessy, joackim, martin, patrick, pierre, pierre, richard, sylvain, yeun

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Ne pas fermer les yeux sur nous

Nous ne devrions pas fermer les yeux sur la façon dont nous les hommes sommes formés à nous percevoir et à voir les femmes. Dans une société où la masculinité est habituellement comprise comme la capacité de dominer (pensez à la façon dont l’expression « sois un homme » est habituellement un défi lancé à quelqu’un pour qu’il exerce du contrôle), et où notre sexualité est définie comme le plaisir que les hommes obtiennent des femmes, nous pourrions vouloir faire plus que dénoncer le comportement des hommes les plus violents, pour nous demander plutôt comment tous les garçons et les hommes sont socialisés dans cette masculinité et cette sexualité.

Un bref extrait de l’article de Robert Jensen qu’on trouvera sur le site de Tradfem (ici), qui l’a traduit. Tout homme est complice des violences masculines : il en donne sept postures :

  • Les hommes qui ne violent pas mais seraient prêts à violer s’ils étaient certains de ne pas être punis.

  • Les hommes qui ne violent pas mais n’interviendront pas lorsqu’un autre homme viole.

  • Les hommes qui ne violent pas mais achètent du sexe à des femmes et croient que le paiement leur donne le droit de faire ce qu’ils veulent.

  • Les hommes qui ne violent pas mais qui sont sexuellement stimulés par de la pornographie mettant en scène des femmes dans des situations qui illustrent des actes assimilés au viol.

  • Les hommes qui ne violent pas mais qui trouvent l’idée du viol sexuellement excitante.

  • Les hommes qui ne violent pas mais dont l’excitation sexuelle dépend d’un sentiment de dominance et d’avoir du pouvoir sur une femme.

Je vous invite donc à lire cet article. Vous verrez que l’auteur a cru bon de donner deux « avertissements » de manière à ne pas heurter les hommes qui ne veulent pas se retrouver trop vite « dans le même panier » que les plus méchants qu’eux. C’est un passage obligé pour les faire réfléchir sans les brusquer. La blogueuse Crêpe Georgette avait relevé cette exigence masculine de ne pas mêler les méchants avec les gentils, pour ne pas mettre en cause le Genre Homme, pour pouvoir maintenir le déni (j’en avais parlé ici).

Il faut taper sur le clou, taper à nouveau sur le clou !

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Sur l’origine de la domination masculine : avant les premiers hommes ?

En lisant le travail de Françoise Héritier exposé dans Masculin/Féminin, m’est venue cette question : et si la domination masculine prenait son origine avant la première conscience humaine, dans son histoire animale ? Qu’en est-il des rapports entre mâles et femelles chez nos ancêtres simiesques ?

Rappelons que Françoise Héritier, avec la plupart des anthropologues, estime que toutes les sociétés humaines connues (par ce qu’il reste de société tribales isolées ou étudiées avant qu’elles soient déculturées par le contact avec notre civilisation) sont marquées par la domination masculine. Bien sûr, il y a des variantes de ce système. Il y a en fait quelques systèmes de parenté typiques, qui se retrouvent dispersés sur les continents, ce qui démontrerait que les hommes ont été confrontés aux mêmes questions, mais qu’ils ont eu quelques solutions-types différentes, structurales, toutes satisfaisantes à leurs yeux. Mais il n’y a pas de sociétés matriarcales. Il y a quelques sociétés matrilocales, mais ce sont encore les hommes (les frères plutôt que les maris) qui dirigent ces clans.

Ce qui amène Françoise Héritier à conclure que la domination masculine est un choix porté à l’aube de l’humanité, sur base de conclusions primitives tirées par les hommes de ce qu’ils déduisaient du fait que les femmes (et rien qu’elles) procréent des filles mais aussi des garçons, suite à une copulation. Mais cette conclusion de Françoise Héritier paraît un peu obscure, hasardeuse et circulaire : pourquoi seuls les hommes auraient-ils posé la question et donné des réponses, s’ils n’étaient dominants auparavant ? D’où ma question posée au début : et si la domination nous provenait déjà de nos ancêtres simiesques et était préexistante à notre conscience ?

La lecture du livre Premiers hommes, de Pascal Picq (Flammarion 2016), une référence qui m’a été signalée par ma compagne, est venue bien à point pour éclaircir ce questionnement. Ce livre est très instructif sur les derniers développements de la paléo-anthropologie. Il est donc passionnant. Lire la suite

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Penser le « travail sur soi » des hommes

Peut-on penser que les hommes ont un « travail sur soi » à faire ? En suite de la campagne #Moi aussi (j’ai été forcée par un/des hommes) et #Balance ton porc (rends publiques les cochonneries qu’il t’a fait), cela parait évident. Le phénomène est massif, on ne peut plus le nier, il y a quelque chose qui cloche dans la masculinité.

Plusieurs fois on a pu lire qu’on avait franchi un point de non-retour, qu’il fallait extirper le mal à la racine. Et il faut que ce soit vrai, que cela marque un échelon dans la bataille féministe. Il faut arriver à faire bouger les hommes. (Je discute plus loin des chances d’y arriver). On a d’ailleurs vu un ou deux hommes publics faire une démarche d’aveu et excuse générale, disant qu’ils ont certainement eu des attitudes de non respect, sinon même des gestes déplacés, etc. Je ne pense pas qu’ils étaient visés par une accusation précise, sinon d’une forme de complicité de silence dans leur milieu de stars. Bref, ils voulaient faire bouger les hommes autour d’eux, en payant de leur personne. Et ils voulaient s’engager à ne plus tomber dans l’un ou l’autre de ces « travers ».

Et ensuite ? Presque rien d’autre que ces déclarations. Comme le dit le site Feminist Current, ils doivent aller au-delà de confessions médiatiques. Mais comment prendre le mal à la racine ? C’est à croire que ce travail de changement des hommes est indescriptible, sinon impensable. Et qu’on en perd vite le chemin. Où est le point de départ qu’on puisse suggérer aux hommes ?

Deux attitudes de fuite devant cette difficulté sont souvent adoptées.

  • L’une est de dire que l’engagement pour l’égalité est positive, notamment sur le plan professionnel : en luttant pour l’égalité salariale, en revendiquant la parité dans les cercles de décision et dans l’avancement équivalent des « carrières » féminines et masculines. Mais je pense qu’un tel engagement de l’homme ne… l’engage à rien, sinon à se revêtir de bons sentiments. Cet avancement proposé aux femmes ne constitue pas un changement pour les hommes. Et ils veilleront à leur intérêt de carrière et leur accès à un poste de direction quitte à écarter une collègue autant qu’un collègue. L’altruisme n’a qu’un temps, il a des limites bien évidentes.
  • L’autre attitude de fuite est de proclamer qu’il faut enseigner surtout l’égalité et le respect à nos petits enfants, et notamment par une éducation égalitaire des petits garçons (et de rien adjoindre d’autre que cela). Je ne nie pas que le sexisme présent dans l’éducation doive être évité et déprogrammé (dans la tête des mères, des pères, des grands-parents, des encadrants… ce qui fait beaucoup !) et que le respect entre garçons et filles doive être transmis et exigé. Mais je pense d’abord que ce n’est qu’une première étape dans la formation des hommes (et des femmes) et que le silence sur les autres étapes est l’aveu d’une impuissance à les imaginer, les formaliser et à les répandre. Et je pense ensuite que le moteur de cette attitude est l’impuissance à transformer les hommes adultes eux-mêmes, sj non aussi les mères. J’ai connu cette attitude en matière d’environnement, et c’était désespérant. Depuis les hommes ont appris à trier leurs déchets, à ne pas fumer, à marque l’arrêt devant les passages pour piétons, à avoir un « cabas », etc. Toutes choses qui paraissaient impossibles il y a trente ans.

Bref, il faut changer les hommes adultes. Il faut que les hommes adultes changent. Quel en est le point de départ ?

Plusieurs suggestions ont été faites récemment. Je veux en discuter ici. Je vais m’appuyer sur les textes de Zero Macho (voir mon post précédent) et du site Feminist Current (voir le lien « Onze choses que les hommes peuvent faire » au début de l’article précédent), et enfin un texte « Manifeste à destination des hommes alliés » de Ndella Paye, texte qu’on trouvera ici sur le site de Les mots sont importants (Merci à Didier Epsztajn pour cette référence). Il faut souligner que ces textes sont très rares et qu’ils ont donc le mérite de la nouveauté. J’en recueille la liste ci-dessous (avec la mention des sources, respectivement ZM, FC et NP).

Je liste d’abord des attitudes qui ne vous changent pas vraiment de l’intérieur, qui en restent au respect humain et à l’engagement pour l’égalité, qui se feraient sans « mise en cause de soi » :

  1. inviter votre collègue femme tous les midis pour corriger l’écart de salaire entre vous (NP).
  2. briser le plafond de verre : Il s’agit de ne pas pénaliser les femmes dans leur accession au pouvoir, à cause de leur maternité par exemple (si vous êtes en position hiérarchique) (NP).
  3. cesser tout « humour » sexiste (NP). Ne pas rire aux blagues grivoises (ZM).
  4. dénoncer, en sanctionnant systématiquement les blagues sexistes, tous types de harcèlement, tous gestes et/ou paroles déplacés (NP). Ne pas cautionner les pratiques de harcèlement (ZM).
  5. changer de trottoir la nuit quand vous vous retrouverez à marcher derrière une femme (NP).
  6. élever nos enfants dans le respect de l’autre (ZM).

Je liste ensuite des attitudes qui supposent que vous avez fait un travail sur vous et que vous adoptez systématiquement un changement de comportement (ce ne sont pas des choses qu’on fait sur une injonction ou une bonne intention, sans mise en cause) :

  1. laisser votre place à une collègue si le panel auquel vous êtes invités n’est pas paritaire (NP).
  2. refuser de parler, à la place des femmes, de sujets ne vous concernant pas (vous n’avez que trop pris la parole et n’occupez que trop l’espace public)(NP). Apprenez à écouter. Évitez de dominer dans les conversations (FC).
  3. veiller, réellement, à ce que les tâches soient équitablement partagées à la maison ; et à ce que la charge mentale ne repose plus exclusivement sur votre partenaire (en cas de couple hétérosexuel) ; et n’attendez ni n’exigez pas de remerciements, ni une reconnaissance (NP).
  4. dénoncer toute attaque à l’encontre d’une femme, notamment dans les transports en commun (NP)
  5. Refusez de consommer de la pornographie ou de payer pour du sexe (FC). .
  6. Reconnaissez-le, si vous avez maltraité une femme, et présentez vos excuses à la femme ou aux femmes que vous avez blessées (FC).
  7. Subventionnez discrètement des événements, médias et organisations féministes (FC).
  8. Faites tout acte que des féministes vous demandent de faire pour que leur événement puisse être un succès (FC).

Et je regroupe enfin les recommandations qui incitent à réfléchir et changer son comportement :

  1. questionner vos comportements, vos paroles et vos gestes, votre attitude générale vis-à-vis des femmes, et les changer si nécessaire(NP).
  2. Retenir nos mots, réfréner nos pulsions, nous maîtriser (ZM).
  3. être solidaires des femmes victimes, les écouter, les croire, ne pas mettre en doute leur parole (ZM).
  4. Prenez conscience du nombre de femmes qui sont dans votre vie et qui ont révélé publiquement cette semaine avoir été agressées ou harcelées sexuellement, et laissez cette conscience vous mettre mal à l’aise. Évitez la réaction défensive du  « Pas tous les hommes » (FC).
  5. Arrêter de traiter les femmes et les filles comme avant tout « jolies », de complimenter d’abord et avant tout les filles et les femmes sur leur apparence (FC).
  6. Commencer à prêter attention à la façon dont vous regardez/considérez les femmes ; arrêter de la mater de haut en bas pour évaluer si elle est « baisable » (FC).
  7. Arrêter de traiter toutes les femmes (uniquement) comme d’éventuelles partenaires sexuelles (FC).
  8. soyez conscient d’à quel point vous interrompez/parlez beaucoup/vous imposez dans les conversations (FC).
  9. Ne neutralisez pas les problèmes qui ne sont pas neutres à l’égard du genre :. dire que la violence masculine à l’encontre des femmes est un « problème humain », que « la culture du viol n’a pas de sexe », que vous êtes contre « toute forme de violence » (FC).
  10. Comprenez que, en tant qu’homme, vous ne serez jamais pleinement capable de comprendre ce que les femmes vivent au jour le jour, sous le patriarcat (FC).

Je voudrais faire à ce sujet quelques remarques :

Les injonctions sont nombreuses : 25 au total. J’y ai proposé une mise en ordre, sans quoi elles apparaissent désordonnées ! Et de ce fait elles paraissent peu efficaces, peu enclines à agir, même si chacune parait aller dans le bon sens. Bien sûr, ces injonctions s’accompagnent souvent (cher NP et FC) d’un argumentaire plus ou moins développé, que je n’ai pas repris ; elles sont donc l’occasion de faire réfléchir un peu. Mais cela me parait faire fi de toute méthode que de faire de l’éducation résumée ainsi…

On pourrait estimer que ces recommandations pourraient être ordonnées autrement, je m’en doute. Je pense que j’ai voulu mettre en lumière trois critères :

  • les changements qui ne mettent pas en cause
  • les changements qui ne peuvent s’acquérir que par une volonté durable, appuyée sur une réflexion qui vous met en cause au préalable
  • les prises de conscience et les changements de comportement qui vous mettent en cause dans vos attitudes intimes spontanées.

Je pense que ce dernier groupe est important : il s’agit par là de percevoir la domination masculine, de s’en convaincre en percevant ses propres comportements . Il ne faut pas considérer cela comme une simple prise de conscience passive. C’est en considérant ses comportements qu’on découvre pratiquement leur effet de non-respect et de violence (masquée), c’est en les travaillant qu’on s’aperçoit de leur caractère ancré et répétitif. C’est le point de départ. Et en cours de ce travail de prise de conscience, on se forge une volonté de modifier ces comportements, de les combattre et on développe les arguments pour le faire (afin de se forger une conviction). Et c’est à ce stade de renforcement du travail que les lectures et les argumentaires classiques sont utiles. Quand ils viennent trop tôt, on les discute sur le plan intellectuel (avant mise en cause de soi) et on y oppose ses résistances spontanées.

 

Quels sont alors les chances d’arriver à changer les hommes à la racine ? Elles sont actuellement très faibles. Dans l’état actuel de l’opinion sur les réseaux sociaux, dans le discours de tous les médias (combien sont allés au-delà de la surface, au lieu de rester dans l’émoi, puis dans les potins mondains ?), la remise en cause des hommes est souhaitée (c’est les autres) mais laissée hors d’atteinte (c’est leur problème). On évite soigneusement de globaliser la thématique, au niveau du contenu de la masculinité.

Elles sont faibles aussi d’un point de vue méthodologique. On est loin de savoir vraiment « ce qui se passe dans la tête des hommes » et ce qu’il faut faire pour qu’ils changent, y compris au plan de la sexualité, des tâches ménagères, et de la détention du pouvoir en général.

On a aussi dénigré le mouvement comme « dénonciation » d’un individu. Il est peut-être utile de dire que la « délation » est un concept du droit, pris comme devoir de tout citoyen participant à la protection et l’application de la loi. Bien sûr, quand le pouvoir étatique s’exerce dans l’arbitraire (et cela n’arrive pas que durant une occupation étrangère ! bien des régimes tolèrent et accentuent les inégalités), le devoir de tout citoyen est plutôt de protéger son voisin et de développer la solidarité. Et ensuite de dire que la démarche n’a pas été celle d’une plainte (à la police) mais celle d’une « mise au pilori », d’une dénonciation « sur la place publique », l’opinion étant libre d’en faire ce qu’elle souhaite. A l’heure où j’écris, malgré les dénonciations multiples et les confirmations, M. Weinstein n’est pas encore inculpé… Et cette « mise au pilori » n’est possible que parce que le mouvement est large comme un raz de marée, qu’il trouve sa crédibilité dans sa force autant que dans la liberté d’expression. Et qu’il pose ainsi une question à la société de manière forte.

Encore faut-il prendre le chemin pour résoudre cette question dans sa globalité, sans se limiter à quelques cas, traités dès lors comme des « scandales » isolés, qui ne nous remettent pas en cause. Et c’est là-dessus que doit porter l’effort.

Terminons en disant qu’on ne s’adresse ici qu’aux hommes « alliés » du féminisme, ou ici alliés du mouvement « #Moi aussi », soit une infime minorité. Dans son document, Zero Macho propose aussi quelques recommandations aux institutions. Mais qui les entendra ? Qui seulement les fera entendre ? Qui dira qu’elles sont attendues ?

 

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Ces coups de boutoir et notre forteresse

(texte revu — et je recommande de consulter aussi l’article « 11 façons dont les hommes dont les hommes peuvent répondre de manière productive au mouvement #Moi Aussi » qu’on pourra lire ici  ainsi qu’un autre qui l’a inspiré « Oui, vous aussi. Qu’en est-il des hommes ? » qu’on trouvera sur Tradfem ici, tous les deux traduits par Yeun L-Y).

Les hommes sont des porcs.

(C’est pas gentil pour les porcs ! Disons en fait : les hommes sont des hommes.)

Toute femme vous le dira. Ma mère me le disait : « presque toutes les femmes sont agressées sous une forme ou une autre, alors… ». Elle savait donc : les hommes se conduisent comme des porcs. Mais ma mère voulait sous-entendre « alors c’est rien d’extraordinaire ».

Pourtant, nous le savons tous. Nous sommes des… hommes à un degré ou à un autre. Nous le sommes entre hommes, en évoquant les femmes avec des mots de cochon. Nous sommes nombreux à avoir des gestes et des expressions qui agressent les femmes. Nous sommes plusieurs à passer à l’acte d’une manière ou d’une autre. Et entre le geste et l’expression, il n’y a qu’une différence de degré, la volonté d’agresser, de mépriser, de mésuser et de jouir est la même.

Aujourd’hui sont mis au pilori des hommes qui ont un pouvoir, une autorité. Des femmes nombreuses pourraient aussi bien dénoncer « Monsieur tout le monde », leur frère, père ou cousin, mais cela n’aurait pas grand effet.

Hommes, en tant que profitant de la domination masculine, nous avons tous une parcelle de pouvoir (même le plus démuni domine des femmes), et tous nous pouvons en jouir. Qui d’entre nous est certain de ne pas pouvoir être dénoncé, d’être « clean » sur tant et tant d’années ? Donc la dénonciation de ces hommes publics possédant un pouvoir vaut pour nous aussi.

La jouissance est déjà contenue dans une agression verbale : notre pouvoir de dominer est satisfait.

Voilà encore un coup de boutoir dans notre forteresse. Un mouvement d’ampleur qui dénonce notre camp retranché, après ces dénonciations du harcèlement de rue (rappelez-vous ces vidéos et ces campagnes qui ont suivi), de la mort quotidienne d’une femme sous les coups d’un homme (rappelez-vous l’affaire Sauvage), de la banalisation par la police (rappelez-vous le dossier Cologne), etc.

Pourtant tout se passe comme si c’était banal. Comme si c’était évident. « Alors c’est rien d’extraordinaire » (ma mère disait cela en 1975, paix à son âme). Et cette banalisation, cette inertie, cette indifférence, voilà qui devrait nous mettre aujourd’hui en colère.

Cette colère est bien expliquée par celles qui sont féministes. Par exemple ici (Christine Delphy, reprenant un post d’Irène KAuffer) ou ici (Crèpe Georgette) ou ici (Irène Kauffer) ou ici (Marie Donzel). Elles nous donnent des bonnes raisons d’être en colère. Car ce sont les arguments masculins en faveur de la tolérance qui les mettent en colère. Et notre silence aussi bien.

Alors notre forteresse du confort mâle tient toujours. Il faudrait un mouvement d’hommes significatif qui relaye cette légitime colère et qui appuie une décision institutionnelle pour que les choses changent. Que nous ne laissions plus passer ni les expressions ni les gestes. Que la honte change de camp, que la peur change de camp. Que les clients de la prostitution aient peur d’être poursuivis.

Un « gros porc » va peut-être être écarté. Un de plus, et sans grande souffrance pour lui. En réalité, rien ne change dans notre forteresse, rien n’appelle à changer les comportements, sauf à être « plus prudent » ou plus discret.

Nous sommes des cochons, et des complices des cochons et solidaires des cochons, de ces cochons que sont les hommes. Nous considérer comme meilleurs que les autres hommes, comme capables de nous maîtriser, c’est à dire de réfréner nos expressions et nos gestes tout en les tolérant sous la surface, c’est participer au déni et aux délits.

Que répondons-nous à ce coup de boutoir ? Individuellement nous ne pouvons faire que si peu, et rien ne change de fondamental en nous. Il y a un travail de fond à faire. Il faut être plusieurs pour le faire. Il faut s’y mettre. Une fois de plus.

***

C’est bien trop court. Se limiter à dire cela, c’est se contenter d’être une « belle âme » avec des sentiments bien fondés. Je tiens à rajouter ceci. Il est très clair que ce sont des femmes qui, dans ce coup de boutoir, font tout le boulot. Et celles qui dénoncent le déni et l’inertie des hommes, ce sont aussi des femmes. Il n’y a pas une voix d’homme ayant du pouvoir social qui se fasse entendre. (Christine Taubira, injuriée de manière raciste, et laissée très seule à se défendre, avait eu cette remarque : « j’aurais aimé qu’une belle et grande voix… »).

Il faut donc se demander comment un groupe significatif d’hommes peut renforcer ce mouvement des femmes, lui donner de la légitimité parmi les hommes. Comment faire entrer dans la forteresse le cheval fougueux ? serait une image adéquate. Un tweet ou un mouvement « #un homme mais pas comme ça »  serait un bon début.

Par ailleurs, quand je dis qu’un travail de fond est nécessaire, je m’explique : la sexualité masculine est pétrie de domination. Il y a sans doute une part de violence dans les relations entre le sperme et l’ovule, qui se cherchent mais veulent garder leur libre arbitre. Le sperme cherche à multiplier les relations, l’ovule cherche à sélectionner le meilleur sperme (clivage conflictuel quantité/qualité).  Sur ce sujet, je renvoie au livre de…

Mais cela est la vie de tout animal (insectes y compris) et a donné une infinie variété de collectivités animales. Notre collectivité humaine en est une et se marque par le choix de la domination des mâles sur les femelles (héritée peut-être de singes hominiens antérieurs). Ce choix est un choix de ‘civilisation’, il a connu des variations dans sa formulation et sa pratique. Il est aujourd’hui bien plus obtus (dans la tête des hommes) et scandaleux (dans le vécu des femmes) que dans d’autres périodes historiques. Ce choix n’est pas imposé par la vie sexuelle sperme/ovule évoquée brièvement. Et ce choix, il faut pouvoir le considérer comme obsolète, inadapté à nos conditions de vie (qui ont évolué depuis la vie des singes dans la savane) et à nos conditions culturelles et nos technologies (dont celles de la contraception).

Je renvoie ici à un autre article de Crêpe Georgette ici, et un article de John Stoltenberg . La question qui est débattue ici est la nature de la sexualité masculine d’aujourd’hui. J’ai toujours postulé qu’elle est la même partout, elle part de nos « idées cochonnes » pour aboutir à la violence sexuelle. Il n’y a que des gradations, il n’y a pas de sens de penser que il y aurait des hommes différents, des bons et des mauvais qui ne seraient pas de même nature. Non, il y a un contrôle ou une maîtrise de soi qui varient selon les tempéraments, les éducations, et les moments…

Or il n’y a quasiment aucun regroupement efficace d’hommes, que ce soit sur ces positions ou sur d’autres. Il n’y a qu’une association faible de quelques hommes aux mouvements des femmes quand elles appellent à manifester (pour la défense de l’avortement libre, pour la condamnation des clients prostituteurs, par exemple).

 

***

Je reproduis ici l’article publié par Zero MAcho sur le mouvement de dénonciation d’aujourd’hui. Je ne vais pas le discuter ici, s’il peut être une base de regroupement :

Insulter une femme ? Frapper une femme ? Violer une femme ?
C’est nous, hommes, et nous seuls, qui décidons d’agir ainsi. Ou non.
Une femme insultée, brutalisée, violée ? Quoi qu’elle ait pu faire, c’est l’agresseur, et lui seul, qui est responsable.
Nous sommes capables de retenir nos mots, de réfréner nos pulsions, de nous maîtriser.

Nous, hommes du réseau Zéromacho engagés pour l’égalité femmes-hommes, sommes solidaires des femmes victimes. Nous les écoutons. Nous les croyons. Nous ne mettons pas en doute leur parole.
Nous ne sommes pas solidaires des hommes violents.
Nous ne rions pas aux blagues grivoises. Nous ne cautionnons pas les pratiques de harcèlement. Nous élevons nos enfants dans le respect de l’autre.
Aujourd’hui, nous taire, c’est être complices.

Ce que nous voulons : un monde sans harcèlement, ni insultes, ni coups, ni viols.

Ce que nous demandons aux pouvoirs publics :

  • augmenter les subventions aux associations accueillant des victimes de violences.
  • organiser la formation de professionnel·les (police, justice, centres d’urgence) à cette écoute spécifique.
  • développer à l’école une éducation contre le sexisme et pour l’égalité

 

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Ne dites plus « le papa met la petite graine » mais dites… avec Françoise Héritier (2/2)

En fait, je ne sais pas si cette expression est encore utilisée (en vérifiant, par exemple ici, je vois qu’elle circule encore parmi les enfants, et que les parents ont tendance à expliquer clairement comment le papa met la petite graine, sans rectifier l’image). Et j’avais publié un article précédemment, ici, où je m’appuyais sur un excellent livre sur la sexualité des insectes. Et je disais que le papa n’apporte pas « LA petite graine » mais que la maman fait un œuf chaque mois, et qu’il est expulsé sauf si le père vient féconder l’œuf (le coq fait de même). Le père apporte un chromosome (autant que la mère, ce qui amènerait à rapprocher « deux demi-graines ») et il apporte une partie de son ADN (c’est cela qui est le plus nouveau !), pour que la maman ne fasse pas des clones identiques à elle-même, ce qui faciliterait la tache aux bactéries et virus. Pour faire moderne, disons que le papa apporte du code supplémentaire au logiciel préparé par la maman…

Ce qui est frappant, c’est que les explications de type « papa apporte la petite graine » datent de la première antiquité humaine. Que ce sont les premiers hommes qui ont construit des explications sur ce qu’ils ont vu et interprété. Que Aristote apporte encore une explication basée sur l’ « à première vue » qui revient à dire que le père forme l’enfant au cours de la grossesse par ses apports fréquents de sperme…

Tout ceci pour vous introduire à la lecture de Françoise Héritier, une importante anthropologue ayant succédé à Claude Levi-Strauss et ayant prolongé fortement ce qu’il avait dit sur les systèmes de parenté et ajouté des découvertes sur l’inceste et les mythes.

Quelques extraits de Françoise Héritier, L’identique et le différent, entretiens avec Caroline Broué, Ed. de l’Aube, 2012

Caroline Broué : C’est tellement ancré profondément en nous que les avancées de la contraception ne suffiront pas à inverser la vapeur : il s’agit d’un changement de mentalité ?

Françoise Héritier : Il faut changer les mentalités. C’est bien cela qui est difficile à faire comprendre.  (…) Et cela demande qu’on en prenne bien conscience : tant qu’on en aura pas pris conscience en haut lieu, avec comme conséquence de modifier totalement le système éducatif, les mentalités ne changeront pas. Et il faut que tous, individuellement, on y travaille. Homme comme femme. (…) Mais cela prendra énormément de temps. (p. 86-88).

« Ce qu’il est important de comprendre, c’est l’enchaînement logique qui mène de la théorisation archaïque des rôles dans la procréation, à la prohibition de l’inceste, à l’obligation d’exogamie (se marier hors de son groupe), au lien d’alliances entre lignages, à la répartition sexuelle des tâches. Et fondamentalement, à la privation de liberté des femmes dans la jouissance de leur propre corps, à la privation de leur accès au savoir et aux fonctions d’autorité. (p. 74). (i.e. la valorisation différentielle des sexes).

C’est (le droit des femmes à la contraception) un élément essentiel parce qu’il porte sur très exactement sur le lieu ou la raison pour laquelle les femmes ont été mises en résidence et affectées à certaines taches, notamment domestiques, — parce qu’on les tenait pour des reproductrices de ce que l’homme implantait, et non pas pour des procréatrices à part égale avec lui ». (p.75).

J’ai dit, je crois, que l’on avait découvert l’existence des ovules et des spermatozoïdes qu’à la fin du XVIIIe siècle et qu’il a fallu encore deux siècles avant que, au début du XXe, on comprenne ce qui se passe au moment de la rencontre entre les gamètes : la scission chromosomique qui fait que chaque enfant hérite de la moitié du patrimoine de son père et de la moitié du patrimoine de sa mère. Et pour l’admettre, il a quand même fallu une longue querelle entre savants, les uns disant que l’enfant était tout entier dans l’ovule, les autres disant qu’il était tout entier dans le spermatozoïde. Ce qui veut dire qu’il est difficile d’échapper à des schémas simplificateurs comme ceux qui ont existé auparavant, et qui constituent à exister, parce qu’ils ont la vie dure, indépendamment des connaissances scientifiques que nous avons acquises. (p.73).

 

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Dannemarie : comment le fantasme masculin de « la femme » s’impose publiquement

(Version 2.0 : Rajout du 2 septembre et rajout du 4 septembre).

Cela pourrait être un « fait divers » : une mairie a l’habitude d’égayer le village pendant la période estivale avec diverses images sur une même thématique. Le thème de cette année était « la femme ». Mais les images choisies ont été jugées sexistes, c’est-à-dire dévalorisantes pour les femmes, par certains. D’où plaintes au pénal, et procès en urgence. Le retrait des images est imposé par le juge en première instance. Le Conseil d’État, en 2e instance, doit se prononcer ce vendredi 1/9 pour dire s’il y a effectivement une « atteinte aux libertés fondamentales », car c’est la procédure prévue selon le type de plainte choisi.

Ce pourrait être un fait divers, et c’est pourtant une question fondamentale. Car les « clichés » choisis ne représentent pas des femmes, telles qu’elles se présentent dans la vie quotidienne : ce sont des silhouettes (ou des ombres) qui représentent des symboles de « la femme », telle qu’elle est rêvée, désirée, voulue, exigée sexuellement par les hommes. Femme assise les jambes écartées autour du dossier de siège (la femme au cabaret), femme en train de détacher le haut d’un bikini, femme (racisée ?) enceinte en robe moulante et mini, autres « tenues légères » et divers accessoires, etc.

Les hommes ont une vision de « la femme selon leur désir » qui est clivée en deux : la mère et la future mère d’une part, modeste, fidèle, toute consacrée à produire les enfants qui feront de l’homme un père puissant ; la « putain » d’autre part, la prestataire de services sexuels capable d’exciter la virilité masculine et de lui donner les soins de confort attendus de lui. (Cfr Françoise Héritier, Masculin-Féminin I et II). Parfois une figure intermédiaire est ajoutée : la concubine, la maîtresse, la femme entretenue (pour celui qui en a les moyens, dit F. H.). La première est honorable, la seconde est illégitime mais « nécessaire » ; et toute femme doit parvenir devant les hommes à un jeu entre ces deux postures, sans tomber d’un seul côté.

C’est donc le choix du thème : « La Femme » plutôt que « les femmes », qui oblige à se mettre à l’écoute de la vision masculine, et à mettre en scène des clichés sexistes. Mais cette pratique est si traditionnelle, faisant d’ailleurs référence à « la femme éternelle » (autre cliché masculin) qu’elle a pu être choisie sans mauvaise intention, sans y voir de malice. C’est d’ailleurs une adjointe au maire qui a porté le projet. Et toute la population du village en vient à défendre la collectivité, plutôt qu’à reconnaitre une erreur dans la démarche et à la « rectifier ». (Un marchand de meubles local, tout en défendant la mairie, fait ce type de rectification en adjoignant dans sa vitrine une silhouette de « mamie avec son chien »).

Mais c’est bien une vision sexiste, en ce qu’elle illustre le fantasme masculin et s’appuie de ce fait sur la dévalorisation des femmes, illustrées en poses qui ne sont pas celles de personnes autonomes et agissant pour elles-mêmes, mais seulement agissant pour l’homme et son désir. Et c’est bien une négation des femmes, en tant que personnes humaines.

(Et la « mamie » est un autre cliché de la femme, celle ménopausée et donc sortie de l’attrait sexuel aux yeux des hommes, cliché corrélatif des clichés sexistes).

Le premier juge a estime que ces images dévalorisantes étaient attentatoires à la liberté des femmes, et à la vision EGALITAIRE qui doit aujourd’hui renverser la vision dévalorisante portée par le masculin. Mais il n’est pas certain que le Conseil d’Etat ne se retranche pas plutôt derrière des principes comme la liberté d’expression et de création pour refuser d’intervenir.

Cela tient au choix de la procédure juridique fait par les plaignant.es, sans doute pour des motifs de rapidité. On aurait pu accuser la Mairie de Trouble à l’ordre public, mais cela aurait posé sans doute d’autres questions juridiques : le Maire est le premier juge du trouble à l’ordre public, il est donc difficile de l’attaquer sur ce plan.

(Rajouté : pour mieux comprendre les aspects juridiques — car je ne suis pas juriste — et pour répondre aussi au commentaire qui m’a été fait et à la décision du Conseil d’État, je recommande l’article suivant sur le site un peu de droit.com).

Mais l’essentiel est là : il y a une vision de « la femme » selon le désir de l’homme, qui s’impose à tous de façon si universelle que même les femmes s’y adaptent, s’y réfèrent (on le leur enseigne tous les jours dans les « magazines féminins »), et cette vision doit être déchue, combattue, comme dévalorisante et contraire à l’égalité, vision que nous voulons adopter désormais.

(Suite du feuilleton ce 1/9, selon le journal Notre Temps :

« Même si les panneaux peuvent être perçus comme véhiculant des stéréotypes dévalorisants pour les femmes, ou, pour quelques-uns d’entre eux, comme témoignant d’un goût douteux voire comme étant inutilement provocateurs, leur installation ne peut être regardée comme portant une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la dignité humaine », a estimé la plus haute juridiction administrative.

Or, il lui aurait fallu constater une telle atteinte pour ordonner le retrait en urgence de l’installation, conformément aux règles de la procédure bien particulière du « référé-liberté » engagée par le collectif féministe.

Le juge de Strasbourg avait porté le principe de l’égalité des femmes et des hommes au rang des « libertés fondamentales », celles qui, comme la liberté d’expression par exemple, méritent que l’on saisisse en urgence la justice administrative.

Pour le Conseil d’État, c’est aller trop loin: « en l’absence d’intention de discriminer de la part de la commune ou de restriction à une liberté fondamentale, la méconnaissance alléguée de l’égalité entre les hommes et les femmes ne constitue pas une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. »

Ces citations parlent d’elles-même : on peut utiliser les fantasmes masculins sans que l’intention de discriminer soit apparente aux yeux des juges, sans qu’il y ait restriction manifeste et grave à l’égalité des hommes et des femmes. La domination masculine s’impose publiquement depuis l’aube de l’humanité, et elle a encore de beaux jours devant elle si on n’entreprend pas de la renverser !).

Pour conclure, j’ai voulu par ce petit mot donner un contenu concret à l’adjectif « sexiste », dont la banalité aujourd’hui masque le sens et l’origine : le mépris envers des êtres humains selon la vision dévalorisante qu’on se fait de leur groupe. Banalité : Le Monde de ce jour parle, plutôt que de « silhouettes sexistes », de « silhouettes sexy ». C’est tout dire.

Rajout du 4/9 : manifestement, les clichés font problème, ainsi que nous l’apprend La Libre Belgique de ce jour :

Un forain de la kermesse de Berchem-Sainte-Agathe a recouvert de papier brun des dessins représentants des femmes en bikini sur une attraction, ont relayé dimanche plusieurs médias.

Le parlementaire flamand Karl Vanlouwe (N-VA) s’est dit choqué d’apprendre de l’intéressé que l’injonction venait du bourgmestre. Le collège dément et indique qu’il ne s’agit en aucun cas d’une injonction donnée directement par le bourgmestre de Berchem-Sainte-Agathe Joël Riguelle (CDH).

La commune explique que c’est l’exploitante qui a proposé elle-même de recouvrir des dessins après que l’inspection a constaté que l’attraction se trouvait à côté d’une autre destinée aux très jeunes enfants.

Une instruction a toutefois été donnée dimanche de retirer les bâches couvrantes pour ne pas envenimer la polémique.

On admirera le prétexte au refoulement des images sexistes : « la présence de jeunes enfants », selon l’inspecteur et donc l’initiative d’une exploitante de la foire. Et la subtilité de la conclusion : « une instruction a été donnée » (par qui par quoi ? qui a pu forcer une exploitation privée ? ) », pour ne pas envenimer la polémique » (en voilà un motif d’urgence, bien plus que l’intérêt des enfants !). La Belgique est le pays du surréalisme et elle doit le rester : la paix des braves est plus importante que la lutte contre le sexisme.

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