Sur l’origine de la domination masculine : avant les premiers hommes ?

En lisant le travail de Françoise Héritier exposé dans Masculin/Féminin, m’est venue cette question : et si la domination masculine prenait son origine avant la première conscience humaine, dans son histoire animale ? Qu’en est-il des rapports entre mâles et femelles chez nos ancêtres simiesques ?

Rappelons que Françoise Héritier, avec la plupart des anthropologues, estime que toutes les sociétés humaines connues (par ce qu’il reste de société tribales isolées ou étudiées avant qu’elles soient déculturées par le contact avec notre civilisation) sont marquées par la domination masculine. Bien sûr, il y a des variantes de ce système. Il y a en fait quelques systèmes de parenté typiques, qui se retrouvent dispersés sur les continents, ce qui démontrerait que les hommes ont été confrontés aux mêmes questions, mais qu’ils ont eu quelques solutions-types différentes, structurales, toutes satisfaisantes à leurs yeux. Mais il n’y a pas de sociétés matriarcales. Il y a quelques sociétés matrilocales, mais ce sont encore les hommes (les frères plutôt que les maris) qui dirigent ces clans.

Ce qui amène Françoise Héritier à conclure que la domination masculine est un choix porté à l’aube de l’humanité, sur base de conclusions primitives tirées par les hommes de ce qu’ils déduisaient du fait que les femmes (et rien qu’elles) procréent des filles mais aussi des garçons, suite à une copulation. Mais cette conclusion de Françoise Héritier paraît un peu obscure, hasardeuse et circulaire : pourquoi seuls les hommes auraient-ils posé la question et donné des réponses, s’ils n’étaient dominants auparavant ? D’où ma question posée au début : et si la domination nous provenait déjà de nos ancêtres simiesques et était préexistante à notre conscience ?

La lecture du livre Premiers hommes, de Pascal Picq (Flammarion 2016), une référence qui m’a été signalée par ma compagne, est venue bien à point pour éclaircir ce questionnement. Ce livre est très instructif sur les derniers développements de la paléo-anthropologie. Il est donc passionnant. Lire la suite

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Penser le « travail sur soi » des hommes

Peut-on penser que les hommes ont un « travail sur soi » à faire ? En suite de la campagne #Moi aussi (j’ai été forcée par un/des hommes) et #Balance ton porc (rends publiques les cochonneries qu’il t’a fait), cela parait évident. Le phénomène est massif, on ne peut plus le nier, il y a quelque chose qui cloche dans la masculinité.

Plusieurs fois on a pu lire qu’on avait franchi un point de non-retour, qu’il fallait extirper le mal à la racine. Et il faut que ce soit vrai, que cela marque un échelon dans la bataille féministe. Il faut arriver à faire bouger les hommes. (Je discute plus loin des chances d’y arriver). On a d’ailleurs vu un ou deux hommes publics faire une démarche d’aveu et excuse générale, disant qu’ils ont certainement eu des attitudes de non respect, sinon même des gestes déplacés, etc. Je ne pense pas qu’ils étaient visés par une accusation précise, sinon d’une forme de complicité de silence dans leur milieu de stars. Bref, ils voulaient faire bouger les hommes autour d’eux, en payant de leur personne. Et ils voulaient s’engager à ne plus tomber dans l’un ou l’autre de ces « travers ».

Et ensuite ? Presque rien d’autre que ces déclarations. Comme le dit le site Feminist Current, ils doivent aller au-delà de confessions médiatiques. Mais comment prendre le mal à la racine ? C’est à croire que ce travail de changement des hommes est indescriptible, sinon impensable. Et qu’on en perd vite le chemin. Où est le point de départ qu’on puisse suggérer aux hommes ?

Deux attitudes de fuite devant cette difficulté sont souvent adoptées.

  • L’une est de dire que l’engagement pour l’égalité est positive, notamment sur le plan professionnel : en luttant pour l’égalité salariale, en revendiquant la parité dans les cercles de décision et dans l’avancement équivalent des « carrières » féminines et masculines. Mais je pense qu’un tel engagement de l’homme ne… l’engage à rien, sinon à se revêtir de bons sentiments. Cet avancement proposé aux femmes ne constitue pas un changement pour les hommes. Et ils veilleront à leur intérêt de carrière et leur accès à un poste de direction quitte à écarter une collègue autant qu’un collègue. L’altruisme n’a qu’un temps, il a des limites bien évidentes.
  • L’autre attitude de fuite est de proclamer qu’il faut enseigner surtout l’égalité et le respect à nos petits enfants, et notamment par une éducation égalitaire des petits garçons (et de rien adjoindre d’autre que cela). Je ne nie pas que le sexisme présent dans l’éducation doive être évité et déprogrammé (dans la tête des mères, des pères, des grands-parents, des encadrants… ce qui fait beaucoup !) et que le respect entre garçons et filles doive être transmis et exigé. Mais je pense d’abord que ce n’est qu’une première étape dans la formation des hommes (et des femmes) et que le silence sur les autres étapes est l’aveu d’une impuissance à les imaginer, les formaliser et à les répandre. Et je pense ensuite que le moteur de cette attitude est l’impuissance à transformer les hommes adultes eux-mêmes, sj non aussi les mères. J’ai connu cette attitude en matière d’environnement, et c’était désespérant. Depuis les hommes ont appris à trier leurs déchets, à ne pas fumer, à marque l’arrêt devant les passages pour piétons, à avoir un « cabas », etc. Toutes choses qui paraissaient impossibles il y a trente ans.

Bref, il faut changer les hommes adultes. Il faut que les hommes adultes changent. Quel en est le point de départ ?

Plusieurs suggestions ont été faites récemment. Je veux en discuter ici. Je vais m’appuyer sur les textes de Zero Macho (voir mon post précédent) et du site Feminist Current (voir le lien « Onze choses que les hommes peuvent faire » au début de l’article précédent), et enfin un texte « Manifeste à destination des hommes alliés » de Ndella Paye, texte qu’on trouvera ici sur le site de Les mots sont importants (Merci à Didier Epsztajn pour cette référence). Il faut souligner que ces textes sont très rares et qu’ils ont donc le mérite de la nouveauté. J’en recueille la liste ci-dessous (avec la mention des sources, respectivement ZM, FC et NP).

Je liste d’abord des attitudes qui ne vous changent pas vraiment de l’intérieur, qui en restent au respect humain et à l’engagement pour l’égalité, qui se feraient sans « mise en cause de soi » :

  1. inviter votre collègue femme tous les midis pour corriger l’écart de salaire entre vous (NP).
  2. briser le plafond de verre : Il s’agit de ne pas pénaliser les femmes dans leur accession au pouvoir, à cause de leur maternité par exemple (si vous êtes en position hiérarchique) (NP).
  3. cesser tout « humour » sexiste (NP). Ne pas rire aux blagues grivoises (ZM).
  4. dénoncer, en sanctionnant systématiquement les blagues sexistes, tous types de harcèlement, tous gestes et/ou paroles déplacés (NP). Ne pas cautionner les pratiques de harcèlement (ZM).
  5. changer de trottoir la nuit quand vous vous retrouverez à marcher derrière une femme (NP).
  6. élever nos enfants dans le respect de l’autre (ZM).

Je liste ensuite des attitudes qui supposent que vous avez fait un travail sur vous et que vous adoptez systématiquement un changement de comportement (ce ne sont pas des choses qu’on fait sur une injonction ou une bonne intention, sans mise en cause) :

  1. laisser votre place à une collègue si le panel auquel vous êtes invités n’est pas paritaire (NP).
  2. refuser de parler, à la place des femmes, de sujets ne vous concernant pas (vous n’avez que trop pris la parole et n’occupez que trop l’espace public)(NP). Apprenez à écouter. Évitez de dominer dans les conversations (FC).
  3. veiller, réellement, à ce que les tâches soient équitablement partagées à la maison ; et à ce que la charge mentale ne repose plus exclusivement sur votre partenaire (en cas de couple hétérosexuel) ; et n’attendez ni n’exigez pas de remerciements, ni une reconnaissance (NP).
  4. dénoncer toute attaque à l’encontre d’une femme, notamment dans les transports en commun (NP)
  5. Refusez de consommer de la pornographie ou de payer pour du sexe (FC). .
  6. Reconnaissez-le, si vous avez maltraité une femme, et présentez vos excuses à la femme ou aux femmes que vous avez blessées (FC).
  7. Subventionnez discrètement des événements, médias et organisations féministes (FC).
  8. Faites tout acte que des féministes vous demandent de faire pour que leur événement puisse être un succès (FC).

Et je regroupe enfin les recommandations qui incitent à réfléchir et changer son comportement :

  1. questionner vos comportements, vos paroles et vos gestes, votre attitude générale vis-à-vis des femmes, et les changer si nécessaire(NP).
  2. Retenir nos mots, réfréner nos pulsions, nous maîtriser (ZM).
  3. être solidaires des femmes victimes, les écouter, les croire, ne pas mettre en doute leur parole (ZM).
  4. Prenez conscience du nombre de femmes qui sont dans votre vie et qui ont révélé publiquement cette semaine avoir été agressées ou harcelées sexuellement, et laissez cette conscience vous mettre mal à l’aise. Évitez la réaction défensive du  « Pas tous les hommes » (FC).
  5. Arrêter de traiter les femmes et les filles comme avant tout « jolies », de complimenter d’abord et avant tout les filles et les femmes sur leur apparence (FC).
  6. Commencer à prêter attention à la façon dont vous regardez/considérez les femmes ; arrêter de la mater de haut en bas pour évaluer si elle est « baisable » (FC).
  7. Arrêter de traiter toutes les femmes (uniquement) comme d’éventuelles partenaires sexuelles (FC).
  8. soyez conscient d’à quel point vous interrompez/parlez beaucoup/vous imposez dans les conversations (FC).
  9. Ne neutralisez pas les problèmes qui ne sont pas neutres à l’égard du genre :. dire que la violence masculine à l’encontre des femmes est un « problème humain », que « la culture du viol n’a pas de sexe », que vous êtes contre « toute forme de violence » (FC).
  10. Comprenez que, en tant qu’homme, vous ne serez jamais pleinement capable de comprendre ce que les femmes vivent au jour le jour, sous le patriarcat (FC).

Je voudrais faire à ce sujet quelques remarques :

Les injonctions sont nombreuses : 25 au total. J’y ai proposé une mise en ordre, sans quoi elles apparaissent désordonnées ! Et de ce fait elles paraissent peu efficaces, peu enclines à agir, même si chacune parait aller dans le bon sens. Bien sûr, ces injonctions s’accompagnent souvent (cher NP et FC) d’un argumentaire plus ou moins développé, que je n’ai pas repris ; elles sont donc l’occasion de faire réfléchir un peu. Mais cela me parait faire fi de toute méthode que de faire de l’éducation résumée ainsi…

On pourrait estimer que ces recommandations pourraient être ordonnées autrement, je m’en doute. Je pense que j’ai voulu mettre en lumière trois critères :

  • les changements qui ne mettent pas en cause
  • les changements qui ne peuvent s’acquérir que par une volonté durable, appuyée sur une réflexion qui vous met en cause au préalable
  • les prises de conscience et les changements de comportement qui vous mettent en cause dans vos attitudes intimes spontanées.

Je pense que ce dernier groupe est important : il s’agit par là de percevoir la domination masculine, de s’en convaincre en percevant ses propres comportements . Il ne faut pas considérer cela comme une simple prise de conscience passive. C’est en considérant ses comportements qu’on découvre pratiquement leur effet de non-respect et de violence (masquée), c’est en les travaillant qu’on s’aperçoit de leur caractère ancré et répétitif. C’est le point de départ. Et en cours de ce travail de prise de conscience, on se forge une volonté de modifier ces comportements, de les combattre et on développe les arguments pour le faire (afin de se forger une conviction). Et c’est à ce stade de renforcement du travail que les lectures et les argumentaires classiques sont utiles. Quand ils viennent trop tôt, on les discute sur le plan intellectuel (avant mise en cause de soi) et on y oppose ses résistances spontanées.

 

Quels sont alors les chances d’arriver à changer les hommes à la racine ? Elles sont actuellement très faibles. Dans l’état actuel de l’opinion sur les réseaux sociaux, dans le discours de tous les médias (combien sont allés au-delà de la surface, au lieu de rester dans l’émoi, puis dans les potins mondains ?), la remise en cause des hommes est souhaitée (c’est les autres) mais laissée hors d’atteinte (c’est leur problème). On évite soigneusement de globaliser la thématique, au niveau du contenu de la masculinité.

Elles sont faibles aussi d’un point de vue méthodologique. On est loin de savoir vraiment « ce qui se passe dans la tête des hommes » et ce qu’il faut faire pour qu’ils changent, y compris au plan de la sexualité, des tâches ménagères, et de la détention du pouvoir en général.

On a aussi dénigré le mouvement comme « dénonciation » d’un individu. Il est peut-être utile de dire que la « délation » est un concept du droit, pris comme devoir de tout citoyen participant à la protection et l’application de la loi. Bien sûr, quand le pouvoir étatique s’exerce dans l’arbitraire (et cela n’arrive pas que durant une occupation étrangère ! bien des régimes tolèrent et accentuent les inégalités), le devoir de tout citoyen est plutôt de protéger son voisin et de développer la solidarité. Et ensuite de dire que la démarche n’a pas été celle d’une plainte (à la police) mais celle d’une « mise au pilori », d’une dénonciation « sur la place publique », l’opinion étant libre d’en faire ce qu’elle souhaite. A l’heure où j’écris, malgré les dénonciations multiples et les confirmations, M. Weinstein n’est pas encore inculpé… Et cette « mise au pilori » n’est possible que parce que le mouvement est large comme un raz de marée, qu’il trouve sa crédibilité dans sa force autant que dans la liberté d’expression. Et qu’il pose ainsi une question à la société de manière forte.

Encore faut-il prendre le chemin pour résoudre cette question dans sa globalité, sans se limiter à quelques cas, traités dès lors comme des « scandales » isolés, qui ne nous remettent pas en cause. Et c’est là-dessus que doit porter l’effort.

Terminons en disant qu’on ne s’adresse ici qu’aux hommes « alliés » du féminisme, ou ici alliés du mouvement « #Moi aussi », soit une infime minorité. Dans son document, Zero Macho propose aussi quelques recommandations aux institutions. Mais qui les entendra ? Qui seulement les fera entendre ? Qui dira qu’elles sont attendues ?

 

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Ces coups de boutoir et notre forteresse

(texte revu — et je recommande de consulter aussi l’article « 11 façons dont les hommes dont les hommes peuvent répondre de manière productive au mouvement #Moi Aussi » qu’on pourra lire ici  ainsi qu’un autre qui l’a inspiré « Oui, vous aussi. Qu’en est-il des hommes ? » qu’on trouvera sur Tradfem ici, tous les deux traduits par Yeun L-Y).

Les hommes sont des porcs.

(C’est pas gentil pour les porcs ! Disons en fait : les hommes sont des hommes.)

Toute femme vous le dira. Ma mère me le disait : « presque toutes les femmes sont agressées sous une forme ou une autre, alors… ». Elle savait donc : les hommes se conduisent comme des porcs. Mais ma mère voulait sous-entendre « alors c’est rien d’extraordinaire ».

Pourtant, nous le savons tous. Nous sommes des… hommes à un degré ou à un autre. Nous le sommes entre hommes, en évoquant les femmes avec des mots de cochon. Nous sommes nombreux à avoir des gestes et des expressions qui agressent les femmes. Nous sommes plusieurs à passer à l’acte d’une manière ou d’une autre. Et entre le geste et l’expression, il n’y a qu’une différence de degré, la volonté d’agresser, de mépriser, de mésuser et de jouir est la même.

Aujourd’hui sont mis au pilori des hommes qui ont un pouvoir, une autorité. Des femmes nombreuses pourraient aussi bien dénoncer « Monsieur tout le monde », leur frère, père ou cousin, mais cela n’aurait pas grand effet.

Hommes, en tant que profitant de la domination masculine, nous avons tous une parcelle de pouvoir (même le plus démuni domine des femmes), et tous nous pouvons en jouir. Qui d’entre nous est certain de ne pas pouvoir être dénoncé, d’être « clean » sur tant et tant d’années ? Donc la dénonciation de ces hommes publics possédant un pouvoir vaut pour nous aussi.

La jouissance est déjà contenue dans une agression verbale : notre pouvoir de dominer est satisfait.

Voilà encore un coup de boutoir dans notre forteresse. Un mouvement d’ampleur qui dénonce notre camp retranché, après ces dénonciations du harcèlement de rue (rappelez-vous ces vidéos et ces campagnes qui ont suivi), de la mort quotidienne d’une femme sous les coups d’un homme (rappelez-vous l’affaire Sauvage), de la banalisation par la police (rappelez-vous le dossier Cologne), etc.

Pourtant tout se passe comme si c’était banal. Comme si c’était évident. « Alors c’est rien d’extraordinaire » (ma mère disait cela en 1975, paix à son âme). Et cette banalisation, cette inertie, cette indifférence, voilà qui devrait nous mettre aujourd’hui en colère.

Cette colère est bien expliquée par celles qui sont féministes. Par exemple ici (Christine Delphy, reprenant un post d’Irène KAuffer) ou ici (Crèpe Georgette) ou ici (Irène Kauffer) ou ici (Marie Donzel). Elles nous donnent des bonnes raisons d’être en colère. Car ce sont les arguments masculins en faveur de la tolérance qui les mettent en colère. Et notre silence aussi bien.

Alors notre forteresse du confort mâle tient toujours. Il faudrait un mouvement d’hommes significatif qui relaye cette légitime colère et qui appuie une décision institutionnelle pour que les choses changent. Que nous ne laissions plus passer ni les expressions ni les gestes. Que la honte change de camp, que la peur change de camp. Que les clients de la prostitution aient peur d’être poursuivis.

Un « gros porc » va peut-être être écarté. Un de plus, et sans grande souffrance pour lui. En réalité, rien ne change dans notre forteresse, rien n’appelle à changer les comportements, sauf à être « plus prudent » ou plus discret.

Nous sommes des cochons, et des complices des cochons et solidaires des cochons, de ces cochons que sont les hommes. Nous considérer comme meilleurs que les autres hommes, comme capables de nous maîtriser, c’est à dire de réfréner nos expressions et nos gestes tout en les tolérant sous la surface, c’est participer au déni et aux délits.

Que répondons-nous à ce coup de boutoir ? Individuellement nous ne pouvons faire que si peu, et rien ne change de fondamental en nous. Il y a un travail de fond à faire. Il faut être plusieurs pour le faire. Il faut s’y mettre. Une fois de plus.

***

C’est bien trop court. Se limiter à dire cela, c’est se contenter d’être une « belle âme » avec des sentiments bien fondés. Je tiens à rajouter ceci. Il est très clair que ce sont des femmes qui, dans ce coup de boutoir, font tout le boulot. Et celles qui dénoncent le déni et l’inertie des hommes, ce sont aussi des femmes. Il n’y a pas une voix d’homme ayant du pouvoir social qui se fasse entendre. (Christine Taubira, injuriée de manière raciste, et laissée très seule à se défendre, avait eu cette remarque : « j’aurais aimé qu’une belle et grande voix… »).

Il faut donc se demander comment un groupe significatif d’hommes peut renforcer ce mouvement des femmes, lui donner de la légitimité parmi les hommes. Comment faire entrer dans la forteresse le cheval fougueux ? serait une image adéquate. Un tweet ou un mouvement « #un homme mais pas comme ça »  serait un bon début.

Par ailleurs, quand je dis qu’un travail de fond est nécessaire, je m’explique : la sexualité masculine est pétrie de domination. Il y a sans doute une part de violence dans les relations entre le sperme et l’ovule, qui se cherchent mais veulent garder leur libre arbitre. Le sperme cherche à multiplier les relations, l’ovule cherche à sélectionner le meilleur sperme (clivage conflictuel quantité/qualité).  Sur ce sujet, je renvoie au livre de…

Mais cela est la vie de tout animal (insectes y compris) et a donné une infinie variété de collectivités animales. Notre collectivité humaine en est une et se marque par le choix de la domination des mâles sur les femelles (héritée peut-être de singes hominiens antérieurs). Ce choix est un choix de ‘civilisation’, il a connu des variations dans sa formulation et sa pratique. Il est aujourd’hui bien plus obtus (dans la tête des hommes) et scandaleux (dans le vécu des femmes) que dans d’autres périodes historiques. Ce choix n’est pas imposé par la vie sexuelle sperme/ovule évoquée brièvement. Et ce choix, il faut pouvoir le considérer comme obsolète, inadapté à nos conditions de vie (qui ont évolué depuis la vie des singes dans la savane) et à nos conditions culturelles et nos technologies (dont celles de la contraception).

Je renvoie ici à un autre article de Crêpe Georgette ici, et un article de John Stoltenberg . La question qui est débattue ici est la nature de la sexualité masculine d’aujourd’hui. J’ai toujours postulé qu’elle est la même partout, elle part de nos « idées cochonnes » pour aboutir à la violence sexuelle. Il n’y a que des gradations, il n’y a pas de sens de penser que il y aurait des hommes différents, des bons et des mauvais qui ne seraient pas de même nature. Non, il y a un contrôle ou une maîtrise de soi qui varient selon les tempéraments, les éducations, et les moments…

Or il n’y a quasiment aucun regroupement efficace d’hommes, que ce soit sur ces positions ou sur d’autres. Il n’y a qu’une association faible de quelques hommes aux mouvements des femmes quand elles appellent à manifester (pour la défense de l’avortement libre, pour la condamnation des clients prostituteurs, par exemple).

 

***

Je reproduis ici l’article publié par Zero MAcho sur le mouvement de dénonciation d’aujourd’hui. Je ne vais pas le discuter ici, s’il peut être une base de regroupement :

Insulter une femme ? Frapper une femme ? Violer une femme ?
C’est nous, hommes, et nous seuls, qui décidons d’agir ainsi. Ou non.
Une femme insultée, brutalisée, violée ? Quoi qu’elle ait pu faire, c’est l’agresseur, et lui seul, qui est responsable.
Nous sommes capables de retenir nos mots, de réfréner nos pulsions, de nous maîtriser.

Nous, hommes du réseau Zéromacho engagés pour l’égalité femmes-hommes, sommes solidaires des femmes victimes. Nous les écoutons. Nous les croyons. Nous ne mettons pas en doute leur parole.
Nous ne sommes pas solidaires des hommes violents.
Nous ne rions pas aux blagues grivoises. Nous ne cautionnons pas les pratiques de harcèlement. Nous élevons nos enfants dans le respect de l’autre.
Aujourd’hui, nous taire, c’est être complices.

Ce que nous voulons : un monde sans harcèlement, ni insultes, ni coups, ni viols.

Ce que nous demandons aux pouvoirs publics :

  • augmenter les subventions aux associations accueillant des victimes de violences.
  • organiser la formation de professionnel·les (police, justice, centres d’urgence) à cette écoute spécifique.
  • développer à l’école une éducation contre le sexisme et pour l’égalité

 

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Ne dites plus « le papa met la petite graine » mais dites… avec Françoise Héritier (2/2)

En fait, je ne sais pas si cette expression est encore utilisée (en vérifiant, par exemple ici, je vois qu’elle circule encore parmi les enfants, et que les parents ont tendance à expliquer clairement comment le papa met la petite graine, sans rectifier l’image). Et j’avais publié un article précédemment, ici, où je m’appuyais sur un excellent livre sur la sexualité des insectes. Et je disais que le papa n’apporte pas « LA petite graine » mais que la maman fait un œuf chaque mois, et qu’il est expulsé sauf si le père vient féconder l’œuf (le coq fait de même). Le père apporte un chromosome (autant que la mère, ce qui amènerait à rapprocher « deux demi-graines ») et il apporte une partie de son ADN (c’est cela qui est le plus nouveau !), pour que la maman ne fasse pas des clones identiques à elle-même, ce qui faciliterait la tache aux bactéries et virus. Pour faire moderne, disons que le papa apporte du code supplémentaire au logiciel préparé par la maman…

Ce qui est frappant, c’est que les explications de type « papa apporte la petite graine » datent de la première antiquité humaine. Que ce sont les premiers hommes qui ont construit des explications sur ce qu’ils ont vu et interprété. Que Aristote apporte encore une explication basée sur l’ « à première vue » qui revient à dire que le père forme l’enfant au cours de la grossesse par ses apports fréquents de sperme…

Tout ceci pour vous introduire à la lecture de Françoise Héritier, une importante anthropologue ayant succédé à Claude Levi-Strauss et ayant prolongé fortement ce qu’il avait dit sur les systèmes de parenté et ajouté des découvertes sur l’inceste et les mythes.

Quelques extraits de Françoise Héritier, L’identique et le différent, entretiens avec Caroline Broué, Ed. de l’Aube, 2012

Caroline Broué : C’est tellement ancré profondément en nous que les avancées de la contraception ne suffiront pas à inverser la vapeur : il s’agit d’un changement de mentalité ?

Françoise Héritier : Il faut changer les mentalités. C’est bien cela qui est difficile à faire comprendre.  (…) Et cela demande qu’on en prenne bien conscience : tant qu’on en aura pas pris conscience en haut lieu, avec comme conséquence de modifier totalement le système éducatif, les mentalités ne changeront pas. Et il faut que tous, individuellement, on y travaille. Homme comme femme. (…) Mais cela prendra énormément de temps. (p. 86-88).

« Ce qu’il est important de comprendre, c’est l’enchaînement logique qui mène de la théorisation archaïque des rôles dans la procréation, à la prohibition de l’inceste, à l’obligation d’exogamie (se marier hors de son groupe), au lien d’alliances entre lignages, à la répartition sexuelle des tâches. Et fondamentalement, à la privation de liberté des femmes dans la jouissance de leur propre corps, à la privation de leur accès au savoir et aux fonctions d’autorité. (p. 74). (i.e. la valorisation différentielle des sexes).

C’est (le droit des femmes à la contraception) un élément essentiel parce qu’il porte sur très exactement sur le lieu ou la raison pour laquelle les femmes ont été mises en résidence et affectées à certaines taches, notamment domestiques, — parce qu’on les tenait pour des reproductrices de ce que l’homme implantait, et non pas pour des procréatrices à part égale avec lui ». (p.75).

J’ai dit, je crois, que l’on avait découvert l’existence des ovules et des spermatozoïdes qu’à la fin du XVIIIe siècle et qu’il a fallu encore deux siècles avant que, au début du XXe, on comprenne ce qui se passe au moment de la rencontre entre les gamètes : la scission chromosomique qui fait que chaque enfant hérite de la moitié du patrimoine de son père et de la moitié du patrimoine de sa mère. Et pour l’admettre, il a quand même fallu une longue querelle entre savants, les uns disant que l’enfant était tout entier dans l’ovule, les autres disant qu’il était tout entier dans le spermatozoïde. Ce qui veut dire qu’il est difficile d’échapper à des schémas simplificateurs comme ceux qui ont existé auparavant, et qui constituent à exister, parce qu’ils ont la vie dure, indépendamment des connaissances scientifiques que nous avons acquises. (p.73).

 

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Dannemarie : comment le fantasme masculin de « la femme » s’impose publiquement

(Version 2.0 : Rajout du 2 septembre et rajout du 4 septembre).

Cela pourrait être un « fait divers » : une mairie a l’habitude d’égayer le village pendant la période estivale avec diverses images sur une même thématique. Le thème de cette année était « la femme ». Mais les images choisies ont été jugées sexistes, c’est-à-dire dévalorisantes pour les femmes, par certains. D’où plaintes au pénal, et procès en urgence. Le retrait des images est imposé par le juge en première instance. Le Conseil d’État, en 2e instance, doit se prononcer ce vendredi 1/9 pour dire s’il y a effectivement une « atteinte aux libertés fondamentales », car c’est la procédure prévue selon le type de plainte choisi.

Ce pourrait être un fait divers, et c’est pourtant une question fondamentale. Car les « clichés » choisis ne représentent pas des femmes, telles qu’elles se présentent dans la vie quotidienne : ce sont des silhouettes (ou des ombres) qui représentent des symboles de « la femme », telle qu’elle est rêvée, désirée, voulue, exigée sexuellement par les hommes. Femme assise les jambes écartées autour du dossier de siège (la femme au cabaret), femme en train de détacher le haut d’un bikini, femme (racisée ?) enceinte en robe moulante et mini, autres « tenues légères » et divers accessoires, etc.

Les hommes ont une vision de « la femme selon leur désir » qui est clivée en deux : la mère et la future mère d’une part, modeste, fidèle, toute consacrée à produire les enfants qui feront de l’homme un père puissant ; la « putain » d’autre part, la prestataire de services sexuels capable d’exciter la virilité masculine et de lui donner les soins de confort attendus de lui. (Cfr Françoise Héritier, Masculin-Féminin I et II). Parfois une figure intermédiaire est ajoutée : la concubine, la maîtresse, la femme entretenue (pour celui qui en a les moyens, dit F. H.). La première est honorable, la seconde est illégitime mais « nécessaire » ; et toute femme doit parvenir devant les hommes à un jeu entre ces deux postures, sans tomber d’un seul côté.

C’est donc le choix du thème : « La Femme » plutôt que « les femmes », qui oblige à se mettre à l’écoute de la vision masculine, et à mettre en scène des clichés sexistes. Mais cette pratique est si traditionnelle, faisant d’ailleurs référence à « la femme éternelle » (autre cliché masculin) qu’elle a pu être choisie sans mauvaise intention, sans y voir de malice. C’est d’ailleurs une adjointe au maire qui a porté le projet. Et toute la population du village en vient à défendre la collectivité, plutôt qu’à reconnaitre une erreur dans la démarche et à la « rectifier ». (Un marchand de meubles local, tout en défendant la mairie, fait ce type de rectification en adjoignant dans sa vitrine une silhouette de « mamie avec son chien »).

Mais c’est bien une vision sexiste, en ce qu’elle illustre le fantasme masculin et s’appuie de ce fait sur la dévalorisation des femmes, illustrées en poses qui ne sont pas celles de personnes autonomes et agissant pour elles-mêmes, mais seulement agissant pour l’homme et son désir. Et c’est bien une négation des femmes, en tant que personnes humaines.

(Et la « mamie » est un autre cliché de la femme, celle ménopausée et donc sortie de l’attrait sexuel aux yeux des hommes, cliché corrélatif des clichés sexistes).

Le premier juge a estime que ces images dévalorisantes étaient attentatoires à la liberté des femmes, et à la vision EGALITAIRE qui doit aujourd’hui renverser la vision dévalorisante portée par le masculin. Mais il n’est pas certain que le Conseil d’Etat ne se retranche pas plutôt derrière des principes comme la liberté d’expression et de création pour refuser d’intervenir.

Cela tient au choix de la procédure juridique fait par les plaignant.es, sans doute pour des motifs de rapidité. On aurait pu accuser la Mairie de Trouble à l’ordre public, mais cela aurait posé sans doute d’autres questions juridiques : le Maire est le premier juge du trouble à l’ordre public, il est donc difficile de l’attaquer sur ce plan.

(Rajouté : pour mieux comprendre les aspects juridiques — car je ne suis pas juriste — et pour répondre aussi au commentaire qui m’a été fait et à la décision du Conseil d’État, je recommande l’article suivant sur le site un peu de droit.com).

Mais l’essentiel est là : il y a une vision de « la femme » selon le désir de l’homme, qui s’impose à tous de façon si universelle que même les femmes s’y adaptent, s’y réfèrent (on le leur enseigne tous les jours dans les « magazines féminins »), et cette vision doit être déchue, combattue, comme dévalorisante et contraire à l’égalité, vision que nous voulons adopter désormais.

(Suite du feuilleton ce 1/9, selon le journal Notre Temps :

« Même si les panneaux peuvent être perçus comme véhiculant des stéréotypes dévalorisants pour les femmes, ou, pour quelques-uns d’entre eux, comme témoignant d’un goût douteux voire comme étant inutilement provocateurs, leur installation ne peut être regardée comme portant une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la dignité humaine », a estimé la plus haute juridiction administrative.

Or, il lui aurait fallu constater une telle atteinte pour ordonner le retrait en urgence de l’installation, conformément aux règles de la procédure bien particulière du « référé-liberté » engagée par le collectif féministe.

Le juge de Strasbourg avait porté le principe de l’égalité des femmes et des hommes au rang des « libertés fondamentales », celles qui, comme la liberté d’expression par exemple, méritent que l’on saisisse en urgence la justice administrative.

Pour le Conseil d’État, c’est aller trop loin: « en l’absence d’intention de discriminer de la part de la commune ou de restriction à une liberté fondamentale, la méconnaissance alléguée de l’égalité entre les hommes et les femmes ne constitue pas une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. »

Ces citations parlent d’elles-même : on peut utiliser les fantasmes masculins sans que l’intention de discriminer soit apparente aux yeux des juges, sans qu’il y ait restriction manifeste et grave à l’égalité des hommes et des femmes. La domination masculine s’impose publiquement depuis l’aube de l’humanité, et elle a encore de beaux jours devant elle si on n’entreprend pas de la renverser !).

Pour conclure, j’ai voulu par ce petit mot donner un contenu concret à l’adjectif « sexiste », dont la banalité aujourd’hui masque le sens et l’origine : le mépris envers des êtres humains selon la vision dévalorisante qu’on se fait de leur groupe. Banalité : Le Monde de ce jour parle, plutôt que de « silhouettes sexistes », de « silhouettes sexy ». C’est tout dire.

Rajout du 4/9 : manifestement, les clichés font problème, ainsi que nous l’apprend La Libre Belgique de ce jour :

Un forain de la kermesse de Berchem-Sainte-Agathe a recouvert de papier brun des dessins représentants des femmes en bikini sur une attraction, ont relayé dimanche plusieurs médias.

Le parlementaire flamand Karl Vanlouwe (N-VA) s’est dit choqué d’apprendre de l’intéressé que l’injonction venait du bourgmestre. Le collège dément et indique qu’il ne s’agit en aucun cas d’une injonction donnée directement par le bourgmestre de Berchem-Sainte-Agathe Joël Riguelle (CDH).

La commune explique que c’est l’exploitante qui a proposé elle-même de recouvrir des dessins après que l’inspection a constaté que l’attraction se trouvait à côté d’une autre destinée aux très jeunes enfants.

Une instruction a toutefois été donnée dimanche de retirer les bâches couvrantes pour ne pas envenimer la polémique.

On admirera le prétexte au refoulement des images sexistes : « la présence de jeunes enfants », selon l’inspecteur et donc l’initiative d’une exploitante de la foire. Et la subtilité de la conclusion : « une instruction a été donnée » (par qui par quoi ? qui a pu forcer une exploitation privée ? ) », pour ne pas envenimer la polémique » (en voilà un motif d’urgence, bien plus que l’intérêt des enfants !). La Belgique est le pays du surréalisme et elle doit le rester : la paix des braves est plus importante que la lutte contre le sexisme.

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Tous les hommes sont complices de « certains hommes »

« C’est du grand art, de dénaturer les faits. Un art masculin, à n’en pas douter ». J’avais ainsi conclu un article précédent sur la capacité des journaux (souvent par les titres) à édulcorer les faits, même face à la tuerie (trois morts),  quand la violence est perpétrée par un homme.

Un texte tout récent de Crêpe Georgette revient sur cette question du déni de la violence masculine, texte excellent qu’on pourra lire ici. Elle montre que ce sont les hommes qui interdisent qu’on énonce clairement la violence des hommes, qui réclament des périphrases et des distinguo qui empêchent de dénoncer le genre homme derrière les violences des hommes. Ils veulent rester sur leur petit nuage de maîtrise de soi, glorieux et garni de belles valeurs, et ils l’exigent :

Je regarde le chiffre effarant, affolant des violences sexuelles, dont les hommes ne cessent de me dire que cela devrait être mon unique et seul combat et je le vois s’éloigner car je suis trop occupée à chercher mes mots pour ne pas blesser les hommes.
Je sais qu’ils sont blessés lorsque je parle des violences sexuelles. Blessés que je puisse les en croire auteurs. Blessés que je puisse les comparer avec ceux qui violent et que je ne définis pas plus précisément ce qui entretient un doute insupportable entre les hommes qui ne violent pas et les hommes qui violent. Blessés que tout mon discours ne soit pas mieux choisi, mieux construit, mieux écrit afin de ne pas les stigmatiser.
Il se joue alors un jeu étrange entre eux et moi, dont on feint de ne pas connaître les règles mais dont on connaît l’issue.
Ces hommes vont me presser de questions, de demandes de références, de leur expliquer la totalité du féminisme, des violences sexuelles aux tâches ménagères en passant par l’inégalité salariale. J’aurais droit à la mauvaise foi, aux arguments homme de paille. Tout mon défi sera de chercher les bons mots, la bonne phrase, la bonne tournure. Toute mon attention sera concentrée sur le fait de ne pas leur déplaire, et que peut-être ils deviennent moins des ennemis de classe, des dangers directs ou indirects, des participants actifs ou passifs au sexisme. Tout leur discours sera sous-tendu par la menace suivante : « SI tu n’es pas gentille, SI tu ne réponds pas à toutes mes questions, SI tu t’énerves, alors je serai un ennemi du féminisme et cela sera ta faute ».
Les femmes sont en général vues comme responsables des violences sexuelles qu’elles subissent. La boucle se boucle. Si nous n’expliquons pas gentiment aux hommes qu’il faut pas violer, alors ils le feront.

Et cela leur permet également de dénigrer le féminisme comme violent et destructeur : il faut se limiter à viser poliment « l’égalité » entre personnes de bonne volonté. Sans s’arrêter à quelques violences masculines accidentelles, qu’il faut traîter comme des faits divers, perpétrés par des malades, pas des hommes.

Et pourtant les hommes sont bien conscients qu’ils dominent les femmes, qu’ils les exploitent et les oppriment, y compris sur le plan sexuel, ainsi que l’a montré Léo Thiers-Vidal, dont j’ai parlé ici  (mais sans présenter toutes ses conclusions). Leur déni est donc un trait particulier des hommes, de tous les hommes. Même s’il est souvent adopté aussi par les femmes, qui ne souhaitent pas vivre dans le dénigrement permanent de leurs parents masculins (père, compagnon, fils…) et ressentir sans cesse cette colère qui est en elles.

C’est un peu cette attitude commune, ce déni, qui refuse de dire ce qu’il est est des hommes, qu’on retrouve dans la présentation de l’étude australienne abordée dans le précédent article. Deux femmes hautes responsables de l’Université et des Droits Humains en Australie confirment le discours : trop d’étudiants sont victimes, pas de cela chez nous — mais ne disons pas qui sont les auteurs. Elles cherchent à ne pas choquer les hommes, pour pouvoir les atteindre par un discours neutre. Et Crêpe Georgette invite à en sortir :

Il faudra admettre que les hommes n’ont pas le droit de disposer du corps des femmes, du corps des enfants et du corps d’autres hommes. Cela les rend très malheureux je le sais, on me parlera de leur misère sexuelle pendant que je parlerais de viol. On comparera le fait de ne pas pouvoir baiser alors que je parle du fait de ne pas violer.

Je voudrais, ne serait-ce que 5 minutes, que les hommes ressentent l’insupportable sentiment d’injustice lorsque je constate les violences sexuelles subies par les femmes. Cette guerre. Ce terrorisme. Cette terreur infligée à l’ensemble des femmes qui vise à contrôler insidieusement nos mouvements, nos déplacements, nos fréquentations, notre sexualité, notre habillement, notre rapport aux hommes, à tous les hommes. (…)

Pendant ce temps, les hommes se demandent pourquoi les féministes disent « les hommes » au lieu « des hommes ».
Pendant ce temps, des hommes me disent que lire ce que j’écris, lire des récits de violence sexuelle est « dur mais qu’ils arrivent à ne plus se sentir mis en cause ». C’est tout ce que ce que cela suscite. Ils ne se sentent plus accusés (alors qu’ils le sont), ils ne se sentent plus visés (alors qu’ils le sont), ils ne sentent plus ma colère (alors qu’elle est là, intacte, entière, brûlante). Ils sont tranquillisés ; je ne les visais pas eux et c’est bien tout ce qui importe n’est ce pas.

Un excellent article, sur la complicité tacite des hommes avec « certains hommes ».

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« En Australie, les étudiants harcelés » : mais où sont les agresseurs hommes ?

« Australie: plus de la moitié des étudiants ont été harcelés sexuellement » titrent plusieurs journaux de ce 1er août.Voici l’essentiel de l’article (dépêche AFP), qu’on lira ici, et ici, ou ici.

« Plus de la moitié des étudiants, surtout des étudiantes, ont été harcelés sexuellement dans les universités australiennes et 7% d’entre eux ont subi au moins une agression sexuelle, selon une étude nationale publiée mardi. La Commission australienne des droits de l’Homme a mené l’étude au nom des 39 universités du pays auprès de 30.000 étudiants. » « Les femmes ont trois fois plus de risques d’être agressées sexuellement et près de deux fois plus de risques d’être harcelées sexuellement, à la fois sur les campus universitaires ou en se rendant à l’université ou à des événements hors campus organisés par l’établissement. »«La conclusion inévitable de ces données (…) est que les cas d’agression sexuelle et de harcèlement sexuel sont à des niveaux inacceptables dans les universités australiennes», a déclaré Kate Jenkins, chargée des discriminations sexuelles à la Commission. «Nous voulons envoyer un message fort et limpide, ces comportements ne sont pas acceptables. Pas sur nos campus, pas dans la société australienne», a déclaré la présidente d’Universities Australia, Margaret Gardner.

Où sont les auteurs ?! Je m’étonne du silence assourdissant sur la responsabilité des hommes dans cette affaire. On aura remarqué le masculin général utilisé dans le titre et dans l’article, comme si tous les étudiants étaient des victimes, même si les femmes ont « deux fois plus de risque ». (Et comment mesurer une notion aussi abstraite ? En fait, cela veut dire, en répartition, 66% contre 33 % pour les actes de harcèlement, 75 % contre 25 % pour les agressions; et aussi, en allant voir les chiffres, un homme sur six, mais une femme sur trois).

Il m’a fallu aller sur le site de la Commission australienne des droits de l’homme (en anglais : Human rights, les droits humains) pour en savoir un peu plus. Avant de télécharger le rapport « Change The Course: National Report on Sexual Assault and Sexual Harassment at Australian Universities » (Changer de cap : Rapport national sur les aggressions sexuelles et sur le harcèlement sexuel dans les universités australiennes), on me propose de télécharger les infographies : AHRC_2017_UniversityReport_Infographics. Ici aussi, presque rien sur les auteurs, sauf ceci : une fois sur deux, les auteurs sont connus des victimes. Et on retient le chiffre de « un étudiant sur cinq harcelé », ce qui cache la proportion de un homme sur six et une femme sur trois. Idem pour le chiffre moyen des agressions (1,6 % des répondants) qui cache une asymétrie encore plus forte entre hommes et femmes, explicitée ci-dessous.

En réalité, il faut lire la totalité du rapport, et examiner les détails des graphiques, pour obtenir les chiffres selon le genre. J’en retiens quelques-uns. Mon but est de donner des représentations plus justes des résultats de cette étude. Cette étude, par l’étendue de son échantillon, est intéressante. Mais on pourrait discuter encore des résultats en rapportant ces 30.000 réponses au million d’étudiants inscrits dans les universités australiennes, soit un taux de +/- 3%.

Sur 30.930 réponses, 21% ont vécu des cas de harcèlement sexuel (sujet abordé en premier). Soit un sur cinq. Cela monte à 26 %  (1/4) en prenant en compte le temps des transports.

Mais cela concerne 17% des hommes (un sur six) et 32 % des femmes (une sur trois) ; 45 % des transgenres, soit un sur deux (!), mais ceux-ci sont peu nombreux : moins d’un 1% des répondants, ce qui donne un échantillon trop faible pour des résultats représentatifs). Les femmes subissent bien plus que les hommes les « regards appuyés » (40 % contre 16 %), et à égalité les commentaires et blagues dégradantes et les questions intrusives sur leur identité ou leur apparence. 22% des harcèlements sont venus par le « en ligne » : e-mails, réseaux sociaux, images non souhaitées.

Autre indication instructive, sur les 30.930 répondants, 25.960 se sont dits des personnes héréros, 1.164 des personnes gays ou lesbiennes et 1.640 des bissexuel.les (et un nombre faible de transgenres, d’asexués et de sans réponses).

Les étrangers ne paraissent pas surexposés au harcèlement, mais bien les aborigènes.

86 % des femmes déclarent avoir été harcelées par un ou des hommes, 3% par des femmes, 7 % par un groupe mixte.On analyse ici 4.768 cas.

37 % des hommes déclarent avoir été harcelés par un ou des hommes, 30 % par des femmes, 22% par un groupe mixte. On analyse ici 2.136 cas.

Pour les agressions sexuelles, abordées ensuite, 2,3% ont été agressées parmi 14891 femmes répondant ; 0,7% ont été agressés parmi 13.031 hommes répondant. Soit 340 femmes et 91 hommes (mon calcul).

Les femmes disent avoir été agressées par un homme à 92 %, les hommes disent avoir été agressés par un homme à 41 %, par une femme à 26 % et par un groupe mixte à 24 %. Soit 250 agresseurs masculins (et 6 agresseuses féminines) pour 283 cas féminins, 35 agresseurs hommes (et 22 agresseuses femmes) pour 83 cas masculins, selon mes calculs, sans compter les groupes mixtes. Soit au total au moins 285 auteurs masculins pour 28 agresseuses féminines. (91% / 9%). Voilà le chiffre que je voulais lire en tête de tous les articles et qui était totalement absent, même dans le rapport !

Proportionnellement, les personnes hétéros sont moins agressées que les personnes gays et lesbiennes et beaucoup moins que les bissexuel.les; mais elles sont bien plus nombreuses.

Je m’arrête ici. Le rapport étudie également les lieux où ces évènements arrivent, il étudie des causes possibles (dont le mépris des femmes et le « droit au sexe » présumé par les hommes, à ce que j’ai pu voir) et propose des changements. Je n’ai pas étudié ces chapitres.

J’espère seulement avoir complété et rectifié cette vision « asexuée » ou plutôt non genrée des articles de presse, déjà induits en ce sens par le résumé et le communiqué du rapporteur.

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Comment ne pas dire « un homme assassine trois fois » ?

En Belgique, un homme a assassiné ce mardi soir son ex-petite amie (qui l’avait renvoyé depuis quelques jours) et les deux grands parents qui s’interposaient. Aucun titre de presse n’a titré sur ce fait en parlant de « triple assassinat » ou cette « tuerie ».

Pourtant, je découvre ce mercredi soir une autre info claire : « Une femme de 49 ans, suspectée d’avoir tué sa fille adolescente, interpellée… » Le verbe « tuer » est bien utilisé, au sens actif.

Alors, pourquoi les titres deviennent moins clairs quand il s’agit d’un homme ?

« Une jeune fille et ses grands-parents poignardés à mort en Flandre: le suspect est son ex-petit ami », titre Le Soir de ce mercredi. Il y a des gens blessés et morts, et un suspect.

« Flandre : une jeune fille de 17 ans et ses grands-parents décèdent après avoir été poignardés par l’ex petit-ami de l’ado », titre La Libre du même jour. Encore une fois, il y a deux évènements distincts, le coup de poignard et le « décès ».

« Horreur en Flandre: Il tue son ex de 17 ans et ses grands-parents… « Je préférerais mourir que de te voir avec quelqu’un d’autre », affirme plus clairement la Dernière Heure, mais en donnant déjà la version du tueur.

Car les journaux ont abondamment cité le message prémonitoire écrit par le jeune homme il y a quelques jours sur les « réseaux sociaux », en laissant même une vidéo sur Youtube. (En fait, tous les journaux sont partis de la même dépêche de l’agence Belga, informée par la police ou le parquet. Seul le titrage est différent).

« J’ai tout fait s’effondrer de mes propres mains, je n’ai plus de raison de vivre. (…) J’ai perdu ma copine et ne peux pas vivre sans elle ». « Je t’aime. Tu seras toujours dans mon cœur et je veillerai sur toi. Même si je sais que tu ne le veux pas. Excuse-moi de t’avoir fait mal. C’était la plus grosse erreur de ma vie. La seule chose que je désirais c’était de t’avoir à mes côtés. Je sais que tu ne reviendras pas. Ça fait tellement mal. Je préfèrerais mourir que de te voir avec quelqu’un d’autre la semaine prochaine ».

Deux choses ressortent évidentes de ce message : il a fait du mal à sa copine, soit en l’agressant, soit en la trompant. Et il s’estime en droit de la posséder (et de la protéger, la paterner), à l’exclusion de tout autre. Cela malgré qu’il a clairement été rejeté.

Une troisième chose ressort : ce jeune homme est malheureux. Mais cela n’efface en rien sa conduite, qui lui a valu d’être rejeté. Le message précise (et c’est repris complaisamment dans les journaux) : sa vie est une « épreuve depuis 25 ans ». Car ce jeune homme a 25 ans (et sa copine en a 17).

Ce discours unilatéral accompagne donc immédiatement l’information sur l’assassinat de trois personnes. Il vient l’édulcorer. Ces « circonstances atténuantes » dénaturent les faits. Et les titres des articles n’arrivent plus à énoncer les faits nettement. Pourtant, ils y arrivent quand il s’agit d’une femme et de sa fille.

C’est du grand art, de dénaturer les faits. Un art masculin, à n’en pas douter.

PS. On apprend ce jeudi que le jeune homme n’a été arrêté que plus de 24 heures plus tard. On en déduit que c’est la police ou le parquet qui, sur base de premières recherches, ont déjà diffusé à la presse le discours de l’ex-petit ami. Par sympathie masculine ?

 

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Au fil d’une année : violence des hommes (viols en Belgique)

Je n’ai pas eu accès à tout l’article de La Libre, qu’on trouvera ici. Seulement trois phrases, et un titre.

En 2016 en Belgique, 3 071 faits de viol ont été enregistrés dans la banque de données générale nationale (BNG) sur la base des procès-verbaux dressés par les différents services de police, selon les statistiques de criminalité désormais disponibles pour toute l’année 2016.

Plus de huit plaintes par jour. Chaque jour, samedi et dimanche compris, et les jours fériés et les vacances, huit femmes ont poussé la porte d’un commissariat pour énoncer des faits d’agression sexuelle d’un homme (si on compte en jours de semaine, 12 par jour). C’est une moyenne. Avant de penser à la moyenne, pensons à ces huit femmes, chaque jour.  Qui décident d’entrer au commissariat, qui décident d’entamer une « procédure » qui sera une épreuve d’abord pour elles, pour leur intimité, pour leur vie privée. Parce qu’elles ont été la victime d’un crime ou d’une tentative de crime.

Dans un nombre infime de cas (5,5 %), les victimes ont déposé une plainte après une tentative de rapport sexuel imposé sans consentement.

Ce « nombre infime » de tentatives dénoncées, il atteint néanmoins le chiffre de 168 cas. Un tous les deux  jours. La tentative de viol, d’acte sexuel malgré un non-consentement, a été suffisamment choquante pour faire l’état d’une plainte. Un chiffre à retenir pour une discussion (ou une enquête) sur la question du consentement. Vouloir ignorer un non-consentement et « passer en force » (même si cela n’aboutit pas) crée déjà un traumatisme. Ce n’est pas de l’irrespect, c’est de la violence inouïe. Il faut en parler.

Mais dans la toute grande majorité des situations (94,5 %), elles ont pris leur courage à deux mains pour dénoncer un viol qui a été accompli.

Et donc 2900 viols avérés (8 par jour). On a établi après plusieurs enquêtes que les plaintes ne manifestent qu’une faible partie des viols vécus (un sur six ou sept). Selon ces statistiques, on pourrait faire l’hypothèse que 20.000 viols (à peu près) sont perpétrés chaque année. Chaque année, un homme sur deux cent viole, ce qui parait peu important (au regard des quelques trois millions et demi d’hommes concernés en Belgique). Tous les cinq ans, un homme sur quarante à violé, ce qui paraitra plus concret à notre imagination : parmi les quarante hommes autour de vous, un d’eux a violé au cours des cinq ans passés. Six fois sur sept, ce viol n’a pas fait l’objet d’une dénonciation.

(Un site officiel du Ministère de l’Egalité des chances et de l’Institut pour l’Egalité des femmes et des hommes parle de 36500 viols par an, ici. Il faudrait donc doubler les chiffres relatifs : un homme sur cent viole, chaque année, tous les cinq ans un homme sur 20 de vos amis, etc. Je ne veux certainement pas amoindrir les chiffres, mais partir de cette brève info « estivale » pour asséner le message qui doit parler aux hommes).

Si nous voulions garder une image positive de l’Homme, nous devrions nous-même militer pour que ces hommes se dénoncent. Nous devons avoir honte que ce n’est pas le cas. Les violeurs sont parmi nous, parmi nos amis, dans notre club sportif ou culturel, parmi nos collègues, parmi nos vedettes et nos représentants. Et nous ne voulons pas le voir, pas le savoir.

Prendre conscience de la domination masculine, c’est avoir la honte et la colère qui nous envahit face à cette violence traumatique qui reste dans l’ombre, qui est au cœur de ce qui fait de nous des hommes.

Je sais que ces chiffres peuvent être contestés (et le seront) dans une discussion sans fin. Et qu’ils pourraient être revus, à la marge. (On peut trouver un éclairage ici, dans un article de 2012). Pas assez pour que la honte disparaisse. Mais en faisant beaucoup de bruit pour ne pas l’entendre. On ne peut effacer ce traumatisme de la domination masculine.

Ce n’est pas le message principal du journal (pour ce que j’ai pu en voir).

« Exclusif. 435 plaintes pour viol d’enfant de moins de dix ans »

C’est le titre. On suppose que ce sujet est développé dans le texte, peut-être avec le commentaire de tel ou tel expert. C’est bien sûr un chiffre effarant. C’est bien sûr un traumatisme effroyable. Ceux qui commettent de tels viols sur des êtres innocents et sans défense sont des monstres…

Mais ce chiffre ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt ! On peut facilement se dire que ces monstres ne sont pas près de nous, qu’ils sont ailleurs. L’extraordinaire ne doit pas masquer la violence ordinaire, et la honte et la colère doivent se répandre en nous.

Post-scriptum : la plupart des journaux belges ont répercuté l’info publiée par La Libre, sans en détourner l’info principale par un titre orienté comme dans l’article cité.

Ils rajoutent que près de la moitié des victimes des viols ont moins de 18 ans.

 

 

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Vous êtes un masculiniste ! 11 indices…

Le texte que vous trouverez sur le site TRADFEM a été récemment publié par une féministe australienne, Clémentine Ford, sur sa page Facebook. On ne sait qui en est l’auteur(e). (En fait, il semble être apparu sur la page d’un vendeur de tee shirts à la demande , il y a quatre ans au moins, avant février 2013 !).  Il est très instructif.

Le titre anglais propose (littéralement) : « 11 indices que vous êtes un militant des droits des hommes »… (Men’s Rights Activist), ce que nous nommons en français « masculinistes ».

La plupart des indices relevés démontrent une contradiction, une posture hypocrite entre un raisonnement « rationnel »  masculin et un égoïsme du dominateur ordinaire, dont je donne ici deux exemples :

 

  1. Vous croyez que si les femmes veulent l’égalité, elles devraient faire le service militaire. Mais vous croyez aussi que l’armée n’est pas un endroit pour elles.

  2. Vous détestez quand les femmes présument que les hommes sont comme des animaux sauvages. Mais vous considérez qu’une femme qui ne couvre pas son corps pour se rendre invisible aux hommes est comme une personne qui s’habille de viande devant des animaux sauvages…

 

Ceci montre que le travail de déconstruction de la posture masculine est un effort permanent, jamais acquis, exigeant une remise en question de soi.

Vous pourriez être tenté d’affirmer que tous les hommes ne sont pas comme cela, qu’il ne faut pas faire d’amalgame. Posture habituelle de la bonne conscience virile : moi je me maitrise, mieux que certains… Mais je suis convaincu que vous aurez pourtant appris de ces « indices » des choses qui vous donneront à réfléchir sur vous-mêmes…

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