Un déni de la domination masculine ? Quel déni ?

Les hommes ne supportent pas le féminisme. Cela les énerve. Cela les rend bête et méchant. Pourquoi ? Dans sa thèse, dont je n’ai présenté qu’un extrait (qu’on trouvera ici), Léo Thiers Vidal a bien montré que les hommes sont dans le déni de la domination masculine. Et que pourtant, en secret, ils savent qu’ils dominent les femmes, qu’ils les exploitent, les sexualisent et les méprisent. Pourtant ils reconnaissent que « je ne voudrais pas être une femme », parmi d’autres aveux.

Les commentaires à un article du journal Le Monde offrent l’occasion de montrer ce phénomène de déni, de rejet du féminisme, à divers degrés. Pas de l’analyser dans ses causes, mais d’en montrer les manifestations.

En fait, la journaliste Zineb Drief m’avait contacté et interviewé brièvement, et nous avions évoqué divers livres récents. Elle a monté plusieurs pages d’un supplément du Monde des 14-15 avril sur ces références, dont mon travail sur ce blog. Et un article général est paru aussi sur la page Web (payante) du 13 avril sous le titre « C’est quoi être viril aujourd’hui ? ». En deux mots, il s’agissait de montrer que plusieurs livres interviennent sur cette question, dont certains suite à la campagne MeToo liée à l’affaire Wenstein.

Cet article a reçu 69 commentaires. D’une cinquantaine d’hommes et de deux ou trois femmes (si les noms sont pris pour vrais). La quasi totalité sont des commentaires très négatifs. Et très légèrement argumentés. J’en ai fait une lecture attentive, je les ai rangés par thème. (NB : je n’exclus pas totalement qu’un seul trolleyeur 🙂 soit l’auteur d’une majorité d’entre eux ; alors que les contributeurs du Monde donnent souvent leur identité, on a ici une majorité de dénominations « poétiques ». Mais comme les arguments sont diversifiés, ils sont intéressants, même s’ils ne sont pas « représentatifs »).

La première constatation, c’est que l’article est très peu discuté dans son contenu. C’est l’initiative d’aborder le sujet qui a choqué, énervé, bloqué ces hommes qui réagissent. Voici les quelques attitudes que j’ai repéré.

« Botter en touche » (nous ne sommes pas concernés)

Le rejet est parfois immédiat :

« Je n’ai lu que le titre mais je me dis que voilà bien une question de fille. » (Gilles)

« Ben voyons, c’est toujours marrant ces « vérités » assénées sans aucune preuves et sources, qui et montrent juste la lubie de leur auteur. » (Untel)

« Le Monde est la caserne de toutes les Milices de la bonne pensée. » (No Country For Old Men)

« Assez sur ce sujet » (parlez-nous d’autre chose)

Pour beaucoup de ces hommes, le féminisme est une mode, une manie : et c’est une mode dangereuse, qui va affaiblir notre société :

« Tous ces articles en rafales pour faire douter les hommes… » (La nature reprend le dessus)

« Et allez donc, ça continue… » (Jaime Parloque)

« C’est marrant, mais les musulmans nous disent « l’Islam vaincra car il est plus viril ». Et nous nous sommes de plus en plus féminin. Demain nous serons emportés faute d’avoir été virils ? » (Interrogation).

« Le bourrage de crâne des enfants sous Hitler, Mussolini ou Mao était épouvantable. Mais au moins, il ne se cherchait pas de causalité scientifique : juste la volonté de faire des enfants des êtres obéissant au Parti. Le XXIème siècle occidental est plus subtil : le bourrage de crâne normalisant des petits garçons et des petites filles se cherche désormais des raisons philosophiques, voire scientifiques. Mais nous ne nous y laisserons pas plus prendre qu’aux fadaises totalitaires d’antan ». (untel).

Les femmes veulent du viril, c’est prouvé

Pour plusieurs hommes, la virilité est encore pertinente et active, tout simplement car il s’agit de la préférence des femmes (et donc des hommes) :

« Nous avons « le tourisme sexuel ». Par esprit de révolte, un tas de femmes occidentales, d´âge mûr, vont se sauter en l´air avec de jeunes non-européens qui les attirent. Se sentant délaissées, leur beauté fanée, c´est leur « moyen d´être ». Les hommes occidentaux, eux, pour démontrer que leur virilité est telle quelle, ont commencé cette carrière beaucoup plus tôt dans les années 70, en Thaïlande, au Venezuela ou au Brésil. Michel Houellebecq nous en fait une narration dans son « Plateforme ». » (Jodemos)

« Du reste, un ramassis de poncifs car l’énorme majorité des femmes préfèrent les mecs forts. » (Untel)

« Ben c’est pour cela qu’après ’50 nuances’ cartonne. Fric, domination, perversion, jeu de pouvoir. Je ne sais pas si c’est masculin ou féminin mais tout simplement humain. Nos relations sociales, affectives, sexuelles sont basées sur le fric et le pouvoir. Est ce que l’on met sur un CV nos lectures, nos émotions, notre capacité d’empathie ? Non » (Furusato)

« Nombre de femmes et jeunes filles sont encore dans l’option viriliste ( où la force paraît protection et prévision reproductive ) mais elles vont la chercher chez le non -occidental qui leur semble n’être pas émasculé. » (Furusato)

« Le rap véhicule tous les stéréotypes de la virilité masculine (arme a feux, gueules de bad boy, allure de gros beauf) et de la misogynie…ce qui n’a pas l’air de déranger le moins du monde ces jeunes filles qui se pâment devant ces cerveaux. » (Slwotrane)

« Trois filles d’une vingtaine d’années (d’après la conversation, elles étaient en BTS). Plutôt jolies. Elles « parlaient mecs ». Et la conclusion était claire : les « gentils » sont ennuyeux. Que faire ? » (Martin)

Bref, il faut d’abord les convaincre, elles. Avant de se dévaloriser.

« Vous avez négligé complètement un aspect du problème : l’entourage de l’homme peut exiger de lui protection et sécurité. S’il se « laisse aller », ceux qui pensent avoir besoin de cette protection et de cette sécurité, sa femme, ses enfants, sont les premiers à le rabrouer, en termes parfois très blessants. Ce qui fait que, pour faire évoluer ce modèle, l’homme doit non seulement opérer cette remise en question qu’on lui fait ressentir comme dévalorisante, mais convaincre son entourage réticent. » (Vir)

En fait, on ne critique pas le contenu de l’article (ou si peu). On critique son existence. Les femmes, « elles exagèrent ».

« Le mâle a perdu sa virilité depuis longtemps ; pourquoi tirer sur l’ambulance ? Le modèle actuel, c’est l’indifférencié : l’homme ou la femme, c’est la même chose. Les représentations symboliques sont en train de s’effacer radicalement. Nos amis sociologues négligent le plus important : la femme est devenue la plus forte car, si l’homme a besoin de la femme pour procréer, la femme n’a plus besoin de lui ! » (Gustav)

« Oui. Avant la révolution industrielle, le pouvoir dans les sociétés était basé sur le muscle: force musculaire et violence physique. Les hommes étaient dominants et l’esclavage habituel. Avec la révolution industrielle, le muscle ne sert plus à rien puisqu’il y a les machines. Les hommes se retrouvent alors automatiquement à égalité avec les femmes qui peuvent utiliser leur cerveau et pratiquent la violence morale aussi bien que les hommes.. et c’est pourquoi les femmes ont acquis des droits… » (kickaha)

On n’y peut rien, c’est dans notre nature

Force physique, hormones, besoins irrépressibles et division des rôles, le catalogue d’arguments (souvent démontés par les féministes, et des scientifiques parmi elles) est énoncé :

« Désolé, la nature reprend vite le dessus (et non la culture ou les juristes). Nous n avons pas le même bain hormonal, on aime construire et maîtriser les technologies, peut être parce qu ‘on a pas d’utérus, et quand on a du temps libre on aime naviguer, randonner ou partir en trail. Pour ceux qui doutent, patchez vous aux œstrogènes et à l’ocytocine, pour celles qui doutent patchez vous à la testostérone et l’hormone de croissance. » (la nature reprend toujours le dessus)

« La différence de force physique existe toujours vous ne pouvez pas la gommer. » (Ulysse)

« Reconstruire la virilité ne passe pas par exemple par la suppression du fait que les hommes ont une masse musculaire plus important ou de la testostérone, mais par le respect de ses sentiments et corps, et ceux d’autrui, homme ou femme, et, après, on parle sexe. Respect first ! » (Respect, désir, sexe et fun)

« Une forme de division du travail , l’homme qui protège et sécurise , la femme qui garde le foyer et les enfants garants de l’avenir , qui fait la guerre et accepte d’y mourir avec courage et honneur. A t.il disparu ce besoin de sécurité de la part des femmes dans leur imaginaire au moins ? Si c’est le cas , alors la virilité ne serait plus qu’une posture dépassée . Et le féminisme serait il la tentative d’une version féminine de la virilité ? » (Sarah Py). Et elle (il?) précise par une réponse : « La virilité est pouvoir , avec sa part de satisfaction mais de responsabilité , être dominé c’est aussi plaisant : pouvoir jouer du dominant. Combien de femmes de nos histoires intimes ont laissé aux hommes l’illusion de leur pouvoir pour dominer de fait ? » (Sarah Py)

Ce qui est frappant dans ce catalogue, c’est que le cadre général de la « domination masculine » disparaît. On est dans une pure logique argumentaire, avec ses clichés et ses poncifs, ses évidences. Ci-dessous, un témoignage plus concret de l’effet hormonal… qui explique qu’on « ne peut pas transiger » au lieu d’être « prêt à accepter l’opinion des autres » (à croire que les nombreux hommes qui le peuvent souffrent de faiblesse hormonale ?) :

« Je m’injecte tous les mois de la testostérone car je n’en produis pas (pas de testicules). Je peux vous confirmer que la testostérone a des effets évidents et avec lesquels on ne peut pas transiger : agressivité, libido difficile à contenir envers les femmes, mais aussi mémoire et esprit très actifs, endurance à l’effort. Puis l’effet s’estompe, je deviens plus cool, plus « normal ». Et enfin, je finis fatigué, prêt à accepter l’opinion des autres. Après le cycle recommence. » Un oenuque

C’est une mauvaise époque à laisser passer

On peut évoquer brièvement des arguments d’évidence, on peut aussi « prendre de la hauteur » pour mieux emballer son déni :

« Ce discours sur la virilité, comme celui sur l’émancipation féminine est bien le reflet de notre époque. Société du spectacle où il y a injonction à répandre ses émotions en long et en large. La discrétion, la mesure, le tact ? trop ennuyeux. Il est normal que les femmes y trouvent plus leur compte. En moyenne elles verbalisent plus que les hommes et de fait expriment plus leurs émotions. Mais trop nuit au bien. La virilité ? je dirais plutôt la force tranquille. » (adelagarde)

Ce qui fait sursauter quelqu’un :

« La force tranquille ! Non mais franchement ! J’ai bien l’impression que le monde dirigé par les hommes relève de tout sauf de la force tranquille» (Greenpower)

Mais qui séduit un autre :

« Réflexion intéressante : il faudrait la confronter à des séries US comme This is us qui font glisser le masculin du côté de l’émasculation gentille et émotive .Très habilement par moments. » (furusato)

Et l’emballage pourra être plus subtil encore :

« @greenpower, Vite lu mal compris. J’ai jamais écrit nulle part que les hommes (mâles) étaient l’incarnation de la force tranquille. La question portait sur la virilité. Si il pouvait y avoir, selon moi, une virilité idéale à l’âge de l’hystérie médiatique, ce serait sans doute celle-ci. » (adelagarde)

« C´est très cool de se sentir viril, plein d´énergie, de partager une extase sensuelle et profonde avec une femme. Les baisers sont importants. Pas besoin d´associer par réflexe conditionné la virilité, qui est synonyme de vie, à dette domination masculine, qui est en fait un manque à être. » doc feelgood

(ce qui vaut cette remarque : « Donc viril et virilité sont totalement étrangers. D’accord ! » (GH)

« Il est tout-de-même étonnant que toutes ces analyses analysent les modèles masculins et féminins comme une constante, un éternel. S’ils ont changé et changent sous nos yeux, c’est que nos sociétés ont elles-mêmes changé, que l’impératif de la reproduction qui est au centre de cette problématique s’est transformé. » (Berjac)

« « Elles veulent jouir de leur corps ». Cette phrase est très chargée de sens. La base du désir sexuel est une envie du corps de l’autre et une jouissance grâce au corps de l’autre. Mais notre société libérale semble le plus souvent s’entendre sur l’idée que le corps masculin ne peut être désiré (sauf par un homme homosexuel) tandis que celui de la femme est sans arrêt idéalisé et désigné comme désirable. Parler de la fin de la virilité comme corollaire d’une fin de la féminité est hypocrite. » (Etogal)

« Très juste remarque.J’ai toujours soutenu sur ces forums que la déconstruction était une construction subreptice, avantageuse pour le nouveau modèle qu’on veut mettre en place dans les cerveaux .Vous le montrez parfaitement . (furusato)

Bon, tout cela mérite un conseil plus concret, dans l’art du compromis : « Ne pas forcer sur la masculinité, en avoir en réserve, ne l’exhiber que si nécessaire, la tempérer par des biais de sensibilité .Mais ne pas croire non plus qu’elle consiste à mettre une jupe et du rouge à lèvres. » furusato

En attendant, ne laissons rien passer !

Deux contributions allant dans le sens de l’article se font rapidement retoquer :

« Les femmes n’ont plus envie de se donner, elles veulent jouir de leur corps. » C’est vrai, elles sont maîtresses de leur plaisir, et ça continue à rendre fous de rage des millions de machistes attardés un peu partout de par le monde. Quand ils renonceront à cette injonction de virilité, on pourra peut-être commencer à vivre harmonieusement ensemble, femmes et hommes à parité. (à parité)

Et du tac au tac : « Curieuse votre injonction à l’absence de virilité. » (Gilles)

« En 1971 , à la maternité, j’étais dans une chambre avec une autre maman d’un petit garçon : elle était entourée de sa famille italienne fort nombreuse. Le nouveau né s’est mis à pleurer et j’ai pu entendre  » un garçon, ça ne pleure pas »! Je me suis redressée de mon lit pour protester devant la famille étonnée. Oui ça commence très tôt cette éducation des petits garçons. Votre article laisse entendre que cela n’a pas changé: il y a encore à faire…. » (Fanfan)

Et du tac au tac : « Ah, vous vous mêlez de ce qui ne vous regarde pas ?! » (Pierre Froment)

Et puis, quelle identité de remplacement ?

« A détruire (je n’aime pas la novlangue et son « déconstruire ») la masculinité paternaliste depuis des années, personne ne s’est attaché à construire ou même présenter une nouvelle masculinité conforme aux attentes de ceux et celles qui détruisent l’ancienne. L’homme actuellement a donc le choix entre être un phallocrate à l’ancienne ou rien. L’acceptation mène au malaise et sa contestation à une guerre des sexes. Enfin, tant que l’homme se définira par ce qu’en disent les féministes et les médias. » (Bfree)

Cette dernière remarque pose une bonne question, selon moi, mais l’annule en estimant que la guerre des sexes est un effet du discours.

Au total de ce petit travail de mise en ordre des commentaires, un rejet absolu, et d’entrée de jeu. Aucune discussion. Aucune évocation des mouvements Me Too, ni des violences masculines. Aucune remarque sur ce fait que plusieurs hommes ont publié des livres ou des articles sur ce mouvement et sont favorables à une déconstruction de la virilité.

Cela ne doit pas être une surprise. L’immense majorité des hommes se tient à l’écart du féminisme. Dans une« force tranquille », sure de soi et du maintien de sa domination (mais avec une grosse inquiétude en même temps). Et bien des femmes sont amenées à accepter cette situation et à ravaler leur révolte spontanée, à l’adoucir par un « Je ne suis pas féministe, mais… ».

Les pionniers, hommes favorables au féminisme, sont encore trop peu nombreux et n’ont pas encore développé un plan pour s’adresser efficacement à leur frères. Leur lutte reste timorée.

Or c’est pour moi d’abord sur le plan, sur l’identité (faible) de remplacement, sur les causes internes aux hommes qu’il faut travailler, entre pionniers. Affronter la masse des hommes ne peut que donner ces commentaires lamentables. Mais signaler le travail qui se fait sur le sujet était bien la mission d’un journal comme Le Monde.

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Sur les masculinités, il y a de quoi être perplexe…

Je suis en train de potasser plusieurs livres sur la masculinités. J’avais lu de Mélanie Gourarier, Alpha Mâle, Séduire les femmes pour s’apprécier entre hommes (Seuil 2017). Le livre et son autrice ont connu un bon accueil médiatique (ce qui ne signifie pas un succès de librairie et de vente). Bien que le livre se ressente de son aspect « synthèse grand public d’une étude de terrain », il apporte en filigrane un portrait de ce qui nourrit les (jeunes) masculinistes d’aujourd’hui et notamment les fameux 16-24 ans qui font la pluie et le beau temps sur les réseaux sociaux. Au fond, la virilité est nourrie de clichés qui induisent des comportements et surtout des interrogations assez ridicules et vécues par les mecs « entre soi », sans aucune considération pour les partenaires féminines. Et donc des comportements unilatéraux et méprisants envers les femmes.

J’ai lu de Daniel Weltzer-Lang le Nous les Mecs, Essai sur le trouble actuel des hommes, (Payot 2013) qui m’a paru superficiel et inintéressant. Sur base de son travail d’enquête, il décrit des problématiques d’hommes d’une manière détachée et anodine, avec l’air de celui qui est « au balcon » (il se dit vaguement polysexuel) et qui veut banaliser les questions et perpétuer lui aussi un « entre soi » inacceptable (la domination masculine est excusée) et peu questionné. Son point de départ est la souffrance des hommes (ce qui m’interpelle aussi pour d’autres raisons et m’amènera à revenir sur ce sujet)… mais c’est aussi son point d’arrivée.

Pour le moment, je lis de André Rauch Le Premier Sexe, Mutations et crise de l’identité masculine, Hachette 2000. C’est un livre d’historien, qui a travaillé auparavant sur le sport et le corps notamment. Je constate notamment qu’il place l’idéal du soldat de la Nation républicaine, porté par Napoléon dans sa Grande Armée, comme fondateur de la masculinité moderne. Une sorte de modèle démocratique du « brave » (volontaire ou plus tard soumis à la conscription forcée) se mettant à l’école du Grognard qui a déjà connu l’épreuve du feu et volant de victoire en victoire contre les armées seigneuriales (non-démocratiques) faites de bandes de miséreux et de mercenaires sans conviction nationaliste et sans « valeurs ». Ce modèle va valoir jusqu’à la fin de 1918 et son constat de la tuerie ignoble que constitue la guerre, et son cortège de « gueules cassées » par surcroît.

Mais je lis aussi de Olivia Gazalé Le Mythe de la virilité, Un piège pour les deux sexes, Laffont 2017. Livre fort érudit, mais facile à lire d’une professeuse qui est aussi responsable des Mardis de la philosophie et rédactrice à Philosophie magazine. Elle balaie un vaste panorama des modèles sociaux masculins ( ceux des anthropologues, grec, romain, catholique, moyen-ageux, etc.), parfois un peu confus, mais qui offre une diversité  des questions interpellante. Elle évoque notamment bien des contributions parus dans l’Histoire de la Virilité (3 tomes) sous la direction d’Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello (Seuil, 2011).

Et je lis enfin (avec ma compagne, qui m’y invite) divers travaux de Franz de Waal sur les primates. De la réconciliation chez les primates (Flammarion 2002), Le Bonobo, Dieu et nous : à la recherche de l’humanisme chez les primates (Les liens qui libèrent, 2013), Sommes-nous trop « bêtes » pour comprendre l’intelligence des animaux ? (idem 2016) lesquels livres amènent à avoir un autre regard sur notre espèce et notre modèle social humain.

*

*    *

De toutes ces lectures (en cours), je sors avec une perplexité redoublée. Des idées que j’ai prises pour fructueuses (dans ce contexte favorable au féminisme qui est le mien) sont à reconsidérer. Ainsi j’ai écrit, sur base d’une étude sur l’anatomie des insectes, que le sperme cherche la quantité (de vagins), l’ovule travaille à la sélection qualitative (de spermes reçus). Or, De Waal montre que, alors qu’on ne l’avait jamais étudié jusque là, on peut observer (scientifiquement) la jouissance sexuelle chez les femelles macaques (qui, toutes comme nous, n’ont pas de période annuelle de rut). Donc l’accouplement peut avoir pour but le plaisir partagé, et pas seulement la reproduction forcenée et mécanique (comme on l’avait toujours affirmé de manière réductrice). De plus, la sexualité chez les primates a une fonction de réconciliation (aussi entre mâles) indispensable dans un contexte de forte compétition agressive entre mâles (entre eux ils se blessent seulement, mais ils sont capables de tuer et de manger un intrus, même un primatologue imprudent !).

Ainsi on découvre par exemple une sexualité « pédagogique » entre mâles adultes et jeunes hommes imberbes chez les grecs, donc une homosexualité selon nos critères mais pas selon les leurs. On constate au contraire une sorte de pédophilie orientée vers les jeunes esclaves uniquement (mais sont-ils des hommes ?) dans la civilisation romaine. Toutes choses qui sont à mille lieues de nos pratiques modernes.

Par ailleurs, il faudrait décrire l’idéal viril des seigneurs aristocrates au moyen age, qui est aussi basé sur la force physique du combattant qui risque sa vie pour son chef (son suzerain dont il est le vassal) et qui utilise de nombreux « va-nu-pieds » (paysans sans ressources et sans motivations) pour l’assister dans ses combats. Il reçoit cette éducation dès son jeune age en étant « placé » , ainsi que les filles, dans le château de son Seigneur suzerain, et soumis avec ses pairs à rude école. Cet idéal viril aristocratique n’est pas le même que celui du XIXe siècle napoléonien et républicain (Rauch) mais il lui correspond néanmoins.

Bref, on peut dire qu’il y a sans doute un fond commun ancestral, originaire, de domination masculine Hommes/Femmes (à lire comme une fraction Dessus/dessous) qui tient à notre espèce et sans doute aux races de singes qui nous ont précédé, mais que cela a donné des variations très étranges selon les sociétés et les modèles que nous avons connues et encore avec celles d’aujourd’hui.

Il faut d’ailleurs dire qu’on a connu des « re-surgissements masculinistes » au temps du fascisme militariste, qui prétendaient combattre un « amollissement » de la « Nation », attribué aux juifs et aux socialistes au tournant du siècle 1900 (songez à l’Affaire Dreyfus, par exemple) et à la suite du Front populaire de 1936-37. Si un tel ré-investissement (toujours présent en filigrane, et bien plus étendu que le seul mouvement des « pères martyrisés ») devait se lever dans un contexte futur (de remilitarisation, par exemple), nous sommes encore sans armes pour le combattre avec force, une force qui lui soit opposable.

Il est donc difficile de dire ce que signifie notre consensus pour revendiquer une égalité hommes/femmes aujourd’hui. Il est difficile de lire la Masculinité à partir de ce contexte féministe. En fait, les masculinités sont encore très mal connues. D’autant que la masculinité n’est ni un état physique acquis, ni un corpus de valeurs stable et définitif au niveau collectif, ni un itinéraire bien balisé pour les individus mâles. Il est difficile de dire ce qui est important et mérite réformation en priorité par les hommes eux-mêmes, mais aussi par les femmes. Et, pour le dire concrètement, il n’est pas simple de définir les « messages à éviter », les modèles « à ne pas perpétuer » qui définissent une éducation des garçons aujourd’hui. Ne dites pas « Contrôle toi, souffre en silence, sois un homme, mon fils », mais dites quoi ?

Bien évidemment, les écrits féministes radicaux ont abordé ces questions de la masculinité de front et elles ont ébranlé bien des certitudes. MAis elles sont restées au dehors de la forteresse. Sur base des travaux de John Stoltenberg et de Léo Thiers-Vidal, je reste convaincu qu’il faut mettre en cause l’érotisme masculin, que ce soit dans ses fantasmes de violence (et ses pratiques violentes), dans cette fixation sur le pénis au détriment du reste du corps, et sur la pénétration comme pratique exclusive (ne pas être pénétré, et s’en tenir strictement à l’hétérosexualité) et dans son exploitation méprisante des femmes (prostitution, pornographie… et taches ménagères dont nous « jouissons »). Et que cette mise en cause critique doit pouvoir parcourir les divers modèles masculins à travers l’histoire pour en rendre compte et les déconstruire. Il n’y a pas encore à ce sujet d’acquis consensuel qui puisse être transmis et enseigné, loin s’en faut ! Il y a bien des « gender studies » dont nous avons les échos. Mais il y a évidemment du boulot.

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À nous d’é-mascul-er le sexisme dans la langue, en pratique, par nos usages !

 

Ce sont les pratiques qui font évoluer les langues, et non les directives « d’en haut » ; et les manières d’écrire découleront des usages oraux. Donc, à nous de mettre en pratique ce que nous voulons. Car la langue est pratiquée de manière sexiste, en célébrant la hiérarchie des hommes dominant les femmes. Je me permets de faire quelques propositions, sur le Comment et le Pourquoi.

COMMENT ?

Premier principe (visibiliser le féminin) : en toutes occasions, disons « les femmes et hommes » (cela s’appelle la ‘double flexion’), et en citant les femmes d’abord.

Dites : « Les citoyennes et citoyens », « les droits des femmes et hommes », « Françaises, Français » (comme faisait le général de Gaulle), les « femmes et hommes politiques », les « élues et élus ».

Ne dites pas : « l’Homme », « l’être humain », « les habitants », « les hommes politiques », « les élus et élues ».

Deuxième principe (manifester le féminin) : nous choisissons des mots dont la différence de genre s’entend nettement.

Dites : professeuse, autrice, madame la ministre, madame la présidente, doctoresse, acheteuse…

Ne dites pas : auteure, professeure, chanteure, médecin.

Troisième principe (accorder au féminin) : accordons les adjectifs au féminin, sauf contresens.

Dites : « les vaches et le fermier furent surprises par l’orage », « la bergère et les moutons furent trempées », « les gendarmes furent conspuées ».

Ne dites pas : « les gendarmes furent refoulés », « le fermier fut trempé autant que ses bêtes ».

Trois principes simples, sans grands mots ni grandes techniques…

POURQUOI ?

Je m’inspire ici du dossier « Jusqu’où faut-il féminiser la langue ? » paru dans la revue « Sciences humaines » de ce mois de mars 2018, où sont cités notamment Éliane Viennot, professeuse de littérature et historienne de la renaissance, et Alain Rey qui a été rédacteur en chef des dictionnaires Le Robert. Mais j’en ajoute un peu de mon cru…

C’est par les usages que les langues évolues. Les règles de grammaire, d’accord, etc. tentent de codifier les usages à postériori, y compris en couvrant les exceptions, les tournures, les nouveaux usages, etc. Donc il est plus important de changer l’usage de la langue, et « l’écriture inclusive » suivra.

La plupart des femmes&hommes n’écrivent que très peu ; l’écriture inclusive est faite pour les éditeurs et écrivains, avec des contraintes de graphie et de lecture qui diffèrent de l’oral. On peut donc dire qu’affronter d’abord la question de l’écriture (inclusive), c’est mettre la charrue avant les vaches&boeufs. Et je rajoute cette idée que le changement de la pratique est à notre portée, tandis que les règles imposées provoquent déjà une résistance et un rejet.

La langue française n’est pas sexiste, ce sont les usages qui le sont ; et « le masculin l’emporte sur le féminin » (formule imposée par l’Etat à l’époque de Jules Ferry -1882) depuis Napoléon et de plus en plus. Jadis l’accord se faisait sur le mot le plus proche.

Je vais plus loin et je tords le bâton dans l’autre sens : le féminin doit l’emporter, au moins pendant « un certain temps » (rien que quelques décennies), pour contrecarrer des mauvais usages qui ont deux siècles. Il est très commun que les hommes dénient aux femmes le droit à la parole publique, le pouvoir partagé, etc. Si on ne fait que leur laisser un « strapontin » dans la langue pratiquée, ce sera un détail négligeable et souvent oublié. Si on parle d’abord des « habitantes », nul doute que les vir-ils veilleront à compléter : « et les habitants » pour éviter un crime qui lèserait leur majesté. Tout autre chose qu’un détail ! On évoquera par exemple « la déclaration universelle des droits des femmes », ce qui nous fera dire aussi spontanément « droits des femmes&hommes ».

Cette préséance féminine n’a rien d’illégitime, mais cela peut surprendre un temps. Or la plupart des règles dont nous entendons parler cherchent à alléger cette contrainte, comme en utilisant des « épicènes » ou mots ‘neutres’ couvrant les deux genres, tels juriste ou journaliste… ou des périphrases permettant d’éviter le genre féminin (droits de la personne humaine). La plupart des mots neutres sont masculins…

De même, je ne pense pas que l’ordre alphabétique doit être systématiquement appliqué (Les Acadiens viennent alors après les Acadiennes, mais le Français avant la Française…) car ce souci d’une justice par l’orthographe n’est pas une modification suffisamment sensible.

Enfin, je propose aussi d’introduire l’accord au féminin chaque fois que cela est légitime (il y a des femmes parmi les gendarmes), sauf si le groupe est spécifiquement masculin.

Je propose de rechercher des mots qualificatifs spécifiquement féminins, comme pour les noms de métier. Car les marques indiquant que « les femmes aussi » dans le but de les visibiliser comme telles, si elles sont résumées à une graphie discrète, ne changent pas l’usage : la marque inclusive « les professeur.res » s’entend comme un quasi masculin, malgré l’effort d’écriture.

Cela veut dire en outre qu’il faut rejeter les termes prétendument neutres, incluant d’un terme « hommes et femmes » : les citoyens, les habitants, les droits de l’homme. Car ces termes sont masculins, et le neutre n’a pas passé du latin au français. Et l’accord est aussi fait au masculin, même pour un groupe des deux genres.

L’écriture

On pourra alors modifier l’écriture. La formule « écriture inclusive » n’est pas heureuse : elle vise à laisser une place aux femmes à titre accessoire. En réalité, on doit viser ici une écriture non-sexiste, qui désigne une pleine égalité. Or l’écriture inclusive proposée actuellement comporte deux défauts : le point-milieu et la réduction des femmes à une désinence inaudible.

Le Point-milieu : d’une part on introduit une graphie nouvelle, le « point milieu », qui n’existe pas en français mais bien en espagnol, ce qui a amené son adoption là-bas. Or, pendant que j’écris ceci, le traitement de texte place un point-milieu entre chaque mot ! Pour chaque espace ! Je ne pourrais donc voir si j’ai bien mis des « points milieu » qu’après impression.

Les belges et les canadiens ont adopté le tiret-milieu. Les allemands ont adopté le / milieu (par ex : studenten/innen pour les étudiantes&ants).

Voilà trois graphies différentes pour un même principe dans deux langues européennes. L’anglais pose moins de problèmes

Je propose donc une graphie qui existe en français, le &, lequel est explicite, immédiatement compréhensible parce que en usage univoque : il ne veut rien dire d’autre que « et ».

Et je fais le pari qu’elle rentrera plus facilement dans les usages, sans changer les machines ! J’ai un peu l’impression que la graphie du « Point-millieu » correspond à une mode, une invention hexagonale, correspondant à souligner un « politiquement correct » qui importe aux chargés de communication. Même si elle est plus ou moins adoptée dans d’autres groupes linguistiques, elle le sera difficilement en France, elle pourrait tomber rapidement en « désuétude ». Ne nous voilons pas la face : de nombreux groupes sont opposés à cette nouvelle graphie, dont l’Académie qui est par principe rétrograde et dix-neuvièmiste, mais aussi des femmes (féministes) et des hommes qui estiment que c’est un combat secondaire et même sans objet : c’est dans la société qu’il faut changer le sexisme, pas dans la langue. C’est un argument qui n’en est pas un… Il faut combattre la hiérarchie Hommes/femmes dans tous ses aspects, et la pratique de la langue est un usage social, pas un corpus appartenant aux grammairiennes&riens.

Le Général de Gaulle (et d’autres présidents après lui) commençait ses discours ainsi : « Françaises, Français ». On a mis cela sans doute sur le compte de la galanterie, mais peu importe : mettons cela sur le compte de la visibilisation des femmes. C’est aussi une question d’euphonie : la formulation féminine avec son e muet permet de faire une heureuse liaison avec le « et », tandis que le masculin ne le permet que rarement.

La désinence rajoutée du « elles incluses » : on en vient alors aux graphies raccourcies (ce qui concerne seulement les journaux, revues et livres). L’avantage de mettre les deux lettres féminines à la fin provient de la simplicité : les habitants-es. La désinence féminine est courte, il suffit de ajouter « -es » dans la plupart des cas. Le problème est que à l’oral, plus rien ne s’entend, et les femmes restent invisibilisées tant aux yeux qu’aux oreilles.

Ce qui m’amène à proposer en pratique d’énoncer et écrire le féminin d’abord, et de rajouter une désinence masculine précédée du &. Ce qui amènera à visibiliser les deux genres, tant à l’oral qu’à l’écrit. Ainsi la graphie conforte l’usage voulu : le féminin domine et est visible, sans dommage pour les hommes.

On évoquera par l’écriture raccourcie : « les citoyennes&yens, les habitantes&tants, les françaises&ais ». Et on prononcera, comme il se doit et sans difficulté les deux termes au complet. Si du moins il est si impératif de faire court ! Parce que la langue française est si belle, qu’il n’est pas fort utile de la tronquer.

 

 

 

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Ni rumeur ni condamnation, mais…

Il me semble que le mouvement « #me too et #balance ton porc » mérite aujourd’hui une définition claire. Il faut sortir de la confusion. Ce n’est pas un mouvement féministe organisé. Ce n’est pas d’abord un mouvement de plaintes judiciaires. C’est d’abord un mouvement de dénonciation collective. Et c’est cela qui est important.

Sur base d’une organisation plutôt spontanée de blogueuses, tant aux USA qu’à Paris, un mouvement spontané de mise au pilori des violences sexuelles a démarré. Pour beaucoup de femmes, ce fut une libération de pouvoir dire : « vous aussi ? moi aussi ! ». Et de pouvoir ainsi d’abord rendre publique l’agression qu’elles devaient taire jusqu’ici : un mail inaproprié, un geste salace, sinon une violence grave ; et de pouvoir témoigner que toute violence sexuelle subie est une marque qui n’est que partiellement surmontée.

Certaines femmes, allant plus loin, ont désiré désigner plus précisément le coupable de l’agression sexuelle, le soumettant à la vindicte publique qui est aujourd’hui celle des médias sociaux ou commerciaux. Elles n’ont pas déposé formellement une plainte réclamant justice. Mais les médias et les firmes qui emploient des hommes ainsi mis au pilori, en ont tiré des conséquences afin de protéger leur propre réputation. La dénonciation a valu répression immédiate, mais ce ne sont pas les femmes plaignantes qui en sont responsables : ce sont les médias amplificateurs et les firmes soucieuses de leur réputation qui portent la responsabilité de leur décision. Dans ce cadre, les droits légitimes de la défense (être entendu, pouvoir faire valoir des soupçons contre les plaintes…) sont peu appliqués. ils l’ont été pour le Ministre Darmanin, par exemple. Il paraissent moins appliqués aux USA, le « puritanisme » y étant un principe en vigueur dans l’opinion.

Mais ce mouvement de dénonciation collective de toute violence sexuelle me parait très important. C’est un mouvement de masse qui rend visible sur la place publique un ensemble de phénomènes connus mais rendus invisibles par la tolérance masculine. Le retournement de la preuve est essentiel : le phénomène de la violence sexuelle doit être considéré comme l’évidence naturelle, c’est le contraire qui doit être prouvé. Andréa Dworkin affirme (dans le dernier recueil publié en français) que les combats à mener  sur le terrain de la domination masculine sont ceux contre la violence sexuelle, la violence brutale intra-familiale, la prostitution, la pédophilie et la pornographie.

Vouloir amoindrir ce combat en le regardant comme une forme de puritanisme, mené par des féministes à l’agenda caché, c’est une démarche qui renforce le déni masculin. Je cite :

Le procureur de la République de Paris, François Molins, a salué dimanche la libération de la parole des victimes d’abus sexuels dans le sillage de l’affaire Weinstein mais il a mis en garde contre les dangers d’un « tribunal médiatique ». « Si cette chape de plomb cède enfin, c’est très bien. Mais il ne faudrait pas que ‘rumeur vaille  condamnation’. (…) Il existe un droit absolu à l’information mais il ne saurait y avoir de tribunal médiatique », affirme le procureur dans un entretien au Parisien. Le procureur rapporte également que le nombre de plaintes pour harcèlement et agression sexuelle a augmenté de 20% à 30% à Paris à l’automne à la suite de la campagne #balancetonporc, avec un pic de 154 plaintes pour le seul mois d’octobre. « Mais cet effet est en train de retomber pour revenir à la situation antérieure, soit entre 80 et 120 plaintes par mois. Quant aux viols, les chiffres sont restés stables avec environ 700 plaintes annuelles », ajoute-t-il. Dans ce domaine, il souligne que des mesures ont été prises pour mieux accompagner les personnes désirant porter plainte. « Une victime de viol qui se rend désormais à l’hôpital avant d’avoir porté plainte sera tout de suite examinée. Et au nouveau tribunal (qui ouvrira à Paris en avril, ndlr), un dispositif permettra à celles dont l’état le nécessite une prise en charge immédiate sur le plan psychologique ou social », détaille François Molins.

Dans cet entretien, il se dit par ailleurs favorable à ce que soit fixé à 13 ans l’âge minimum du consentement à un acte sexuel, qui doit être tranché par un futur projet de loi. « Il y aurait ainsi une cohérence avec l’ordonnance de 1945 sur la protection des mineurs: 13 ans, c’est l’âge à partir duquel on est accessible à des sanctions pénales. Ce serait le seuil du discernement, en quelque sorte », fait valoir M. Molins. En novembre, le président Emmanuel Macron s’est prononcé à titre personnel pour 15 ans. Un projet de loi avait été annoncé après la polémique créée par le cas d’un homme de 28 ans poursuivi en justice pour « atteinte sexuelle » et non pour viol, car sa victime de 11 ans était considéré comme consentante.Un rapport d’information de l’Assemblée nationale présenté jeudi propose notamment que tout acte sexuel commis par un majeur sur un mineur de moins de 13 ans soit considéré comme « une agression sexuelle aggravée et, en cas de pénétration, un viol ».

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Masculin, supérieur et prédateur

« Masculinité : ce qui accompagne le penchant de l’homme à s’approprier tout ce qui annonce de la grandeur, de la force, de la supériorité. » Voilà ce que chacun pouvait lire en 1861, quelques années avant la parution du [premier] Littré et du [premier] Larousse, dans la neuvième édition du Bescherelle, Dictionnaire universel de la langue Française. L’auteur de cette rubrique [dans ce dictionnaire] assure s’appuyer sur les grammairiens, pour lesquels « le masculin est plus noble » que le féminin. Mais il ne s’en tient pas à la grandeur, la supériorité, la noblesse. Quand il en vient à définir la « virilité », (…), il y ajoute la vigueur, la fermeté. » (Alexis Corbin, Préface, in Hommes et masculinités de 1789 à nos jours, Contributions à l’histoire du genre et de la sexualité, Autrement, n°132, 2007.)

Je suis frappé de l’actualité de cette définition d’un mot qu’on ne croyait ni si ancien, ni si chargé de pertinence.

Passons sur ces aspects liés aux « valeurs » : grandeur, supériorité, force, noblesse, vigueur, fermeté. Autant d’illusions pour étourdir les hommes et les tenter comme on tente l’âne avec une carotte. Les masculinistes et militaristes se rengorgent de ces valeurs. Ce ne sont pas des valeurs éthiques, mais des valeurs sonnantes et trébuchantes sur le marché du pouvoir, rien de plus.

Le mot marquant est la « supériorité » qui définit immédiatement une hiérarchie entre « nous, les hommes masculins » et ceux et celles qui ne méritent pas cette marque.

Mais deux mots définissent cet marque : le penchant et l’appropriation.

Il y a un penchant dans la masculinité : un désir, une tendance, une motivation et un but qui est la supériorité. C’est un penchant de l’homme que la masculinité « accompagne ».

Et ce penchant est une action : le penchant à s’approprier tout ce qui annonce de la supériorité. L’homme est donc un prédateur. Il s’approprie, il capte et accumule tout ce qui annonce de la supériorité. Ce n’est pas un simple collectionneur ou un gourmand, un goulu : il a une tendance sélective à capter ce qui le valorise socialement.

Au temps des chevaliers (1000-1300), le combat et la victoire des armes au profit du seigneur apportait cette grandeur, valorisée socialement dans la noblesse aristocratique. Plus tard, le Roi sera légitime dans son état centralisateur en étant victorieux à la tête des bandes fournies par les vassaux : c’est avant tout un grand sportif exercé, jouissant d’une force peu commune. Il ne craindra pas non plus de soudoyer (salarier) des mercenaires, suisses ou autres : hommes qui font profession de violence militaire, mais aussi de brigandage hivernal en bandes, quand les campagnes de conquête sont interrompues.

Avec la modernité, c’est la propriété privée et l’argent capitalisé qui seront des marques distinctives de la supériorité.

Dans tout cela, la prédation est le (mal)propre de l’homme. Capter des fiefs du voisin, des terres étrangères qu’on colonise ou qu’on razzie et des marchés concurrents qu’on monopolise, les tenir en domination et en sujétion, voilà les indices de la supériorité qui fait le propre du masculin. La prédation, c’est aussi s’approprier ce qui revient à la communauté et rompre ses liens sociaux de solidarité. Parfois la prédation est atténuée  à la marge par l’aumône, la charité, le mécénat…

Ce penchant à la prédation n’a jamais été plus sauvage qu’aujourd’hui. On dit des singes qu’ils se jaugent avec des bagarres et des rodomontades, mais pas en se tuant. Les lois de la guerre étaient prégnantes jadis : on se battait le jour, mais ni la nuit, ni l’hiver. Et de plus, la « paix de Dieu » conclue au XIe siècle ajouta : pas dans les enceintes religieuses, et pas les dimanches et fêtes. Il y a moins de bandits que jadis, mais nos guerres et nos dictatures sont plus meurtrières que jamais. Bref, la solidarité institutionnelle de tous envers tous est en recul, tandis que la solidarité populaire se maintient (caisses de grève, accueil des migrants, etc.)

En démocratie, nous voyons les hommes politiques chercher la détention du pouvoir et la supériorité politique. Pourtant, malgré le pouvoir qu’ils ont sur les moyens de l’état et sur la capacité à faire des lois, ils n’ont pas la puissance que procure l’argent et la propriété.

Supériorité et possession s’étendent aux êtres inférieurs que sont les femmes, les enfants, les animaux. Dans la violence sexuelle ou la violence brutale sur les femmes et les enfants, il y a le même penchant à valoriser sa supériorité (autant qu’à jouir de son droit de possession). Dans l’érotisme masculin, la jouissance est le plus souvent conjointe avec la possession, la domination. La pornographie amplifie le penchant à la possession et à la supériorité.

Mais la prédation et la hiérarchie, le penchant à la supériorité influe également les relations entre les hommes, et souvent dans un climat de violence.

Il y a, dans le modèle masculin qui s’impose à nous, des penchants qui n’ont rien à voir avec l’égalité et la solidarité entre égaux. Si on ne déconstruit pas ce modèle masculin, on n’aura jamais qu’une égalité tolérée, précaire, sans valeur.

La question de l’écriture inclusive, s’opposant à l’idée que « le masculin l’emporte », ne menace qu’un aspect de ce déséquilibre. C’est ainsi qu’à vouloir manifester une égalité et une visibilité égale des femmes et des hommes, but légitime, on ne s’attaque pas au modèle prégnant. Et celui-ci résiste par tant de moyens et de canaux.

Ne faut-il pas plutôt, sans changer la graphie qui mettrait la langue française en « péril », imposer pour un temps la règle « le féminin l’emporte », pour assurer un vrai renversement de la supériorité ?

Car il faut abattre les murs de la masculinité prédatrice.

 

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Le partage des taches ménagères, c’est bon pour la jouissance sexuelle

C’est le New York Times qui l’écrit, en enquêtant… sur les anciens pays du bloc soviétique, à l’occasion des 100 ans de la révolution d’octobre 1917, et en découvrant que ces pays socialistes se sont bien plus impliqués dans la condition féminine et dans le bien-être des femmes :

« Dès 1952, les sexologues tchécoslovaques ont commencé à faire des recherches sur l’orgasme féminin et, en 1961, ils ont tenu des conférences exclusivement consacrée au sujet », a déclaré Katerina Liskova, professeur à l’Université Masaryk en République tchèque. « Ils se sont concentrés sur l’importance de l’égalité entre les hommes et les femmes en tant que composante essentielle du plaisir féminin. Certains ont même soutenu que les hommes doivent partager les tâches ménagères et l’éducation des enfants, sinon il n’y aurait pas de bonnes relations sexuelles.

Agnieszka Koscianska, professeur agrégé d’anthropologie à l’Université de Varsovie, m’a dit que les sexologues polonais d’avant 1989 ne «limitaient pas le sexe aux expériences corporelles et soulignaient l’importance des contextes sociaux et culturels pour le plaisir sexuel». C’était la réponse du socialisme d’Etat À l’équilibre travail-vie personnelle: « Même la meilleure stimulation, ont-ils soutenu, ne contribuera pas à faire du plaisir si une femme est stressée ou surmenée, s’inquiétée de son avenir et de sa stabilité financière ».

Il s’agit d’un article du NYT du mois d’aout 2017, un essai de la série Red Century (Siècle Rouge), sur l’histoire et l’héritage du communisme 100 ans après la Révolution russe.

Kristen R. Ghodsee, professeur d’études russes et d’Europe de l’Est à l’Université de Pennsylvanie, auteur de nombreux ouvrages sur le communisme européen et ses conséquences, a voulu enquêter sur cette affirmation d’une enquête publiée en Allemagne peu après la réunification et qui constatait que les femmes de l’Est vivaient quatre fois plus d’orgasme que les femmes de l’Ouest !

Il a paru sur le blog Histoire et Société, ici, sur une traduction de Danielle Bleitrach.

Je n’en cite qu’un bref extrait qui… devrait interpeller les hommes.

Dans un premier temps, leur faire penser au fameux « le vais aider ma femme » (sic : voir le document « je n’aide pas ma femme »).

Les faire réfléchir ensuite à ce fait que la « charge mentale » de l’organisation des taches ménagères peut vous épuiser, vous vider les neurones, ne pas vous laisser le temps de la rêverie et du fantasme. Donc, partager les tâches ménagères, c’est surtout viser à partager la charge mentale que demande la gestion d’une tache, de sa conception à sa mise en exécution et à toutes les taches annexes.

Mais il y a un troisième stade, plus étonnant. Les hommes devraient se demander ce qu’ils font de la « charge mentale » qui les occupe à « être un homme » aux yeux des autres hommes, à se rassurer d’être un vrai homme, à vivre avec cet incertitude, et le stress de cette inquiétude et de cette compétition et de ce jeu de rôle en face du groupe des autres hommes. On peut se demander si ce stress n’a pas une influence sur leur capacité relationnelle durant l’activité sexuelle, si cela n’a pas une influence sur leur érotisme ‘conquérant’ ou ‘sportif’ plus que partagé, etc. Et donc sur une jouissance amoindrie. Le thème est vaste ! Je ne fais que poser la question et lancer l’interpellation…

Par ailleurs, je me souviens d’avoir lu que dans la Russie soviétique, les crèches étaient conçues comme des maisons d’enfants, au profit de l’autonomie de la femme : elle pouvait décider de ne pas reprendre ses enfants un jour, du fait de réunions militantes en soirée, ou autres actions sociales, sans qu’il y ait culpabilisation ; l’éducation collective allait de pair (sans compétition) avec l’éducation maternelle. Une manière de faire bien oubliée aujourd’hui.

 

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Un peu de féminisme, tant que cela ne nous empêche pas de dormir…

(Cet article, d’abord destiné au Blog de Paul Jorion, a été accueilli sur le blog de Didier Epstajn Entre les lignes entre les mots. Je le reprends ici pour permettre les commentaires éventuels).

Longtemps, le féminisme, auquel j’étais favorable depuis les années ’70, n’avait induit aucun changement dans ma vie, dans mon comportement. Rien de ma vie d’homme n’avait été mis en cause.

C’est étonnant, quand on y pense, cette tranquillité. Les femmes ont accédé à la pilule et à la contraception. C’est très bien, mais c’est elles que cela regarde. Les femmes ont accédé à l’avortement légal. C’est très bien, ce sont des mortes en moins, mais c’est elles que cela regarde. Les femmes ont acquis la liberté d’avoir un compte en banque, une activité économique (donc risquée), un héritage, sans l’autorisation du mari. C’est très bien, mais c’est elles que cela regarde. Elles ont acquis la liberté de travailler (hum…« les femmes ont toujours travaillé », dit tel livre de 2002: disons alors plus exactement que c’est le statut de femme au foyer qui a perdu sa valeur d’idéal), c’est très bien, mais c’est elles que cela regarde. Et de même des avancées antérieures, le vote, l’accès à des professions, à des études, … : rien n’a changé pour nous, les hommes.

Les femmes pourraient perdre ces acquis (contestation du droit à l’avortement, perte de l’accès à la pilule, etc…) ou en gagner d’autres (rattrapage salarial, résultats électoraux proches de la parité), rien ne changerait pour nous, les hommes.

Des esprits chagrins diront que notre situation masculine a été modifiée à la marge : dilution du vote masculin par l’élargissement de l’assiette électorale, perte de contrôle sur la fécondité féminine, perte de pouvoir de contrôle marital, affirmation d’une autonomie partielle des femmes, féminisation grandissante de certaines professions. Mais c’étaient des détails de l’histoire, tandis que la consommation, la décolonisation, la défense de l’environnement nous accaparaient l’esprit. Aujourd’hui encore, les sujets préférables ne manquent pas.

Donc, malgré les années ’70, les hommes pouvaient dormir tranquille. On partageait avec elles davantage d’idées sur la sexualité, on parlait soudain sereinement de soucis de de protections périodiques (qui bouchent les cabinets…), de stérilet ou de pilule oubliée (et moins de sa température ou son calendrier cycliques). On se sentait plus proche. On pouvait même trouver sympa quelques luttes de femmes, comme celle des ouvrières de la FN Herstal qui avaient remué jusqu’à toute l’Europe autour du ‘A travail égal, salaire égal’ par leur grève autonome de 17 semaines, déjà en 1963.

Dormir tranquille, ou presque. On avait quelques inquiétudes. Elles se plaignaient du partage des taches ménagères, mais les progrès de l’électroménager puis les cuisines équipées permettaient de masquer le déséquilibre. Elles évoquaient soudain le divorce « plus souvent qu’à leur tour » : on se sentait obligé de prendre de bonnes résolutions pour quelques mois, ou d’accentuer l’ambiance faite d’humour et de détente passagère. Ou de faire le gros dos ou de rebondir, seul.

Au fond, le féminisme c’était un bruit, parfois un peu encombrant, souvent un bas bruit. Et cela ne nous empêchait pas de dormir. Il y a avait eu le come back de Simone de Beauvoir (Le 2e sexe), Germaine Greer (La femme eunuque), Kate Millet (La politique du mâle). On n’avait pas lu. De Christiane Rochefort, on avait lu son roman, Le repos du guerrier, mais on pouvait ignorer ce texte où elle annonçait en 1971 :

« Il y a un moment où il faut sortir les couteaux. C’est juste un fait. Purement technique. Il est hors de question que l’oppresseur aille comprendre de lui-même qu’il opprime, puisque ça ne le fait pas souffrir : mettez vous à sa place. Ce n’est pas son chemin. Le lui expliquer est sans utilité. L’oppresseur n’entend pas ce que dit son opprimé comme langage mais comme un bruit. » (in Défense de l’opprimé, en introduction au Scum Manifesto de Victoria Solanas).

C’est aujourd’hui un texte culte. Il y avait eu les Journées des femmes, le Petit livre rouge des femmes, les Maisons des femmes, les Mouvements de libération des femmes, les déclarations des femmes. Mais nous n’étions pas concernés, pas bousculés. Puis le mouvement s’est étiolé, on a plutôt parlé des gays et des lesbiennes. On a pu considérer que l’égalité hommes/femmes était acquise pour l’essentiel, ou en bonne voie de l’être. Ce n’était plus un enjeu. D’ailleurs on était favorable. Que la différence salariale soit réduite à l’égalité, pourquoi pas ?

Voulant, quarante ans après, savoir mieux ce qu’il en était du féminisme, j’ai pris deux coups qui m’ont réveillé : « patriarcat » ou « domination masculine » et « violences faites aux femmes ». Et cela notamment par le blog de la féministe « Crêpe Georgette » qui pilotait avec une rigueur exigeante (elle ne laissait passer aucune pleurnicherie masculine) un forum de discussion faisant suite à ses articles provocateurs ; aujourd’hui, elle agit plutôt sur Tweeter. Bien sûr, vous connaissez ces thématiques dans l’air du temps. Vous pouvez encore dormir tranquille ?

Alors le patriarcat. Trois grosses voies d’interprétation :

  • le pouvoir en général, tel qu’il est désigné ainsi notamment par les anarchistes, allant des patriarches de l’antiquité aux dirigeants capitalistes ou communistes (où l’on apprend assez vite que les anarchistes, estimant qu’ils sont anti-patriarcaux et donc féministes par nature, se sont révélés très sourds et sournois pour combattre les violences sexistes dans leur mouvement) ;
  • le machisme exercé par chaque homme dans sa vie personnelle, dans son ménage, traînant des conceptions qui s’identifient peu ou prou au pater familias romain, dont on nous dit qu’il a droit de vie et de mort sur tous ceux de sa maison ; et chaque homme de proclamer : oui, mais non, ce n’est pas mon cas…
  • le système de domination masculine, tel qu’il transcende les époques et structure pour l’essentiel toutes les sociétés humaines (ou presque), tel une sorte de coutume non écrite et transmise par les pères, les mères et les institutions. Une culture, un habitus, venu du fond des âges et non pensé ? Une domination que nous reproduisons chaque jour, consciemment ou non.

On consulte (à nouveau) La Domination masculine de Pierre Bourdieu (1975), qu’on trouve un peu tordu, avant de découvrir qu’il est très décrié par les féministes, et notamment pour son silence absolu sur tout ce que la deuxième vague du féminisme avait pu lui apporter comme base de réflexion… On prend vaguement conscience que les discriminations qui frappent les femmes font système, et sont inscrites dans nos cultures depuis avant l’antiquité. Et qu’on peut les vivre comme confortables dans ce monde de brutes, si on est du bon côté…

Mais aussi les violences faites aux femmes. Autrement dit, sans l’euphémisation des ‘violences conjugales’ ou de la ‘drague maladroite », les violences masculines sur les femmes. On tombe assez vite sur les statistiques plutôt effroyables de viol, d’assassinat et, dénonciation plus récemment mis en évidence, de harcèlement. Statistiques de harcèlement mieux connues aujourd’hui, et c’est notamment un effet des réseaux sociaux (souvenez-vous de ces deux vidéos de femme harcelée à Bruxelles et à New York), mais elles sont établies et diffusées depuis 40 ans au moins. Elles étaient subies avec fatalisme et silence par les femmes, ou plutôt avec le fatalisme et le silence imposé par les hommes.

Si on veut bien laisser venir à la conscience ces deux données, patriarcat et violences masculines sur les femmes, sans entendre les cris de déni spontané qui nous obnubilent, on sent la honte et la colère vous envahir. On n’a sans doute pas à porter soi-même la responsabilité de cette domination violente, mais on ne peut pas non plus s’en décharger : notre inertie, notre irresponsabilité, notre volonté de ne pas voir et ne pas entendre, notre solidarité spontanée avec les hommes, comment l’expliquer, comment la justifier ? Comment, sinon par un mépris des femmes, identique au mépris des faibles et des opprimés, qu’affichent les oppresseurs ? Dans les faits, notre domination quotidienne prescrits nos faits et gestes.

Mais arrêtons là. Il faudrait encore parler de la prostitution et de la pornographie, comme violence masculine faite aux femmes, mais arrêtons là. Il faudrait encore parler de prise en charge des tâches ménagères, et de la ‘charge mentale’ que cette responsabilité entraîne. Écoutons plutôt en nous ces cris de déni masculin spontané, de protection de la virilité, cette haute valeur que l’humanité toute entière nous envie. Le déni masculin passe par diverses opérations rationnelles, qui sont celles de la symétrie (il y a aussi des violences féminines, donc…), du clivage (seuls certains hommes sont concernés, par défaut de maîtrise de soi virile), et de l’inversion des intentions (elle l’a un peu cherché, elle est un peu sorcière, elle a été provocante, elles attendent qu’on les force un peu…). Le déni se retrouve ensuite dans l’euphémisation des médias. Ce déni a encore été peu exploré en tant que tel, en tant que logique masculine cohérente. Mais il a été abondamment décrit par les femmes.

Car il y a de nombreux livres importants, écrits par des femmes, qui parlent de la domination masculine d’un point de vue radicalement féministe. Les auteurs à approche douce sont plus connues (Benoite Groult, par exemple), mais les écrits de Paola Tabet, Colette Guillaumin, Christine Delphy, Nicole-Claude Mathieu, Michelle LeDoeuf et Monique Wittig sont d’habitude largement ignorés dans les échanges masculins. Et il faudrait citer aussi dans cette liste de femmes Andréa Dworkin (une anthologie vient de paraître). Il y a encore quelques rares livres de même orientation écrits par des hommes, notamment Léo Thiers-Vidal (un belge flamand qui vivait en France) et John Stoltenberg. Tous livres peu connus, peu cités dans les médias, souvent traduits par des militantes.s.

Pourtant ce travail de déconstruction du masculin nous concerne et reste à faire. Tant qu’il ne sera pas devenu un savoir critique partagé, notre conscience des faits sera ensevelie rapidement sous de nouveaux dénis. Et un nouveau sommeil de la conscience. Arrêtons là, n’allons pas jusqu’à nous troubler notre sommeil.

Chester Denis

Post-scriptum 1 – Cet article fut d’abord écrit pour réagir à cette remarque « d’humeur » affichée par Paul Jorion sur son blog le 25 novembre dernier, qui disait : « S’il faut se réjouir sans réserves de toutes les mesures pouvant aller à l’encontre des violences conjugales [annoncées la veille par E. Macron], souvenons-nous toutefois du rôle qu’y jouent toutes les inégalités – et pas seulement celles entre hommes et femmes – parce que la cause première des violences conjugales – cela, nul ne l’ignore – c’est l’argent qui manque dans les ménages. Pour faire disparaître les violences conjugales : gratuité pour l’indispensable ! ». Cela m’avait paru une manière légère de botter en touche, ou de détourner les regards (tout en y insérant son combat pour la gratuité).

Paul Jorion a développé pour le journal Le Monde une position plus complète, ce 11 janvier 2018, en réaction à la fameuse Tribune du Monde portée aussi par Catherine Deneuve. J’y note sa volonté de distinguer ce qui relève d’un abus de domination, et ce qui relève d’une surcharge culturelle des différences de rôle : « Chez les autres mammifères, la différence de ces comportements en fonction du sexe connaît très peu de variété. Dans le genre humain, les différentes cultures ont introduit, à partir de la différence biologique, une variété considérable dans les comportements recommandés et prescrits. De manière générale, les cultures ont exagéré la différence exigée dans les comportements à partir du donné de la différence biologique » et il conclut, sur un ton ‘tranquille’, pour ne pas dire plus : « Il est navrant de voir aujourd’hui en France des femmes mues par un sentiment légitime d’indignation identique devant l’abus, s’entre-déchirer, faute pour elles de distinguer les exagérations culturelles des implications de la différence des sexes, et l’abus de pouvoir dans la gratification sexuelle. » . L’analyse me paraît toujours trop courte. Selon ce que j’ai lu de Pascal Picq, les organisations sociales des genres sont chez les grands singes très variables, tandis que l’humanité connaît une domination masculine plus prégnante, même si elle a varié dans l’histoire. Et il me paraît toujours nécessaire de ne plus dormir tranquille, de faire un travail sur notre masculinité et notre identité culturelle, afin de mettre en cause notre domination dans son affirmation concrète.

Post-scriptum 2 : j’ai choisi de décrire une démarche selon mon ressenti, et de faire prendre conscience d’un « manque à savoir », sans volonté de convaincre mais essayant de déjouer ainsi les résistances. Je sais déjà qu’elles seront nombreuses. Je ne suis donc pas entré dans le « contenu » de ces analyses.

Pour aller plus loin :

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Les médias adaptent leur déni

« Un trentenaire tue son ex-compagne et ses enfants avant de se suicider à Molenbeek » (titre Le Soir – Bruxelles)

« Un drame familial fait cinq morts: qu’est-ce qui pousse un homme à tuer ses proches avant de se suicider? » (titre de La Libre- Bruxelles)

La différence de titrage est nette : « Un trentenaire tue » est plus explicite que « un drame familial fait cinq morts ». On peut donc estimer que l’affaire des violences masculines  qui est mise en évidence depuis quatre mois amène les journaux à refréner leur euphémisation.

Mais paradoxalement, le texte de l’article du Soir, mieux titré, est d’une prudence tout aussi euphémisante : « Les corps sans vie d’une femme et de ses trois enfants ont été découverts lundi à Dworp, dans le Brabant flamand. Il s’agit de l’ex-compagne et des enfants d’un homme âgé de 39 ans qui s’est suicidé lundi matin à Molenbeek-Saint-Jean. Plusieurs éléments laissent penser que l’homme a d’abord tué son ex et ses enfants avant d’attenter à ses jours, indique lundi le parquet de Bruxelles. » Bref, il est prématuré de parler de crime, même si le titre est plus direct.

La Libre est plus explicite dans le bref texte accessible de son article, mais le transfère immédiatement en question sociale à soumettre à des experts, plutôt qu’en crime : « Un trentenaire a tué son ex-compagne et leurs trois enfants à Dworp puis s’est jeté dans le vide, à Molenbeek. Les psychologues se sont abondamment penchés sur les cas d’hommes qui tuent leur (ex-) femme et leurs enfants avant de se suicider. Parfois, ces hommes choisissent de ne tuer que les enfants. Leur message à l’égard de leur conjoint est plus moins le suivant, disent les experts : […]

Mettre l’accent sur un message contenu dans le crime, c’est déjà l’expliquer, sinon l’excuser. Or la conjointe est ici assassinée, de sorte que le message est peu réaliste !

Vous l’aurez compris, le seul titre significatif est « Quatre meurtres et un suicide » (en plus c’est un titre aussi vendeur que les autres ci-dessus).

Restons en là, et prenons nos responsabilités. Un crime passionnel, émotionnel, sentimental est-il à excuser, ou du moins à comprendre ? La perte et la douleur est la même pour les parents et amis de l’épouse défunte. Oui mais : il s’agit d’un crime où la douleur sentimentale explique plus le motif que le pur intérêt matériel ?

Encore une fois, les faits sont les mêmes et leurs conséquences identiques, et il faut nommer les actes, avant de les analyser. La tradition est que les femmes tuent bien moins fréquemment leur époux et leurs enfants, même si cela arrive ; or l’euphémisation profite bien plus aux hommes, tandis que l’horreur du crime est davantage soulignée chez les femmes, pour s’en étonner davantage.

Car la problématisation des « drames familiaux » fonctionne ainsi :

  • ces meurtres ne peuvent être regardés comme tels, ce sont des affaires familiales qui échappent au degré de gravité des crimes et il faut les dénommer autrement ;
  • c’est traditionnel (et donc quasi « naturel ») que les hommes tuent les enfants et souvent leurs femmes : pourquoi ?
  • c’est si rare (et donc « anti-naturel ») que les femmes tuent enfants ou mari : pourquoi ?

Bien sur, les rédactions journalistiques sont (étaient ?) un monde d’hommes, et le lectorat des journaux est d’abord un monde d’hommes (pour une grande partie). Le sexisme est donc une attitude spontanée.

Et cette attitude spontanée est pourtant obsolète. Le changement est en marche… mais il y a encore du boulot.

 

 

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Importuner, bousculer, harceler ? Non merci, sans façon

Dans une fameuse « tribune » parue dans les médias, une centaine de femmes ont plaidé pour le droit (des hommes) à importuner, à bousculer, à frotter dans le métro, à draguer comme un malotru. Non, j’ai dû mal lire : comme un maladroit.

Attention, leur plaidoyer ne parlait que très peu des hommes. Il attaquait surtout les féministes et se souciait surtout des œuvres d’art… Comment, vous aussi n’avez pas bien lu ? Relisons :

La vague purificatoire ne semble connaître aucune limite. Là, on censure un nu d’Egon Schiele sur une affiche ; ici, on appelle au retrait d’un tableau de Balthus d’un musée au motif qu’il serait une apologie de la pédophilie ; dans la confusion de l’homme et de l’œuvre, on demande l’interdiction de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque et on obtient le report de celle consacrée à Jean-Claude Brisseau. Une universitaire juge le film Blow-Up, de Michelangelo Antonioni, « misogyne » et « inacceptable ». A la lumière de ce révisionnisme, John Ford (La Prisonnière du désert) et même Nicolas Poussin (L’Enlèvement des Sabines) n’en mènent pas large.

C’est donc que, dans le mouvement #MeToo et #Balance ton porc, il y a un complot révisionniste, un agenda caché. Ne parlons pas des pauvrettes qui ont spontanément « pris la parole », c’est une anecdote ; mais parlons de « la campagne ». De fait, de fait, c’est autre chose :

De fait, #metoo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels. Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque. Cette fièvre à envoyer les « porcs » à l’abattoir, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment, au nom d’une conception substantielle du bien et de la morale victorienne qui va avec, que les femmes sont des êtres « à part », des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées.

Voilà donc dévoilée une campagne organisée pour envoyer à l’abattoir des victimes en les mettant « exactement » sur le même pied que des agresseurs sexuels, prétextant des … torts qui n’en sont pas vraiment. Et tout cela pour quoi ? Servir les ennemis de la liberté sexuelle. Évidemment ce texte est un geste de dénonciation de cet ennemi qui a organisé cette campagne de puritanisme, de révisionnisme, de répression des mœurs et des opinions, le féminisme haineux et sans limites :

En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité.

Restons en là (on pourrait insister avec d’autres extraits…)

(Pour une autre analyse approfondie, je recommande l’article sur le blog d’Anne-Lise et le genre (ici).

D’où vient cette démarche ?

Il y a dans cette démarche un fameux culot. Si on oublie un bémol de « précaution oratoire » au début et un autre à la fin, évoquant brièvement violences « sexuelles » et « abus de pouvoir », le but est bien de semer la discorde entre femmes avant tout. Et cela aura connu le succès durant quelques jours. Succès bien orchestré par le journal qui l’a publié, et qui l’a justifié par son « médiateur » (sic). La signataire de dernière minute a été mise en avant : Catherine Deneuve. Mais ce n’est pas elle qui a initié la démarche. Elle a servi de paravent médiatique aux auteures (énoncées en fin d’article).

D’où vient l’initiative ? Peggy Sastre en a donné l’explication pour Le Soir Magazine du 10 mars (c’est moi qui souligne) :

Comment est née cette tribune publiée dans Le Monde ? « D’une coïncidence. J’étais en train de me rendre malade, physiquement, à cause du « retour » – je mets des guillemets car il n’est jamais parti très loin – de l’ordre moral consécutif à l’hystérie collective provoquée par #metoo, quand j’ai entendu Catherine Millet, à la radio, s’exprimer sur les excès de « balance ton porc » en lien avec son livre sur D.H. Lawrence. J’ai ressenti comme une énorme bouffée d’oxygène. Le sentiment de n’être pas ou plus seule, alors qu’en général, ce n’est vraiment pas quelque chose qui me dérange, au contraire. Je l’ai contactée pour que nous la rencontrions avec Abnousse Shalmani que je savais souffrir du même « syndrome d’étouffement » avec dans l’idée d’écrire ce genre de texte. Au même moment, elle était aussi approchée par Sarah Chiche, mon ancienne éditrice et depuis devenue une amie. Nous avons immédiatement décidé de nous réunir et de solliciter une cinquième camarade, Catherine Robbe-Grillet, à qui je dois formellement la naissance de mon premier livre individuel. »

Donc cinq femmes sont les auteures de ce texte, et elles ont cherché ensuite des approbations d’autres signataires durant un gros week-end. Cinq auteures, dont trois au moins ont vis-à-vis du féminisme un profil qui pose question : elles ont une attitude pour le moins provocatrice… (selon wikipedia) :

  • Peggy Sastre, philosophe, journaliste et écrivain, a écrit un premier livre individuel : « Ex utero, pour en finir avec le féminisme » en 2009 et aussi en 2015 « La domination masculine n’existe pas ».
  • Catherine Millet est directrice de la Revue ArtPress, qu’elle a fondée en 1971. Elle a publié des livres sur l’art contemporain, mais aussi des récits autobiographiques, dont celui sur sa « Vie sexuelle » est mondialement connu, nous dit-on.
  • Catherine Robbe-Grillet est une femme de lettres, actrice française, et une maîtresse de cérémonie sadomasochiste. Son œuvre traite de BDSM.
  • Abnousse Shalmani est une journaliste française, d’origine iranienne, qui a notamment expliqué en 2017 au journal Marianne « Pourquoi je ne suis plus féministe ». Elle s’oppose notamment aux féministes islamistes en tant qu’elles défendent le port du voile.
  • Sarah Chiche est psychanalyste et écrivain.

Autant dire que l’agenda caché et la campagne sont plus évidentes à lire dans le profil de quatre auteurs sur cinq que dans le mouvement qui les importune !

(Pour aller plus loin, je recommande l’interview d’Eric Fassin sur FranceInfo (ici).

Et nous les hommes ?

Et nous, les hommes, voulons-nous harceler ? Harceler, c’est le mot. Car c’est la définition d’un importun : un être « qui vous dérange avec assiduité ». Voulons-nous bousculer ? Prendre un baiser volé ? Frotter dans le métro ? « Exhiber » (vocabulaire issu d’une manie perverse) des images pornographiques non souhaitées ?

Non merci, sans façon. Et cela, quelque soit notre manière de draguer, pour une raison principale : la domination masculine. Les hommes ont la liberté, ils peuvent se croire tout permis, ils peuvent utiliser la surprise, la force, la peur et le pouvoir. Et la plupart du temps, (jusqu’il y a peu), ils n’ont rien à craindre. Ils peuvent mépriser et vouloir baiser les femmes, leur faire sentir qu’elles ne sont qu’objet de sexe (le sexage, selon Catherine Guillaumin). Et les exploiter (taches ménagères) et les obliger à se reproduire et les tenir dans l’inégalité.

Beaucoup d’entre nous ne sommes pas demandeurs de pouvoir harceler. Nous avons l’intention et l’engagement de respecter les femmes. Respecter leur autonomie et leur liberté. Nous en faisons l’effort. Mais nous ne protestons pas devant la situation de domination masculine, devant les agressions, l’usage de la prostitution. Nous restons incrédules ; nous oublions les faits. Nous restons solidaires des autres hommes et profitons,même à regret, de nos privilèges injustes.

C’est tout cela qui est nié, qui est tu, qui est passé sous silence dans ce texte. Ces cinq femmes se trouvent bien dans le contexte de domination masculine, parce qu’elles sont elles-même arrivées à un certain degré de force et de pouvoir. Elles aussi peuvent traiter par le mépris les militantes féministes, et finalement toutes ces femmes anonymes qui ont ressenti soudain le besoin de dire « Moi aussi », de s’affirmer ainsi et de n’avoir plus peur. De ce que j’ai pu lire, celles qui ont pris la parole peuvent maintenant plus facilement partager entre elles des évènements mal vécus qui les rongaient en leur for intérieur jusqu’ici.

Et la liberté sexuelle, et la solidité des femmes ?

Derrière ce texte pernicieux, visant un mauvais clivage, il y a pourtant une ou deux questions qui méritent d’être posées.

Plusieurs femmes ont dit qu’elles pouvaient relativement aisément en imposer à un importun. Il faut faire cesser la démarche importune, souvent y faire diversion et parfois y ajouter de la détermination : l’important est de ne pas montrer de la peur. Et que cela s’apprend. Au fond, les cours d’autodéfense féminine ne visent pas autre chose.

Cela vaut uniquement dans une situation où il n’y a pas abus d’autorité. Dans ce cas d’abus, si elle peut le prévoir, il vaut mieux s’abstenir. (Ou alors, sans peur, profiter consciemment de l’abus pour obtenir ce que l’on veut : elle en a la liberté ; comme de dénoncer ensuite l’abus, qui était bien réel).

En ce sens, il y a sans doute une limite à la protection permanente des femmes (c’est les amoindrir encore).

Mais a contrario il y a un travail effectif de rééducation des hommes pour gérer leur sexualité. Mêler galanterie, muflerie et violence dans un même sac de confusion (comme dans le texte) n’aide pas les femmes, et pas non plus les hommes. Ils doivent quitter leur culture du viol et leur culture de la domination genrée, sexuelle y compris. On est loin du compte. Le texte constitue une régression sur ce travail et je ne veux pas croire que ces cent signataires voulaient aller jusque là.

C’est en ce sens que les événements récents tels que les deux affaires DSK, l’affaire Baupin, la législation réprimant les clients de la prostitution, la montée du refus du harcèlement au travail, et la dénonciation des abus masculins sont le signe d’un vrai changement en cours. Un changement qui continuera. Et ce mauvais texte ne sera sans doute qu’une péripétie sans lendemain.

Mais un travail intensif d’adaptation des hommes à cette nouvelle situation est encore à faire.

Et puis, dans un mouvement de sortie de la domination masculine et du patriarcat, il faudra bien construire à nouveaux frais la relation entre hommes et femmes. « Je serai heureuse quand ma fille pourra librement sortir en rue en jupe et décolleté » a dit une maman. Cette assertion m’interpelle. Est-ce que l’impératif de la mode féminine, portée par des hommes et assénée dans les « magazines féminins » aide les femmes à se libérer ? N’est-ce pas un autre cliché qui entretient la même culture d’un échange sexuel inégal, dans le déséquilibre ? La question du vêtement est épineuse (aussi pour les hommes), clivante, et il faut éviter un puritanisme, effectivement. Mais il faut faire société dans l’équité en même temps que permettre la liberté individuelle.

Voilà des questions que, selon l’expression connue, il faut laisser ouvertes, si le temps n’est pas venu de les résoudre. Ni même de les énoncer clairement.

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Le bilan après 2017

L’année 2017 s’est révélée différente des précédentes pour ce blog. On peut en tirer quelques leçons, tout en restant modeste pour une audience qui reste minuscule.

Fréquentation

La fréquentation s’est largement accrue par rapport aux années précédentes (sept semaines seulement en 2014) :

Année                          2014            2015          2016          2017

Visiteurs                                            647          1452          3536

Pages vues                                       1601         2692          5128

On atteint ainsi 10 visiteurs par jour à peu près. Pour autant, le nombre de pages vues par visiteur s’est encore réduit (de 1,6 à 1,3 page par visite). C’est surtout depuis le mois de mai que la fréquentation atteint ce niveau. Ce qui est frappant, c’est que des articles anciens sont les plus demandés : leurs référencements trouvées sur internet ramènent sur le blog des visiteurs de manière accrue sur le long terme. Certains articles récents sont peu consultés. Ainsi le blog vit désormais indépendamment de la parution de nouveaux articles.

Articles les plus lus

Les deux articles les plus lus sont des textes repris d’autres sites ! Il s’agit du texte d’un auteur anonyme « Ne dites pas ‘j’aide ma femme’, mais dites… », vu 517 fois en 10 mois et du texte de Elizabeth Pickett « Comment être un allié (masculin) du féminisme », vu 255 fois cette année et 740 fois en trois années pleines.

L’article original « Face au féminisme radical, quatre positions-type chez les hommes (Léo Thiers-Vidal) » a été vu 436 fois en 11 mois, dont 224 fois en février 2017, mois de sa parution.

Bien sûr, la fréquentation de la page d’accueil, qui affiche le dernier article paru, n’est pas comptée dans ces statistiques.

Les pages thématiques (qui regroupent plusieurs articles anciens, et des articles plus récents devraient y être intégrés !) ont aussi un certain succès de lecture. C’est la page « Taches ménagères » qui est la plus regardée en 2017 (274 vues), alors que les pages « De la virilité » et « le rôle du père » restent aussi consultées (179 fois chacune contre 92 et 146 fois en 2016).

Certains articles ne connaissent que moins de 10 lecteurs. Un article qui me paraissait important et au contenu instructif n’a rencontré qu’un intérêt confidentiel : « En Australie, les étudiants harcelés : mais où sont les agresseurs hommes ? » de aout 2017, n’a connu que 16 visiteurs. Par rapport à l’information superficielle donnée dans les médias, j’avais fait un effort de lecture de l’étude originale et de commentaires analytiques. Il s’agit d’une large enquête parmi les étudiants, donc fort représentative par son nombre de répondants, et qui donne des chiffres très précis sur divers types de violences (dont le harcèlement), tant pour les femmes que les hommes, tant les homos que les trans et les hétéros, etc. L’article « Sur la souffrance des hommes » et l’article « Une leçon de genre qui nous viendrait d’Afghanistan ? (Les clandestines de Kaboul) » ainsi que plusieurs articles sur l’affaire Jacqueline Sauvage sont encore régulièrement lus.

Pays des visiteurs

C’est le changement majeur de l’année 2017 : un important contingent de lecteurs provient soudainement des États-Unis. Ceci ne me parait pas croyable, et cela fait supposer que c’est l’effet d’un réseau social (lequel ?) dont le flux provient des USA mais dont les provenances sont dispersées, ce qui a donné un changement sensible :

Année             2016          2017

France            1996          2852

Etats-Unis          83          1357

Belgique           155           210

Canada             112            165

Divers

Signalons enfin que le blog n’enregistre que 35 abonnés, dont 12 de cette année (et sans doute quelques obsolètes des premiers mois d’existence du blog). Il reçoit également un nombre très faible de commentaires.

En conclusion, une audience en progrès mais qui reste très faible. J’ai en projet pour cette année de mettre de l’ordre dans les pages thématiques (rajout des articles récents) et de produire un texte plus développé (en chapitres). Un texte qui soit représentatif des nombreuses lectures de livres et articles sur le féminisme, et des réflexions que j’en ai tirées. Et de réduire ensuite l’activité de ce blog, en fin d’année.

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