Le pape François « dénonce l’enseignement du genre aux enfants » et se déclare favorable aux privilèges !

Le contenu « entre guillemets » de ce titre, venu par Le Monde et répété par plusieurs autres médias, n’est pas faux mais n’est pas vrai. L’art du pape de parler à demi-mot est magique : il permet de fasciner et de mettre les idées dans la bouche des autres. Les médias focalisent par leurs titres le discours papal en sa caricature…

Selon le Monde, dans le compte-rendu  (ainsi nul ne peut reprocher au pape ses paroles) d’une rencontre avec des évêques de Pologne publié mardi 2 août, le pape François regrette qu’« on apprenne à l’école à des enfants – à des enfants ! – que tout le monde peut choisir son sexe ». La discussion a eu lieu mercredi 27 juillet alors que le souverain pontife commençait à Cracovie une visite de cinq jours.Selon d’autres journaux, c’est dans le cadre des « Journées mondiales de la Jeunesse » qu’il a parlé, ce qui parait donc très exagéré.

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Ainsi, le pape est convaincu qu’on apprend dans des écoles aux enfants que tout le monde peut choisir son sexe. Ah bon ! Alors que la première critique des analystes est bien qu’un « genre »est attribué à la naissance, sur base des attributs sexuels apparents à un examen superficiel. Bref, qu’en disant « c’est un garçon », on fixe à l’enfant une culture à inculquer, incorporer. Une culture, une norme, qui est tout autre chose que le sexe, et qu’on a donc appelé un « genre ». Et même plus précisément, qu’on a introduit l’enfant dans la culture globale du « Genre », qui impose une dichotomie hommes/femmes à l’humanité. Avec quasi universellement une hiérarchie d’un groupe, les masculins, sur l’autre. Et ajoutons que les grandes idéologies monothéistes sont parmi les plus acharnées à justifier, imposer et naturaliser cette culture de l’inégalité.
Donc, on ne saura pas ce que le pape a voulu dire et de quelles écoles il cause. Il n’a pas strictement dénoncé « l’enseignement du genre » et moins encore « la théorie du genre ». (Sur cette expression, voir mon article « la théorie du zéro »). Il semble insinuer qu’on change de sexe comme de soutane. Les personnes qui souffrent d’une discordance entre genre et sexe, apprécieront avec souffrance aussi ce type de discours.
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Le pape estime que « nous vivons dans un moment de destruction de l’homme en tant qu’image de Dieu ». Il critique des ouvrages fournis par des « personnes et des institutions qui donnent de l’argent », sans plus de précision. Selon lui, ces ouvrages sont à l’origine d’une « colonisation idéologique » soutenue par des « pays très influents ». Il ne mentionne pas les pays concernés. « C’est terrible », s’inquiète-t-il.

Mettez-vous bien cela dans la tête : Dieu a créé l’homme ; et il l’a créé « à son image ». Phrase de la culture hébraïque, écrite quatre siècles avant notre ère, en s’inspirant de la culture babylonienne (où les tribus juives étaient en exil), mais qui ne peut être contestée ni améliorée par des analyses modernes. Or une majorité importante de l’humanité ne peut se reconnaitre dans cette phrase ! Et les modernes estiment que l’image de « l’homme comme un dieu » est trompeuse. L’homme détruit l’environnement qui lui permet de vivre, et c’est notamment avec de telles conceptions !

Là dessus, le pape a recours à la « théorie du complot ». Pour être plus précis, le pape a recours à l’hypothèse éculée d’un complot ourdi par des ennemis. C’est tellement atavique que cela constitue une « théorie ». (Pendant un siècle, on  a accusé tout communiste sincère de recevoir de l’argent de Moscou et de Pékin). Donc, il y aurait de l’argent versé par des personnes et des institutions. En vue d’une colonisation idéologique. Soutenue par des pays très influents. Ne peut-on pas dire que le Vatican est le dernier pays pouvant se reconnaitre dans cette description ? A moins que l’Etat islamique prétendu ? Mais ce n’est pas cette idéologie qu’ils prêchent !

L’idée d’une « colonisation » n’est pas une nouveauté dans son discours. Le pape l’a déjà évoquée lors d’une tournée en Asie en 2015. Et l’an dernier, selon Ouest-France, lors de l’audience générale sur la place Saint-Pierre et devant quelque 30 000 fidèles venus du monde entier, le pape avait assuré que « la prétendue théorie du genre » semblait être « l’expression d’une frustration et d’une résignation qui vise à effacer la différence sexuelle car on ne parvient plus à l’assumer ».Pour le pape, parlant en Pologne, « les horreurs de la manipulation éducative des grandes dictatures génocidaires du XXe siècle n’ont pas disparu ; elles conservent leur actualité sous des aspects divers et avec des propositions prétendument modernes qui poussent les enfants et les jeunes à marcher sur la voie dictatoriale de la ‘pensée unique’ ». (Discours ambigu qui ne peut que plaire aux prélats d’un pays anciennement « inféodé » à l’URSS, mais qui attaque tout autre chose,  on ne saura pas quoi : la pensée unique, c’est le néo-libéralisme ?! Toute modernité ?!)

Le pape n’a pas précisé la nature de ces expérimentations éducatives mais a affirmé par ailleurs « le droit des enfants à grandir dans une famille, avec un papa et une maman capables de créer un climat favorable à leur développement et à leur croissance affective ». L’enfant doit en effet grandir en relation avec « la masculinité et la féminité d’un père et d’une mère », afin de parvenir « à une maturité affective », a-t-il ajouté. Des propos qui ne sont pas sans rappeler les débats actuels en France et en Europe, avec le « mariage pour tous » et l’enseignement de la théorie du genre à l’école. Cette « théorie de la maturité affective » ne repose sur pas grand chose de sérieux, sans quoi Freud n’aurait pas eu de travail ! Et elle est aujourd’hui contestée par des études sérieuses sur les représentations d’enfants de couple homosexuel, qui sont tout à fait équilibrées, études récemment diffusées.

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Le pape a confié avec humour qu’il était un partisan des « privilèges » dans la société… mais « pour les enfants et les personnes âgées », « parce que l’avenir d’un peuple est dans leurs mains ».

Cet humour-là ne doit pas nous faire rigoler. Le premier à profiter de très grands privilèges, c’est lui. Mais on peut entendre aussi qu’il est partisan des privilèges accordés au genre masculin. Il faut prendre cela comme une blague sexiste entre prélats, en l’absence de toute femme bien sûr. Désastreux.

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