Qui est le plus méprisant, d’Orelsan ou de son juge ?

Aux textes odieusement sexistes du rappeur Orelsan, les Juges de la Cour d’appel de Versailles ont rajouté un odieux mépris social dans une même « tolérance »… du patriarcat bien masculin et bien bourgeois.

Ainsi que nous l’apprenait le journal Le Monde, le rappeur Orelsan, de son vrai nom Aurélien Cotentin, poursuivi pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence » contre les femmes, a été relaxé jeudi 18 février par la cour d’appel de Versailles. Il était poursuivi par plusieurs associations de défense des droits des femmes, les Chiennes de garde, le Collectif féministe contre le viol, la Fédération nationale solidarité femmes, Femmes solidaires et le Mouvement français pour le planning familial, pour plusieurs chansons interprétées lors d’un concert à Paris en mai 2009 au Bataclan. Il avait été condamné en première instance.

Parmi les textes incriminés figuraient les propos suivants :

  • « Renseigne-toi sur les pansements et les poussettes, Je peux faire un enfant et te casser le nez sur un coup de tête »,
  • « J’respecte les schnecks [les filles] avec un QI en déficit, celles qui encaissent jusqu’à devenir handicapées physiques »
  • « Ferme ta gueule ou tu vas te faire marie-trintigner »

(avec une référence explicite à Marie Trintignant, morte des coups portés par son compagnon Bertrand Cantat).

Les juges de la Cour d’appel n’ont donc pas trouvé qu’un tel mépris destructeur des femmes était répréhensible. Ils ont estimé que le « rap » est « par nature un mode d’expression brutal, provocateur, vulgaire, voire violent (…)  ». On ne comprend pas bien pourquoi ce mode d’expression serait au-dessus des lois ! Car il faut une exception basée sur la création artistique : selon les juges, une condamnation « au titre des délits d’injures publiques à raison du sexe ou de la provocation à la violence, à la haine et à la discrimination envers les femmes reviendrait à censurer toute forme de création artistique (…) en violation du principe de la liberté d’expression ».

On ne va pas entrer dans un débat ancien qui voit qu’on poursuit les images « contraires aux bonnes mœurs » et « pouvant troubler l’ordre public », mais qu’on ne peut en rien restreindre la liberté des écrits. Bien sûr, il faut protéger des abus du pouvoir ce droit à la libre expression, partie des droits humains. Mais de là à laisser toute liberté au sexisme et au racisme de ces « appels à la discrimination, la haine et la violence » dans des œuvres d’art qui demandent à se donner en spectacle…

Mais la tolérance des juges est motivée dans deux petits bouts de phrase citées par la presse et que nous avons gardées pour la fin : pour eux, le « Rap » est provocateur et violent « puisqu’il se veut le reflet d’une génération désabusée et révoltée » et  il faut tolérer les abus de la création artistique « inspirée du mal-être, du désarroi et du sentiment d’abandon d’une génération ».

Ainsi, les juges sont bien conscients qu’une grande partie de la population est frappée par la précarité, les inégalités, l’austérité. Et que cela donne un sentiment d’abandon et de révolte, spécialement chez les jeunes. Si on les comprend bien, ils estiment que le mieux est d’octroyer à cette génération des compensations : permettre aux jeunes hommes de venger leurs frustrations en s’en prenant violemment aux femmes. Tant qu’il se battent entre eux… les bourgeois n’ont pas à s’inquiéter !

Tiens, il ne leur est pas venu à l’esprit des juges que les victimes de cette violence pourraient protester ? Pourtant, ce sont bien des organisations féministes qui se plaignaient auprès du tribunal ! Il faut donc bien en conclure que les Juges ont montré à la fois un sexisme absolu et un esprit de classe évident, signes d’un patriarcat bien masculin et bien bourgeois. Il n’y a pas que le rap qui est provocateur et violent !

Post-scriptum : Les juges ont peut-être rejoint Orelsan dans un mépris du féminisme.  Il avait été poursuivi pour une chanson « Sale Pute » en 2009, mais avait été relaxé pour la liberté artistique, déjà. Il avait alors chanté :« Les féministes me persécutent, comme si c’était d’ma faute si les meufs c’est des putes » dans une autre chanson parmi les huit qui avait été poursuivies. Et donc condamné en 2013. Mais « blanchi » en 2016…

 

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