Les travaux de John Stoltenberg

Je veux ici simplement présenter et mettre en contexte (sans aborder le fond) les deux bouquins de John Stoltenberg qui ont été traduits en français :

  • Refuser d’être un homme, pour en finir avec la virilité – Editions Syllepse (PAris) / M-éditions (Quebec), 2013 (traduction de Mickaël Merlet, Yeun L-Y et MArtin Dufresne)
  • Peut-on être un homme sans faire le mâle – Editions de l’Homme (Québec) 1995 (traduction de Louise Drevet).

Le premier, dont le titre en anglais est  « Refusing to Be a Man – Essays on Sex and Justice« , est en fait un recueil de conférences, de prises de parole, étalées entre 1975 et 1987. Il se présente pourtant comme un livre cohérent, comportant treize chapitres répartis en quatre parties (Ethique de l’identité sexuelle masculine ; Politique de l’identité sexuelle masculine ; Pornographie et suprématie masculine ; Militantisme et identité morale). Cette présentation, voulue à l’origine, dessert un peu le travail, à mon goût. J’aime bien saisir l’évolution sur 12 années de la réflexion de cet auteur, de ce militant, entre ses 30 et 45 ans, et le contexte particulier qui l’amène à s’exprimer de la sorte dans chaque chapitre. On en trouve effectivement l’histoire de chaque texte dans une annexe appelée ‘Contextes’. Ainsi, par exemple, j’y apprends que le texte le plus ancien, « Érotisme et violence dans la relation père-fils » (qui constitue le chapitre 4), est adapté d’une allocution donnée à Woodstock (New-York) le 10 décembre 1975, à l’initiative conjointe du Woodstock Women’s Center et du Woodstock Self-defense Commitee, ainsi que le 24 janvier 1976 à la Changing Men Conference, au Burlington County College à Pemberton (New Jersey) ; et qu’il a été publié pour la première fois en 1977 dans un recueil titré Men Again Sexism : a book of readings. Ainsi, il y eut dès 1975 ou 1976 des écrits ‘anti-virilité’ à destination des hommes. Je ne crois pas qu’il y ait eu rien de tel en Europe francophone, où le ‘second féminisme’ apparait vers 1972. Et le second travail de John Stoltenberg fut « Désarmement et masculinité » (chapitre 5), un document de discussion d’abord rédigé en 1975 pour les activistes de la Continental Walk, marche pour le désarmement et la justice sociale ; ce manuscrit fut refusé deux fois à la publication dans des recueils pacifistes et fut publié seulement en 1978 comme Guide et bibliographie pour étudier les connexions entre violence sexuelle et guerre. On comprend qu’il n’y a pas vraiment de continuité (même s’il y a des relations évidentes) entre ces deux chapitres, l’un consacré au ‘machisme’ du père, l’autre au ‘machisme’ dans la guerre. On pourra donc avoir un malaise et être frustré par ce recueil et le développement de ce qui est annoncé par son titre français : Refuser d’être un homme – pour en finir avec la virilité.  Ceci posé, ce livre comporte toute une série de développements et d’arguments très intéressants, liés à des luttes et des mouvements, dont particulièrement le mouvement contre la pornographie (où l’auteur s’est illustré avec Andrea Dworkin et Catharine Mac Kinnon) dans les années 1984 et suivantes.

Le second parait 10 ans plus tard et son auteur est impliqué depuis 20 ans dans le mouvement féministe et anti-viril. Il n’est pas le seul, et plusieurs travaux ont été publiés sur la virilité par des hommes (David Gilmore, Emmanuel Reynaud, etc) en plus de très nombreux écrits de femmes féministes. Une annexe ‘Remerciements’ cite d’ailleurs tous les auteurs et livres auquel John Stoltenberg reconnait sa dette d’inspiration. Le titre du livre en anglais est : « The End of Manhood – a Book for Men of Conscience » (La fin de la virilité – un livre pour les hommes ayant une conscience – une morale ou une droiture ou des valeurs… dirait-on mieux en français). Le titre en français « Peut-on être un homme sans faire le mâle ? » parait plus anecdotique. C’est également un livre très particulier que l’auteur décrit en introduction comme ‘une méditation’ mais aussi, dit-il à la fin, qui applique une ‘méthodologie dramatique’ (j’entends ‘théâtrale’, l’auteur étant aussi homme de théatre). Il s’explique d’ailleurs en introduction, par rapport à ces deux livres :

Le premier, qui regroupe des conférences que j’ai écrites et prononcées entre trente et quarante-cinq ans, est en quelque sorte plus sérieux et concerne davantage l’ordre public et l’activisme. Le second, que j’ai conçu et écrit entre quarante-six et quarante-huit ans, porte explicitement sur les relations interpersonnelles et insiste davantage sur les questions reliées à la sexualité et à l’identité. Si Refusing to Be a Man est plus philosophique, The End of Manhood est plus simple et expérentiel (pratique). Structuré comme une méditation, il présente diverses voix (…) et divers types de textes (…) mais demeure toujours pratique et dans l’ici et maintenant. J’ai eu du plaisir à l’écrire et j’ai décidé de le laisser paraître. Cependant, je n’aurais pu l’écrire avant d’avoir passé à travers la théorie de la libération que je formulais dans Refusing to Be a Man, qui a eu des répercussions profondes dans ma compréhension de moi-même et qui est dotée d’une grande portée politique en ce qui touche le changement social et l’activisme. (p. 15).

Il dit encore que la première phrase qui lui est venue en écrivant ce livre est « Au plus profond de son être, il faut aimer la justice plus que la virilité » ; et qu’il l’a pleinement comprise dans toutes ses conséquences que à la fin de son travail d’écriture et de réflexion.

Enfin, pour illustrer la portée programmatique de la réflexion de John Stoltenberg, citons une phrase de sa conclusion :

Refuser d’accepter les impératifs de la virilité, le mensonge selon lequel il doit exister un ‘sexe masculin’ auquel il faut appartenir,est un principe personnel et politique capable de produire une libération révolutionnaire dont l’amplitude dépasse tout ce que nous pouvons imaginer maintenant. (p. 340)

Je n’en dirai pas plus. Mon intention est un peu de reprendre (ou m’appuyer sur) divers apports du livre ‘Peut-on être un homme sans faire le mâle ?‘ sous une forme plus discursive, avec moins de mise en exercices, en scènes, qui font appel à la corde sensible des hommes (ce qui est un exploit).

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