Antipatriarcat ? C’est un peu court, jeune homme

Ceci est un billet d’humeur. Et j’y viens sans armure, non bardé de références. Mais je vois si souvent cette référence masculine à l’antipatriarcat, que je m’interroge.

Qui est l’ennemi dans ce cas de l’antipatriarcat ? Oh, c’est facile, c’est l’ennemi, celui du prolétariat, celui des juifs, des noirs, des colonisés, des femmes, enfin c’est lui là, le capitaliste, l’exploiteur, le dominateur que personne ne conçoit vraiment, ce salaud, ce pelé, ce galeux… Et comme je dis son nom à cet autre odieux, le patriarche, et que je me dresse contre lui, dans la position anti-, antagonique :  j’ai bon, je suis bon, je suis du bon côté, du côté des opprimé(e)s, et rien ne change pour moi.

Ah bon, l’ennemi c’est l’autre ? Pourtant tu es blanc, comme moi, tu profites des bienfaits et ressources naturelles des colonies (comme moi), tu trouves que la Chine exagère et les musulmans aussi ; et Israël bien sûr, mais c’est pas pire, ça se discute, comme tout… Tu as quelques êtres humains qui te dominent, plus riches, plus puissants, plus virils. Mais regardes-toi : tu domines les femmes, tu profites des femmes, tu réclames et tu obtiens la reconnaissance des femmes. Pour l’essentiel, tu n’est ni une victime, ni une personne neutre.

Et surtout tu es un homme, comme moi. Et là, tu es en cause. Malgré ton engagement dans un tas de causes très justes, où ton courage est posé de manière cohérente, là, comme homme, ton ‘anti-patriarcat’ ne change rien en toi, ne t’excuse en rien, ne blanchit aucune de tes remarques sexistes, ou pensées masculinistes, ou simples poses égoîstes. Tu es le salaud de l’histoire. Le profiteur, l’exploiteur. Moi aussi.

Et je m’étonne simplement que rien ne soit produit de spécifique que les hommes aient conçu pour déconstruire leur part active, quotidienne, en tant qu’homme, de ce patriarcat multiforme.

Tu admires le combat des femmes, tu lis leurs analyses, leurs textes, leurs colères, tu applaudis, tu es solidaire, tu te réjouis de rejoindre leur cause. Et cela sans discontinuer depuis 50 ans : des hommes sont solidaires de la lutte permanente des femmes. Mais ils se comptent sur le doigt d’une seule main, ceux qui ont œuvré pour définir la forteresse qui est la leur (la virilité) et pour imaginer s’en défaire, s’en extirper.

Et leur effort est presque inconnu. Où est leur corpus, où sont leurs concepts ? Il y a un moment où la critique des femmes est inefficace, car elles peuvent pas vivre la forteresse masculine de l’intérieur. Où c’est bien aux hommes de faire le job.

Et ? Rien, rien de visible. « Pourquoi est-ce que cela doit durer si longtemps ? » a crié Andréa Dworkin devant un public d’hommes militants (elle revendiquait 24 heures sans viol…) :

 Et s’il devait y avoir une requête, une question ou une interpellation humaine dans ce cri, ce serait ceci : pourquoi êtes-vous si lents ? Pourquoi êtes-vous si lents à comprendre les choses les plus élémentaires ? Pas les choses idéologiques compliquées ; celles-là, vous les comprenez. Les choses simples. Les banalités comme celles-là : les femmes sont tout aussi humaines que vous, en degré et en qualité.

Même moi, voyez-vous, je citais de mémoire cette féministe en trouvant un ton impersonnel ‘pourquoi cela dure longtemps’, alors que, selon elle, c’est NOUS qui sommes si LENTS. (Ce texte est ici http://tradfem.wordpress.com/) Depuis trente ans, ou plus, ou depuis toujours, si lents.

Démentez-moi, donnez-moi des références de travaux qui décortiquent le pouvoir mâle, non dans ses effets, mais dans ses ressorts. D’avance, merci.

Post-scriptum. Pour qu’il n’y ait pas de malentendu, je suis sensible à la fois à la « domination masculine » comme système social institué et à la masculinité comme rôle actif dominateur. Chacun nourrit l’autre. Or on connaît très peu comment la masculinité vient aux hommes. Peu d’auteurs l’ont analysé (bien que je découvre progressivement des références de nombreux travaux anciens), et ils sont dans l’ombre. Leur travail ne donne pas un corpus, une conviction, une méthode. En ce sens, le ‘fourre-tout’ du patriarcat me parait bien commode et confortable pour ne pas y travailler.

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