« En Australie, les étudiants harcelés » : mais où sont les agresseurs hommes ?

« Australie: plus de la moitié des étudiants ont été harcelés sexuellement » titrent plusieurs journaux de ce 1er août.Voici l’essentiel de l’article (dépêche AFP), qu’on lira ici, et ici, ou ici.

« Plus de la moitié des étudiants, surtout des étudiantes, ont été harcelés sexuellement dans les universités australiennes et 7% d’entre eux ont subi au moins une agression sexuelle, selon une étude nationale publiée mardi. La Commission australienne des droits de l’Homme a mené l’étude au nom des 39 universités du pays auprès de 30.000 étudiants. » « Les femmes ont trois fois plus de risques d’être agressées sexuellement et près de deux fois plus de risques d’être harcelées sexuellement, à la fois sur les campus universitaires ou en se rendant à l’université ou à des événements hors campus organisés par l’établissement. »«La conclusion inévitable de ces données (…) est que les cas d’agression sexuelle et de harcèlement sexuel sont à des niveaux inacceptables dans les universités australiennes», a déclaré Kate Jenkins, chargée des discriminations sexuelles à la Commission. «Nous voulons envoyer un message fort et limpide, ces comportements ne sont pas acceptables. Pas sur nos campus, pas dans la société australienne», a déclaré la présidente d’Universities Australia, Margaret Gardner.

Où sont les auteurs ?! Je m’étonne du silence assourdissant sur la responsabilité des hommes dans cette affaire. On aura remarqué le masculin général utilisé dans le titre et dans l’article, comme si tous les étudiants étaient des victimes, même si les femmes ont « deux fois plus de risque ». (Et comment mesurer une notion aussi abstraite ? En fait, cela veut dire, en répartition, 66% contre 33 % pour les actes de harcèlement, 75 % contre 25 % pour les agressions; et aussi, en allant voir les chiffres, un homme sur six, mais une femme sur trois).

Il m’a fallu aller sur le site de la Commission australienne des droits de l’homme (en anglais : Human rights, les droits humains) pour en savoir un peu plus. Avant de télécharger le rapport « Change The Course: National Report on Sexual Assault and Sexual Harassment at Australian Universities » (Changer de cap : Rapport national sur les aggressions sexuelles et sur le harcèlement sexuel dans les universités australiennes), on me propose de télécharger les infographies : AHRC_2017_UniversityReport_Infographics. Ici aussi, presque rien sur les auteurs, sauf ceci : une fois sur deux, les auteurs sont connus des victimes. Et on retient le chiffre de « un étudiant sur cinq harcelé », ce qui cache la proportion de un homme sur six et une femme sur trois. Idem pour le chiffre moyen des agressions (1,6 % des répondants) qui cache une asymétrie encore plus forte entre hommes et femmes, explicitée ci-dessous.

En réalité, il faut lire la totalité du rapport, et examiner les détails des graphiques, pour obtenir les chiffres selon le genre. J’en retiens quelques-uns. Mon but est de donner des représentations plus justes des résultats de cette étude. Cette étude, par l’étendue de son échantillon, est intéressante. Mais on pourrait discuter encore des résultats en rapportant ces 30.000 réponses au million d’étudiants inscrits dans les universités australiennes, soit un taux de +/- 3%.

Sur 30.930 réponses, 21% ont vécu des cas de harcèlement sexuel (sujet abordé en premier). Soit un sur cinq. Cela monte à 26 %  (1/4) en prenant en compte le temps des transports.

Mais cela concerne 17% des hommes (un sur six) et 32 % des femmes (une sur trois) ; 45 % des transgenres, soit un sur deux (!), mais ceux-ci sont peu nombreux : moins d’un 1% des répondants, ce qui donne un échantillon trop faible pour des résultats représentatifs). Les femmes subissent bien plus que les hommes les « regards appuyés » (40 % contre 16 %), et à égalité les commentaires et blagues dégradantes et les questions intrusives sur leur identité ou leur apparence. 22% des harcèlements sont venus par le « en ligne » : e-mails, réseaux sociaux, images non souhaitées.

Autre indication instructive, sur les 30.930 répondants, 25.960 se sont dits des personnes héréros, 1.164 des personnes gays ou lesbiennes et 1.640 des bissexuel.les (et un nombre faible de transgenres, d’asexués et de sans réponses).

Les étrangers ne paraissent pas surexposés au harcèlement, mais bien les aborigènes.

86 % des femmes déclarent avoir été harcelées par un ou des hommes, 3% par des femmes, 7 % par un groupe mixte.On analyse ici 4.768 cas.

37 % des hommes déclarent avoir été harcelés par un ou des hommes, 30 % par des femmes, 22% par un groupe mixte. On analyse ici 2.136 cas.

Pour les agressions sexuelles, abordées ensuite, 2,3% ont été agressées parmi 14891 femmes répondant ; 0,7% ont été agressés parmi 13.031 hommes répondant. Soit 340 femmes et 91 hommes (mon calcul).

Les femmes disent avoir été agressées par un homme à 92 %, les hommes disent avoir été agressés par un homme à 41 %, par une femme à 26 % et par un groupe mixte à 24 %. Soit 250 agresseurs masculins (et 6 agresseuses féminines) pour 283 cas féminins, 35 agresseurs hommes (et 22 agresseuses femmes) pour 83 cas masculins, selon mes calculs, sans compter les groupes mixtes. Soit au total au moins 285 auteurs masculins pour 28 agresseuses féminines. (91% / 9%). Voilà le chiffre que je voulais lire en tête de tous les articles et qui était totalement absent, même dans le rapport !

Proportionnellement, les personnes hétéros sont moins agressées que les personnes gays et lesbiennes et beaucoup moins que les bissexuel.les; mais elles sont bien plus nombreuses.

Je m’arrête ici. Le rapport étudie également les lieux où ces évènements arrivent, il étudie des causes possibles (dont le mépris des femmes et le « droit au sexe » présumé par les hommes, à ce que j’ai pu voir) et propose des changements. Je n’ai pas étudié ces chapitres.

J’espère seulement avoir complété et rectifié cette vision « asexuée » ou plutôt non genrée des articles de presse, déjà induits en ce sens par le résumé et le communiqué du rapporteur.

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