Au fil d’une année : violence des hommes (viols en Belgique)

Je n’ai pas eu accès à tout l’article de La Libre, qu’on trouvera ici. Seulement trois phrases, et un titre.

En 2016 en Belgique, 3 071 faits de viol ont été enregistrés dans la banque de données générale nationale (BNG) sur la base des procès-verbaux dressés par les différents services de police, selon les statistiques de criminalité désormais disponibles pour toute l’année 2016.

Plus de huit plaintes par jour. Chaque jour, samedi et dimanche compris, et les jours fériés et les vacances, huit femmes ont poussé la porte d’un commissariat pour énoncer des faits d’agression sexuelle d’un homme (si on compte en jours de semaine, 12 par jour). C’est une moyenne. Avant de penser à la moyenne, pensons à ces huit femmes, chaque jour.  Qui décident d’entrer au commissariat, qui décident d’entamer une « procédure » qui sera une épreuve d’abord pour elles, pour leur intimité, pour leur vie privée. Parce qu’elles ont été la victime d’un crime ou d’une tentative de crime.

Dans un nombre infime de cas (5,5 %), les victimes ont déposé une plainte après une tentative de rapport sexuel imposé sans consentement.

Ce « nombre infime » de tentatives dénoncées, il atteint néanmoins le chiffre de 168 cas. Un tous les deux  jours. La tentative de viol, d’acte sexuel malgré un non-consentement, a été suffisamment choquante pour faire l’état d’une plainte. Un chiffre à retenir pour une discussion (ou une enquête) sur la question du consentement. Vouloir ignorer un non-consentement et « passer en force » (même si cela n’aboutit pas) crée déjà un traumatisme. Ce n’est pas de l’irrespect, c’est de la violence inouïe. Il faut en parler.

Mais dans la toute grande majorité des situations (94,5 %), elles ont pris leur courage à deux mains pour dénoncer un viol qui a été accompli.

Et donc 2900 viols avérés (8 par jour). On a établi après plusieurs enquêtes que les plaintes ne manifestent qu’une faible partie des viols vécus (un sur six ou sept). Selon ces statistiques, on pourrait faire l’hypothèse que 20.000 viols (à peu près) sont perpétrés chaque année. Chaque année, un homme sur deux cent viole, ce qui parait peu important (au regard des quelques trois millions et demi d’hommes concernés en Belgique). Tous les cinq ans, un homme sur quarante à violé, ce qui paraitra plus concret à notre imagination : parmi les quarante hommes autour de vous, un d’eux a violé au cours des cinq ans passés. Six fois sur sept, ce viol n’a pas fait l’objet d’une dénonciation.

(Un site officiel du Ministère de l’Egalité des chances et de l’Institut pour l’Egalité des femmes et des hommes parle de 36500 viols par an, ici. Il faudrait donc doubler les chiffres relatifs : un homme sur cent viole, chaque année, tous les cinq ans un homme sur 20 de vos amis, etc. Je ne veux certainement pas amoindrir les chiffres, mais partir de cette brève info « estivale » pour asséner le message qui doit parler aux hommes).

Si nous voulions garder une image positive de l’Homme, nous devrions nous-même militer pour que ces hommes se dénoncent. Nous devons avoir honte que ce n’est pas le cas. Les violeurs sont parmi nous, parmi nos amis, dans notre club sportif ou culturel, parmi nos collègues, parmi nos vedettes et nos représentants. Et nous ne voulons pas le voir, pas le savoir.

Prendre conscience de la domination masculine, c’est avoir la honte et la colère qui nous envahit face à cette violence traumatique qui reste dans l’ombre, qui est au cœur de ce qui fait de nous des hommes.

Je sais que ces chiffres peuvent être contestés (et le seront) dans une discussion sans fin. Et qu’ils pourraient être revus, à la marge. (On peut trouver un éclairage ici, dans un article de 2012). Pas assez pour que la honte disparaisse. Mais en faisant beaucoup de bruit pour ne pas l’entendre. On ne peut effacer ce traumatisme de la domination masculine.

Ce n’est pas le message principal du journal (pour ce que j’ai pu en voir).

« Exclusif. 435 plaintes pour viol d’enfant de moins de dix ans »

C’est le titre. On suppose que ce sujet est développé dans le texte, peut-être avec le commentaire de tel ou tel expert. C’est bien sûr un chiffre effarant. C’est bien sûr un traumatisme effroyable. Ceux qui commettent de tels viols sur des êtres innocents et sans défense sont des monstres…

Mais ce chiffre ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt ! On peut facilement se dire que ces monstres ne sont pas près de nous, qu’ils sont ailleurs. L’extraordinaire ne doit pas masquer la violence ordinaire, et la honte et la colère doivent se répandre en nous.

Post-scriptum : la plupart des journaux belges ont répercuté l’info publiée par La Libre, sans en détourner l’info principale par un titre orienté comme dans l’article cité.

Ils rajoutent que près de la moitié des victimes des viols ont moins de 18 ans.

 

 

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