Au fil des festivals : violence des hommes

(Avec un lien vers un article de John Stoltenberg)

Annoncer avec un an d’avance l’annulation d’un important festival, c’est ce qui s’est décidé en Suède.

« Trop c’est trop. Après cinq plaintes pour viol et quinze autres pour agressions sexuelles en tous genres, les organisateurs de Bråvalla, le plus grand festival de rock en Suède, ont tranché. Alors que l’édition 2017 vient de s’achever, ils ont décidé de faire une pause. Et d’annuler l’événement en 2018. Le sponsor principal, la bière danoise Carlsberg, n’a pas fait de commentaires. « 

Voilà comment le Figaro résume l’affaire, avec la prose fleurie de l’anecdote exotique : « Au pays des rennes … 50.000 vikings spectateurs… ». Non, aucune interrogation sur un tel phénomène en France. Une recherche sur Internet vous apprendra que plusieurs villes et villages de France s’appellent Viols » (Viols-le-Fort, Viols-en-Laval) et organisent des festivals… Et qu’un site d’infos Terra Femina a relevé en 2015 que :

« Glastonbury, Reading, V Festival… Depuis quelques années, les plus grands festivals de musique anglais sont entachés par une vague d’agressions sexuelles. Un phénomène qui semble prendre de l’ampleur alors que les organisateurs trop frileux peinent à saisir la gravité de la situation. »

Mais sur la problématique en France, rien, je n’ai rien trouvé.

(Rajout du 15 juillet : Et le Monde de ce jour (avec l’AFP) confirme qu’il s’agit d’une maladie étrangère répandue, qui ne franchit sans doute jamais les frontières hexagonales !

Aux fêtes de San Fermin, les agressions sexuelles restent nombreuses. Pamplune avait pourtant de nouveau mis en place une campagne pour tenter de prévenir les agressions sexuelles, alors que 1,45 million de visiteurs se sont pressés aux huit jours de festivités. C’est l’envers des images de milliers de personnes vêtues de blanc, foulard rouge autour du cou, partageant les « botas ». Quatorze plaintes pour attouchements et agressions sexuelles ont été déposées pendant les fêtes de San Fermin, dans le nord de l’Espagne, selon le communiqué publié samedi 15 juillet par la mairie de Pampelune. Onze hommes ont été arrêtés en lien avec ces plaintes. (…)  En 2016, seize plaintes avaient été déposées, dont cinq pour viol. La mairie avait alors estimé que seules 10 % des victimes allaient déposer plainte au commissariat. C’est depuis 2008 que la municipalité de Pamplune tente de changer les mentalités et briser le silence qui entourait ces agressions. Cette année-là, le viol suivi du meurtre d’une jeune Pampelonnaise de 20 ans, Nagore Lafagge, met la ville en deuil. (…) Pour prévenir les agressions, des caméras haute définition ont été placées dans les rues de la ville, un groupe policier est spécialement dédié à la lutte contre les agressions, une carte des endroits potentiellement dangereux a été dressée et un point d’information a été installé dans la ville. La mairie a aussi publié un décalogue qui commence par rappeler « que les fêtes sont faites pour que tous en profitent : hommes et femmes ». Sans doute parce que longtemps, les Sanfermines ont été des fêtes réservées aux hommes.

Fin du rajout).

En Belgique, deux journaux ont fait un bref article sur le sujet, pour souligner que les festivaliers sont peu diserts sur le sujet. Un journal avait titré « Agressions sexuelles : quand les festivals belges font l’autruche » (voir le lien plus bas) avec le témoignage d’une jeune fille, Delphine :

« Je sais qu’ils craignent pour leur image et que le sujet n’est pas hyper sexy », lâche Delphine E., « mais tout comme ils sont concernés par la sécurité en général – pas d’armes, même pas de parapluies ou de frisbees -, ils pourraient s’intéresser aussi à cette question, vu que l’intégrité physique de tous est concernée (…) Ils ne sont pas responsables des comportements individuels, mais ils sont responsables du bien-être sur les lieux ».

Un festival a réagi dans un autre journal, selon un article disponible ici :

 » Le phénomène existe, comme dans tous les lieux publics fréquentés » reconnaissent les organisateurs du festival de Dour, interpellé dans l’article de Paris Match au même titre que « Les Ardentes », le « Pukkelpop » ou « Rock Werchter ». Même s’il est difficile à quantifier compte tenu du faible nombre de plaintes introduites pour ce type de faits.  » En revanche, écrire que les festivals ne prennent aucune mesure pour éviter ce type de comportement, est faux. Dour a mis en place une cellule de suivi psycho-social pour assister les personnes en cas de problème. Nous travaillons chaque année avec l’organisation « Sex & Co » qui effectue tout un travail de prévention concernant la sexualité et les violences conjugales, sur la plaine du festival. Et l’asbl Modus Vivendi (spécialisée dans la prévention des risques liés à l’usage de drogues, ndlr) dispose, elle, d’équipes mobiles. »

On aura remarqué la formule habituelle des « violences conjugales » pour parler des violences sexuelles masculines, totalement inappropriée dans le contexte des festivals. Faible nombre de plaintes, donc phénomène non quantifiable, donc il n’y a rien à voir. Les autres festivals n’ont même pas voulu réagir.

Et on en parle donc très peu. On insiste souvent sur la répression de la drogue. Dans un article sur le « bilan stupéfiant » de la surveillance policière d’un festival dans le passé, on signale discrètement « aussi une plainte pour viol » (2008).

Quand on creuse un peu, comme l’a fait Paris-Match-Belgique dans l’intéressant article « Agressions sexuelles : quand les festivals belges font l’autruche », on constate que le thème est parfois évoqué plus clairement dans les milieux des festivals eux-mêmes dans le nord de l’Europe. La réponse classique est un catalogue de mesures expliquées aux filles : ne pas faire la fête sans précautions, ne pas boire et ne pas fumer, ne pas rester seule, etc. Bref, la responsabilité imputée aux victimes. Mais dans certains cas, la responsabilité des hommes a été clairement pointée et dénoncée, y compris par les groupes sur scène.

Dans les témoignages recueillis auprès des femmes, il apparait aussi que les festivaliers sont rarement prêts à la solidarité avec une femme agressée qui appelle à l’aide face à un groupe masculin menaçant.

Voilà à peu près tout ce que j’ai trouvé sur le sujet à propos de ce qui se passe chez nous : un bon article écrit par une femme, et une faible réponse reçue par un autre journal. Par contre, tous les médias ont répercuté l’idée proposée par une musicienne suédoise d’organiser un festival interdit aux hommes. Elles sont cocasses et exotiques, ces suédoises, n’est-ce pas ?

Le phénomène vaudrait assurément un meilleur suivi, une meilleure étude. Il avait été évoqué durant les évènements de Cologne en fin 2015 : dans tout évènement festif en Allemagne, il y a des cas de violences masculines. Et, par extension, il faudrait interroger mieux le recours des hommes à la violence sexuelle, soit en groupe, soit en isolé. Et selon différentes périodes de la formation masculine. Il y a du boulot…

En attendant, je signale un intéressant article de John Stoltenberg, traduit et affiché par le site « scenesdelavisquotidien (pour en finir avec la masculinité) » : Sexualité masculine — ce qui rend sexy la possession d’autrui.

… je voudrais essayer de déraciner un des préjugés qui subsistent dans la suprématie et la sexualité masculines — un préjugé précis et bien intégré sans lequel le viol et la prostitution seraient inimaginables. J’appelle ce préjugé l’érotisme de possession. Nous avons beaucoup d’indices indirects de l’existence de cet érotisme. Par exemple, à travers les témoignages des femmes qui sont ou ont été appropriées sexuellement dans le mariage, forcées dans le viol, et/ou sexuellement utilisées contre de l’argent dans la prostitution, il s’avère que pour beaucoup d’hommes, la possession est un élément central de leur comportement sexuel. Beaucoup d’hommes peuvent à peine éprouver de sentiment érotique s’il n’est pas associé à la possession du corps d’autrui. En anglais, comme dans beaucoup d’autres langues, le verbe posséder signifie à la fois « être propriétaire de » et « baiser », et cette coïncidence sémantique n’est visiblement pas un hasard. Beaucoup d’hommes mettent apparemment dans le même sac le comportement sexuel normal « masculin » et l’appropriation littérale du corps d’un autre être humain.

Je vous en recommande vivement la lecture.

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