Au fil des lectures : violence des hommes

« … la guerre. Certains la pensent nécessaire pour purger la violence de toute une génération d’hommes, parfois deux. »

Diane Ducret, Les indésirables, Flammarion 2017

(En 39, suite à la drôle de guerre, l’État Français décide d’enfermer toutes les femmes sans enfant, d’ascendance allemande, juives ou non, en créant en urgence une section de femmes dans le camps de Gurs, dans les Pyrénées. Le régime de Vichy les livrera aux nazis).

« Chaque fois qu’on a affaire à un blanc, expliquait-il à sa famille, il a beau avoir les meilleures intentions du monde, il tient notre infériorité intellectuelle pour acquise. D’une façon ou une autre, sinon explicitement, du moins par l’expression de son visage, le son de sa voix, son agacement, et même le contraire, c’est-à-dire sa patience, ses prodigieux efforts d’humanité, il vous parle toujours comme si vous étiez un demeuré, il est toujours ébahi que vous ne le soyez pas. »

Philip Roth, La tache, Gallimard 2002

(En anglais, The Human Stain, La tache humaine — Cette attitude de domination blanche envers les noirs, perceptible « malgré les meilleures intentions du monde » et « les prodigieux efforts d’humanité », peut être aisément étendue à la domination masculine, afin de prendre conscience d’une posture de supériorité… indécrottablement intériorisée, y compris chez les « alliés pro-féministes », dont moi !).

« Cette culture masculine existe. (…) Des conneries avec mes amis, j’en ai faites. Et ce n’est pas parce que tous les gars en font, que ça devrait être normal, que c’est ça être un gars, que c’est acceptable dans une société si on a un pénis entre les jambes. Les conneries de jeunesse, je les ai toutes faites. Courir tout nu sur un terrain de golf par un beau dimanche ensoleillé. Crier comme King Kong suite à une relation sexuelle dans une villa de Bali pour faire rire mes amis. Me faire passer pour un étudiant en médecine à dix-huit ans pour coucher avec une avocate à Cuba. Désolé maman, ton fils était ben niaiseux. Les gars, on est ben niaiseux ! Il y a surtout de nombreuses histoires de mes semblables que je ne peux pas raconter, pour ne pas faire déshonneur au « Brothers Code. » Comme un alcoolique, j’ai dû faire un sevrage de toutes ces conneries de jeunesse et je crois qu’on ne porte pas suffisamment d’attention à ce problème. La compétition sexuelle chez les hommes existe et est banalisée. La culture du viol existe et est tout autant banalisée. Ce sont deux concepts différents qui proviennent des mêmes racines.

J’ai côtoyé des gars qui faisaient usage de harcèlement psychologique envers les filles pour parvenir à leurs fins, et ce, avec l’aide de la puissance du groupe. J’ai vu des hommes agressifs avec des filles aussi, parce qu’ils se sentaient humiliés devant leurs amis. Et puis, il y a aussi les filles qui recherchaient éperdument le désir et le besoin d’être aimées. Ces filles étaient souvent les plus saoules dans les partys, toujours prêtes à coucher avec le premier venu. Nous connaissons tous ce genre de personne dans nos groupes d’amis, mais soyons clairs, en aucun cas, une femme « mérite » d’être violée si elle n’a pas le contrôle d’elle-même. En aucun cas, une femme ne devrait avoir une part de responsabilité dans un crime aussi horrible. Pourtant, la société et les juges ne semblent pas l’accepter. L’homme semble profiter d’un privilège dans ces crimes douteux, celui de la présomption d’innocence, celui de la femme consentante, celui de l’homme victime de lui-même. Il faut parler de culture du viol, mais il faut aussi parler d’hyper sexualisation, en mettant en garde les jeunes face à la banalisation de ces problèmes. Il faut aussi se regarder le nombril comme humains: les beuveries, la pornographie, les stéréotypes et la culture populaire (films, vidéoclips) sont devenus quelque chose… d’étrange.

(…) S’il existe une culture du viol chez les hommes, il y a fort à parier que la pression sociale du groupe et le comportement bestial font partie du problème. Surtout dans les cas de viol sur les campus universitaires américains. Le profil psychologique du violeur est complexe, le « dominateur » est le cas le plus fréquent selon le groupe de recherche Soutien Aux Victimes d’Agressions Sexuelles (SAVAS). « Le violeur utilise le viol comme traduction d’un besoin de puissance, de domination, d’agressivité, d’humiliation, de contrainte, de maîtrise ou l’expression d’une colère. Pour lui, le viol est une prise de pouvoir. Dans ce cas, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le violeur qui abuse de sa victime ne le fait pas pour avoir assouvir ses pulsions sexuelles ou avoir des relations sexuelles. Ce type de violeurs n’est pas animé de pulsions sexuelles irrépressibles. Le sexe est une composante du viol, mais il ne s’y résume pas. Il est un moyen pour agresser, mais pas le but. L’acte sexuel n’est ici qu’un moyen d’affirmer sa puissance, sa virilité, de dominer, d’humilier, d’avilir, de se venger, de salir sa victime. C’est tout ceci qui anime les actes du violeur. » »

Jean-François Hotte, « journaliste indépendant » — sur sa page de blog, ici.

Un texte très sincère et une bonne analyse sur le blog d’un jeune québecois. Je vous le recommande.

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