Trois devoirs pour les hommes, sur le chemin de l’égalité

J’apprécie cette brève intervention de Patrick Jean, sur ce que peuvent faire les hommes sur le chemin de l’égalité. On la trouvera ici en vidéo. Elle date de 2013 au moins.

Trois devoirs en bref :

  1. Prendre conscience de la domination masculine ;
  2. Se déconstruire dans ses propres comportements, travailler sur soi ;
  3. Trahir, par rapport à ce qui fait de nous des hommes, ce groupe dominant.

Au moment où on envisage de constituer un nouveau groupe d’hommes contre la domination masculine, ce bref message me parait plutôt pertinent et efficace.

J’ajoute un commentaire. Dans les quelques lignes ci-dessus, publiées hier, j’ai modifié le mot d’ « étape » que j’avais utilisé d’abord, en « devoir ». Car, selon moi, ce n’est pas une progression par étapes. Ce sont trois taches à mener sans cesse, qui ne sont jamais finies ou acquises. Trois orientations superposées.

La plupart des hommes sont dans le déni de la domination masculine, malgré qu’ils en soient très conscients (c’est l’objet principal de la thèse de Léo Thiers-Vidal, c’est sa démonstration et sa conclusion, que je n’ai pas abordée dans le premier article que j’ai publié en février 2017, et qui a eu un franc succès de lecture). Sortir de ce déni, puis ouvrir sa conscience aux multiples facettes de la domination masculine, qui passe par la pose des jambes dans les transports publics, dans la prise de parole en public, mais aussi dans la prise en charge des taches ménagères et même dans l’attitude de séduction et dans l’attitude sexuelle, du harcèlement au viol en passant par le non-consentement (et ce n’est qu’une liste limitative). Mille facettes dont seules quelques-unes sont vaguement explorées. Domination, c’est exploitation, oppression et discrimination. Sans vergogne. Et elle est physique et mentale. Un champ encore largement inconnu, sauf ce qu’en ont déjà dit les féministes radicales et un homme ou deux.

Le travail sur soi, sur son comportement, afin de le modifier, en étant à l’écoute des critiques féminines (ténues ou même silencieuses) et en allant plus loin pour questionner ses motivations personnelles, ses clichés appris et indécrottables, et son désir de maintenir son confort et ses privilèges injustement acquis, le travail sur soi est pénible, difficile, ingrat, solitaire, sans beaucoup de reconnaissance… qui ne serait pas méritée. Chacun a son propre itinéraire à trouver.

Le mot de trahison me parait indispensable (je songe à cette chanson de Boris Vian, Le déserteur). La forteresse masculine, c’est d’abord un nous, un collectif, où la cohésion est aussi forte, sinon plus, que la compétition entre nous. Une cohésion « disciplinaire » et amicale, autant que consentie. Le stade sportif, le zinc du café, la partie de chasse ou l’esprit de caserne… sont des cérémonies rituelles de la religion masculine.  Trahir cette solidarité est une posture difficile à tenir, sans cesse reportée : la majorité des hommes ne vous comprendrait aucunement et aurait vite fait de vous rejeter. Le chemin de la trahison est nécessaire, mais ardu et très long avant d’obtenir un effet de changement.

Le « pro-féminisme » des hommes est finalement un leurre, une solidarité facile et valorisante avec quelques militantes, qui permet de se grandir, de s’offrir une cohérence de valeurs gratifiantes, sans se remettre suffisamment en question. Si être un homme revient à amoindrir les sentiments d’humanité qui sont enfouis en nous, le but serait de reconquérir notre capacité d’être humain, égalitaire,fondamentale, avec accessoirement la nuance de l’expérience mâle, différence réelle mais très anecdotique. (Rajout 🙂 Bien sûr, de nombreuses taches concrètes peuvent être exercées en aide aux militantes féministes et aux organisations de femmes, parfois de manière indispensable. Il y a des militants de l’ombre. Il est normal de se joindre aux manifestations en faveur des femmes. Mais la posture (publique) « pro-féministe » me parait problématique.

Ce n’est donc que dans une perspective très claire de travail sur soi et contre les hommes, qu’un groupe d’hommes aura du sens.

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