Face au féminisme radical, quatre positions-type chez les hommes (Léo Thiers-Vidal)

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Je suis en train de lire la thèse de Léo Thiers-Vidal, De « L’ennemi principal » aux principaux ennemis (L’Harmattan 2010), qui est très inspirante sur l’analyse de la position des hommes vis-à-vis de leur propre genre. Je publie ici d’abord une courte citation, qui résume bien sa « base de départ » (les 121 pages de la première partie). A partir de là, il examine comme hypothèse l’affirmation que les hommes, dès le plus jeune âge, sont conscients qu’ils dominent les femmes et que c’est même ce qui définit le genre masculin, comme position sociale vécue. Il s’agir du chapitre IV (p. 141 à 162), qui entame la deuxième partie. (On remarquera que je cite bien les auteurs donnés en référence, mais sans préciser le livre et la page, ce n’est pas le lieu dans cet article).

« L’analyse matérialiste des rapports de genre révèle que les hommes exploitent la force de travail des femmes (Delphy), s’approprient le corps des femmes (Guillaumin), monopolisent les armes et les outils au détriment des femmes (Tabet), domestiquent la sexualité des femmes et exploitent les capacités reproductives des femmes (Tabet), hétéro-sexualisent les femmes (Wittig)… ainsi qu’ils contrôlent la production du savoir (Le Doeuff, Mathieu). Ces pratiques masculines inter-reliées créent et maintiennent deux « classes de sexe ». Ces « classes de sexe », les hommes et les femmes, (dont les principes organisateurs respectifs sont la masculinité et la féminité) sont des groupes sociaux opposés et mutuellement constitués : l’un ne peut exister sans l’autre et le lien fondateur de ces classes est celui de l’oppression d’un groupe social par l’autre. (…) Certains agents humains ont donc progressivement pris le pouvoir sur d’autres agents humains ; ils se sont octroyés le droit – et l’ont inscrit dans les lois régulant les pratiques humaines – de contrôler d’autre agents humains afin d’augmenter leur bien-être matériel et mental. Il en ressort logiquement que « la position des femmes est structurellement différente de celle des hommes et les réalités des vies des femmes sont profondément différentes de celles des hommes » (Hartstock, 1987, p.158). »
Léo Thiers-Vidal, De l’ennemi principal aux principaux ennemis – Position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination », p.163 (publié chez L’Harmattan en 2010).

Thiers-Vidal part de l’idée que les dominants ont une difficulté à « travailler de manière critique leurs positions et pratiques d’oppression » (p. 141). (Un autre thème de sa thèse, non abordé ici, est leur difficulté à produire du savoir, par exemple sur le genre, sans s’interroger sur les biais qui sont créés par leur point de vue faisant partie du problème). Il constate que les féministes radicales estiment que les hommes n’ignorent pas leur position : « ils voient très bien, sont conscients du fait qu’ils oppriment les femmes » et cite neuf extraits à ce propos, dont je ne reprends que deux courtes citations :

  • « Les hommes pourtant le savent parfaitement [qu’il existe un rapport de sexage] et cela constitue chez eux un ensemble d’habitudes automatisées, à la limite de la conscience claire, dont ils tirent quotidiennement, aussi bien hors que dans les liens juridiques de l’appropriation, des attitudes pratiques qui vont du harcèlement pour obtenir des femmes des services physiques à un rythme ininterrompu (..) à l’exercice éventuel de voies de fait contre notre intégrité physique et notre vie » (Guillaumin 1992, p.80).

  • « La violence idéelle, celle des idées légitimant la domination, n’est pas présente en permanence dans la conscience des femmes (dans l’esprit du dominant, oui) » (Mathieu, 1991, p.209).

Il construit dès lors l’hypothèse (qu’il va par la suite « démontrer » par un travail d’enquête) que les hommes sont conscients de dominer les femmes. Mais il fait rapidement un aveu :

« Il est important de dire qu’il n’est pas facile de recevoir l’énoncé « Les hommes savent parfaitement qu’ils dominent les femmes » (Wittig, 2001) – notamment le renvoi à une domination agie intentionnellement – et mon propre travail dans cette partie [de l’ouvrage] reflète souvent la tension intérieure permanente ressentie en effectuant cette recherche. Comment peut-on comprendre pleinement ces énoncés, tandis que la majorité des hommes se vivent comme des êtres éthiques, un minimum soucieux de ne pas être/sembler injustes envers les autres ? Or affirmer ainsi que les hommes savent parfaitement qu’ils dominent les femmes semble très contre-intuitif et rencontre donc de fortes résistances. »

C’est cette interrogation qui l’amène à proposer quatre modalités d’accueil de cet énoncé, où une certaine cohérence de l’identité éthique peut être assumée. C’est pour lui une clarification par rapport à sa propre position (dans la dernière modalité). Mais « ces typifications peuvent également être considérées comme des façons d’appréhender les ennemis principaux que sont les hommes : en fonction de leurs rapports vécus respectifs, un rapport de force particulier s’impose[ra]. »

1.

Il y a d’abord les masculinistes heureux, qu’il appelle les tenants du « masculinisme explicite ».

« Dans ce modèle, les hommes ont adopté une attitude éthique – un système de valeurs – explicitement masculiniste, et ont l’intime conviction que leurs pratiques sont moralement justes, autrement dit que l’usage masculiniste des femmes n’est pas répréhensible. Il ne s’agit donc pas d’une absence d’éthique puisque, selon ce système de valeurs, les femmes sont là pour les hommes et aucun usage raisonnable – de leur point de vue – ne leur est interdit moralement (cfr. la majorité des écrits masculins préalables aux écrits féministes). » (p.148)

Et il déniche dans un recueil féministe de 2000 (Collin et allii) des phrases-type qui illustrent cette attitude, qu’elles tirent argument de la nature humaine ou du désir de pouvoir, dont cette phrase de Proudhon : « L’homme sera le maître et la femme obéira » et encore « Là ou la virilité manque, le sujet est incomplet ; là où elle est ôtée, le sujet déchoit : l’article 316 du Code civil en est la preuve » (article relatif à la reconnaissance et à la déchéance de paternité, semble-t-il pour cette époque).

2.

Il y a ensuite les masculinistes de la différence, qu’il appelle tenants d’un « masculiniste implicite ».

« [Les hommes] ont également la conviction d’agir de façon juste en traitant les femmes différemment des hommes tout en refusant cette fois-ci l’idée de domination, puisqu’ils ont intégré à leur éthique une notion d’ « égalité dans la différence » et incluent les femmes dans la qualité de pairs moraux. Ils intègrent des limites à leur comportement en fonction des femmes qu’ils définissent désormais comme ayant des intérêts propres et indépendants. Ils ont néanmoins en commun avec les hommes explicitement masculinistes le fait de maintenir un traitement spécifique des femmes, considéré comme légitime, de par la nature spécifique et complémentaire des hommes et des femmes. (…) Ils « savent » avec résistance, malgré eux – tout en disant qu’ils ne savent pas, ils savent, ne veulent pas savoir mais savent quand même – que l’éthique adoptée fonctionne comme un discours de justification, une idéologie voilant la réalité. » (p.150)

Il dit encore que « cette interprétation [lui] semble très applicable aux sociétés ayant connu des mouvements féministes puissants et qui ont été obligées d’intégrer au niveau du discours une notion d’égalité tout en maintenant la quasi-totalité des pratiques masculinistes ». Et il ajoute : « Ce positionnement masculiniste implicite (…) semble toujours décrire l’état de fait contemporain. (…) Les lectures (…) de ce type de positionnement masculiniste implicite invitent à considérer la mise en place progressive d’un voile sur la nature politique des rapports de genre au bénéfice d’une idéologie bourgeoise de « la différence des sexes »  ou encore « ils ont une conscience escamotée d’imposer certaines pratiques aux femmes ».

3.

En troisième lieu, vient le type de l’anti-masculiniste abstrait, tenant de l’« anti-masculinisme désincarné ».

« Le pro-féminisme (…) exprime déjà à travers son appellation une analyse désincarnée : soutenir depuis une extériorité non problématisée le féminisme et les féministes plutôt qu’attaquer le masculinisme tel qu’il est agi par tous les hommes (Daguenais et Devreux 1998). Le « pro » [-féministe] exprime ainsi une tendance à ne pas poser le regard sur celui qui porte le discours politique et/ou scientifique. (…) De quelle façon peuvent-ils alors recevoir l’énoncé féministe affirmant qu’ils sont conscients de dominer les femmes ? Probablement avec autant de résistance. Si de nombreux hommes ont intégré l’éthique de la différence, d’autres ont intégré une éthique égalitariste de type libéral reconnaissant l’existence d’inégalités sociales. Or cette reconnaissance est relativement « désincarnée », c’est à dire que les rapports de genre sont prioritairement perçus comme le fruit d’institutions (école, famille, État) et d’une socialisation pensée en terme de rôles de sexe (Welzer-Lang 2004, Bourdieu 1998). L’éthique anti-masculiniste adoptée peut alors être considérée comme désincarnée, de par le fait que les hommes ne s’intègrent pas eux-même dans l’analyse en tant que sujets actifs, voulant et conscients, qui investissent certains comportements plutôt que d’autres en fonctions d’objectifs précis. Cette éthique « implique la négation de leur propre agentivité dans le maintien de la domination » (McMahon 1993). (…) Si ces hommes savent bien que les hommes dominent les femmes, ils l’envisagent comme un fait sociopolitique actuel – produit de rapports sociaux passés et présents dont ils ne s’estiment pas responsables – c’est à dire comme quelque chose qui existe « malgré eux », comme « la reproduction sans agent d’une structure sociale » (McMahon 1993). (…) Cela prend souvent la forme d’une distinction entre virilité problématique et masculinité non-problématique : ils cherchent à sauvegarder la masculinité en la distinguant d’une virilité aliénante, source d’oppression des femmes (Welzer-Lang 1999, Bourdieu 1998, Dejours 1988, Duret 1999). »

4.

Les anti-masculinistes concrets, tenants de l’anti-masculinisme incarné, constituent le dernier type.

« Ils s’opposent à l’oppression des femmes et reconnaissent qu’il sont activement impliqués dans (et bénéficiaires de) cette oppression. (…) Ils ne cherchent pas à sauvegarder la masculinité en la distinguant d’une virilité aliénante. Reprenant l’analyse abolitionniste du genre, ils prônent l’abolition de la masculinité, « la fin de la masculinité », ils refusent de continuer à agir comme des hommes (Stoltenberg 1990), tout en reconnaissant simultanément qu’ils sont construits sociopolitiquement comme membres du groupe oppresseur. Ils reconnaissent ainsi que la position vécue masculine est une position vécue spécifique, celle d’oppresseur (…). Or l’éthique adoptée est très probablement le fruit de nombreuses tensions psychiques, affectives et sociales, ainsi que de confrontations avec des féministes qui ont permis à ces hommes d’intégrer de façon plus incarnée l’anti-masculinisme à leur éthique. Il est peu probable que ces hommes aient pu percevoir de façon accrue le vécu opprimé des femmes sans éprouver des sentiments de culpabilité plus ou moins paralysants (Kahane 1998) et sans altérer de façon sensible leur image de soi. Aussi l’énoncé féministe qu’ils sont conscients de dominer les femmes restera probablement difficile à recevoir : d’une part, ces hommes auront tendance à minimiser leur propre domination consciente des femmes (actuelle et passée) par souci égoïste de conserver une image positive de soi, et de survaloriser leur propre parcours et actes critiques. D’autre part, ils tiendront à percevoir la réalité masculine concrète (collègues, amis, famille) de telle façon à ce que celle-ci ne soit pas trop sombre, trop violente à vivre afin qu’ils puissent maintenir des liens au sein d’un réseau andro-social. Or reconnaître l’aspect conscient et désiré de cette domination contribue grandement à noircir le tableau, à remettre en cause ce qui fonde leur identité et communauté de pairs tout en offrant des outils d’action plus pertinents. » (p. 158).

Pour conclure, Léo Thiers-Vidal revient à l’énoncé « les hommes savent qu’ils dominent les femmes ». Il estime que travailler cette hypothèse est fructueux, instructif ; que l’énoncé a une valeur heuristique.

« C’est peut être précisément dans la mesure où cet énoncé est contre-intuitif du point de vue masculin qu’il importe de le considérer avec plus d’attention. La contre-intuitivité de l’énoncé – la résistance qu’il rencontre aujourd’hui de la part des hommes, comparée au positionnement masculiniste explicite – révèle la doxa contemporaine de « l’égalité déjà-là » (Delphy 2004) qui empêche de penser une oppression qui perdure, malgré les modifications législatives et sociétales des dernières décennies. Elle relève également ce qui pourrait être le nœud d’un « sens » masculin contemporain, basé sur un différentialisme naturaliste hétérosexuel : la conviction que l’oppression est exercée « malgré soi », « à l’insu de son plein gré ». (…). à l’opposé de cette doxa, le positionnement anti-masculiniste incarné propose d’abolir la ressource identitaire masculine – « de mettre fin au genre tel que nous le connaissons » (Ridgeway 2000) – à travers une transformation des pratiques, en particulier hétérosexuelles, des hommes vis-à-vis des membres du groupe social opprimé. Cela exige des hommes qu’ils fassent le deuil d’une perception positive de soi et de leurs pairs, qu’ils reconnaissent le caractère épistémologiquement limité et biaisé de la position vécue masculine et qu’ils acceptent de se vivre sur un mode dissocié, contradictoire, décentré et structurellement illégitime. » (p. 162).

Je pense également que les quatre types mis en évidence par Léo Thiers-Vidal ont une grande portée et qu’ils réclament chacun « un rapport de force particulier ».

Il me semble qu’il faut être attentif à cette idée que le masculinisme de la différence permet aujourd’hui de maintenir la quasi-totalité des pratiques masculinistes (pt.2) avec une conscience ‘escamotée’ de dominer les femmes. Et que l’anti-masculinisme abstrait permet de reporter l’oppression sur le système social, sans se percevoir comme agent actif de l’exercice de cette domination, dans sa vie intime ou publique. L’inertie globale des hommes à vouloir changer de comportement et de posture en fonction du féminisme provient sans doute de ces positions « en retrait », « en défense », en se détachant du machisme explicite. Il est utile d’être « anti-masculiniste », mais c’est très loin d’être suffisant. On pourrait relier les dénonciations très variées que font les femmes à propos des hommes à ces différentes positions stratégiques masculines, en les distinguant mieux pour leur donner plus d’efficacité. Il y a par exemple des articles critiques récents qui visent l’attitude « pro-féministe » qu’il faudrait relier avec le type « anti-masculiniste désincarné » de Léo Thiers-Vidal.

J’espère produire plus tard d’autres expositions synthétiques de ce travail important. Et que ce soit cohérent et lisible. Il faut parfois, en sautant les paragraphes, perdre certains développements pour contourner des concepts sociologiques qui ont leur valeur dans un travail universitaire, mais qui pourraient rebuter le lecteur visé par ce blog.

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3 commentaires pour Face au féminisme radical, quatre positions-type chez les hommes (Léo Thiers-Vidal)

  1. Ping : La revue de presse de Valérie du 27/02/2017

  2. Anna-Lise dit :

    J’ai mis du temps à prendre le temps (justement) de lire votre article, dont le titre m’avait immédiatement interpellé lorsqu’il est paru. Je suis très satisfaite de ma lecture, car j’ai appris des choses inintéressantes. La typologisation des groupes d’hommes qui se forment face à cette affirmation me paraît intéressante, même au-delà de la réponse à ce type d’affirmation. Je reviendrai sûrement vers votre article dans la suite de la préparation de mon mémoire.
    Je ne suis pas persuadée cependant que les hommes sont conscients de profiter d’avantages par rapport aux femmes. A ma connaissance, certains sont contents d’être des hommes (ils se disent que vraiment, c’est mieux qu’être une femme), ce qui implique qu’ils ont vu une différence de traitement, et qu’ils ont compris qu’il y avait des désavantages à être une femme (et inversement pour les hommes). Certains remarquent néanmoins que les femmes ont des avantages (ex : être mieux vues par les profs que les garçon en classe), et ils peuvent prendre cela comme une injustice, démontrant dans leur esprit qu’il y a une équivalence d’injustice de part et d’autre. Je pense, même si je parle là de ma propre expérience, que c’est plus difficile pour un homme de prendre conscience que quelque chose cloche dans la façon dont on différencie et hiérarchise les sexes, parce que les situations où ils subiront une injustice (moquerie sexistes, dévaluation en raison de leur sexe, etc.) sont moins fréquentes. Or, c’est l’injustice vécue qui fait réagir selon moi. Et malheureusement, certains réagissent aux injustices dont ils sont victimes en considérant qu’on ne s’occupe pas de leurs problèmes, et que finalement il faut lutter contre le féminisme parce qu’il menace les hommes… C’est vraiment un sujet compliqué.

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    • chesterdenis dit :

      Thiers-Vidal a justement fait une enquête sociologique sur ce sujet du déni des hommes (c’est, hélas, une partie difficile à synthétiser). En fait ils savent qu’ils sont privilégiés et ils savent qu’ils profitent des femmes : ils ne voudraient pas être à leur place. C’est dans un deuxième temps qu’ils se trouvent des excuses, un équilibre dans la plainte, pour leur tranquillité éthique (question qui ne vient que si ils acceptent que la femme est défavorisée de manière problématique. Longtemps les hommes ne se sont fait aucun souci du sujet : aujourd’hui seuls les « machos »/ »masculinistes » en sont restés là). Donc les hommes sont dans le déni, un refus de prendre conscience : ils savent mais ne veulent pas savoir. C’est la même chose pour les relations des bourgeois vàv des prolétaires, ou des blancs vàv des noirs. Ils savent, mais ils dénient, ils édulcorent, ils ne bronchent pas. Oui, ils ne peuvent pas participer à la révolte contre l’injustice avec la même force, mais ils peuvent trouver insupportable leur incohérence éthique ! C’est même ma motivation d’aujourd’hui : j’étais favorable au féminisme depuis longtemps, mais ça ne me demandait aucune remise en question ; cela me demande un gros effort maintenant, mais c’est légitime… et passionnant ! Mais je ne serai jamais suffisamment révolté.

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