Un an après les évènements de Cologne

(Nouvelle version, avec un complément)

On en a plus guère parlé. « Il faudra se contenter de cela » avais-je écrit, et on a effectivement pas reçu les réponses attendues d’une enquête de police : regroupement spontané et informel ou réseau organisé ?

Aujourd’hui, jour anniversaire, le journal Le Point a interrogé une féministe allemande « historique », Alice Scharzer, qui estime que « Cologne a été une guerre sexuelle ». On trouvera (contre payement) l’article ici.

J’en reprends quelques extraits que j’ai repris du site Sans compromis féministe progressiste. qui publie l’article entier. Mais il apparait que l’article a été un peu charcuté par le magazine, avec des questions manquantes qui troublent la lecture.

Dans le livre Der Schock, la septuagénaire a expliqué que les agresseurs sont des « adeptes fanatisés de l’islam de la charia »… Plusieurs féministes plus jeunes et antiracistes lui ont reproché cette attitude proche de l’idée de « choc des civilisations », qui est loin de l’antiracisme attendu. (Je n’évoque pas les éléments de cette polémique).

Depuis février-mars nous avions une idée assez claire de ce qui s’était passé, plus encore aujourd’hui. Voici les faits : plus de 2 000 hommes se sont rassemblés ce soir-là, sur une place de Cologne, éloignée des lieux de fête. Ils étaient en grande majorité algériens et marocains, un tiers d’entre eux étaient sans-papiers. Ils ont mis en pratique une méthode bien connue au Caire ou dans le Maghreb, le « cercle d’enfer ». Leur but était d’humilier les femmes et de chasser ces « putes » des lieux publics. Pour elles, c’était l’enfer, d’autant plus que la police qui était totalement débordée n’a pas pu les protéger. La majorité de ces hommes n’étaient pas de Cologne. Ma thèse est qu’ils se sont donné rendez-vous par mobile et Internet. Cela se confirme. Mais il ne faut pas imaginer une organisation stricte et hiérarchisée. Plutôt un rassemblement informel de petits délinquants islamistes, défenseurs d’un « djihad d’en bas », comme le dit Gilles Keppel. L’Allemagne est en train de prendre conscience de ce phénomène. J’ai parlé il y a quelques jours avec le nouveau chef de la police de Cologne, M. Mathies.

(…) Cette nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne a révélé une violence d’un nouveau genre : une action collective, en public, sur la place centrale de la ville et sous les yeux de la police.

Elle est ensuite interrogée apparemment sur le texte de Daoud dans Le Monde (que nous avons cité dans notre « dossier Cologne »), disant que l’Islam a un problème avec les femmes :

Je suis entièrement d’accord avec lui ! Dans mon livre Le Choc – paru en mai et malheureusement toujours pas traduit en France – je publie le texte de Daoud à propos de la Saint-Sylvestre, ainsi que des textes de trois femmes et hommes musulmans qui tombent d’accord pour dire que cette action revêtait un caractère éminemment politique.

(…) Susan Brownmiller dans Against Our Will (1975) et beaucoup d’autres après elle, ont démontré que les viols en temps de conflit sont une arme de guerre. Et Cologne, c’était justement ça : une guerre sexuelle d’hommes – issus de pays profondément patriarcaux – qui ne reconnaissent ni l’égalité des sexes, ni les mouvements féministes.

Oui, je l’ai compris pendant les journées d’avril 1979 à Téhéran. Depuis, je ne n’arrête pas d’informer sur le danger de l’islamisme – pas de l’islam ! – au coeur de l’Europe.

Je reconnais que je suis assez en concordance avec ce point de vue, sauf complément d’information. Mais je le trouve en même temps présenté sans nuance, à cause de la polémique sur l’antiracisme qui l’accompagne. Je considère qu’il est dangereux (et contreproductif) de rejeter l’opprobre sur des communautés immigrées, et d’autant plus les jeunes parmi eux, en donnant leur origine nationale et sans pouvoir expliquer comment l’islamisme radical les aurait mis en mouvement. Il ne faut pas tomber dans le racisme ; il est contreproductif de stigmatiser des jeunes dans leur ensemble. Mais les faits sont là tels qu’ils se sont passés à Cologne et, avec les nuances nécessaires que j’ai soulignées dans un premier article sur le sujet, et il faut en rendre compte dans leur spécificité. Je trouve aussi que la comparaison avec les viols de guerre est excessive. Mais ce qu’on trouve reproduit à Cologne, ce sont bien des phénomènes de masculinisme répressif qui sont apparus au Caire et en Tunisie durant les journées de ‘révolution arabe’ vécues récemment, parfois dans une collusion entre mouvements islamistes et forces de police ou de l’armée.

Or la question est bien de savoir si il y a un mouvement de masculinisme culturel porté par des milieux islamistes en Allemagne et atteignant des groupes de jeunes magrébins pour les mobiliser dans cette agression organisée. J’en ai trouvé une manifestation équivalente sous forme d’un masculinisme culturel porté par des milieux catholiques ! J’en parlerai dans un prochain article. En faisant un parallèle entre ces deux informations, et mettant en lumière une misogynie radicale d’origine religieuse.

 *        *

Suite au commentaire qu’on lira ci-dessous, et les recherches que j’ai faites, un complément peut être ajouté ici : à Hambourg, un procès a été mené contre trois hommes. La juge a rapidement fait apparaitre que l’enquête avait été menée de manière baclée mais aussi tendancieuse. La femme plaignante, ayant été interrogée sur les détails des interrogatoires, a révélé qu’on lui avait remis à feuilleter un album de photos de ‘suspects’ avant l’interrogatoire, qu’on lui a demandé avec insistance de dire ce que ces hommes avaient fait, alors qu’il n’y avait aucune preuve contre eux et qu’elle ne pouvait reconnaitre un de ses agresseurs. Bien plus, il est apparu que ces hommes, après trois mois de détention, avaient été déclarés libérables par un juge, mais que les autorités (judiciaires ou policières) sont allées en appel pour demander — et obtenir — un nouvel emprisonnement de trois mois. Le seul critère qui avait fait suspecter ces hommes est… la fréquentation d’un lieu de prostitution. Le dossier étant un fiasco, ces hommes ont été innocentés et libérés. L’action de la police a paru scandaleuse. Mais on en a peu parlé dans la presse allemande, semble-t-il, et pas du tout ailleurs.

Les deux articles donnés en lien dans le commentaire me paraissent pourtant aller trop vite en besogne dans leur interprétation, concluant à des faits fabriqués par les médias et alimentés par les discours de police, tant à Hambourg que à Cologne. C’est faire peu de cas des centaines de plaintes enregistrées à Cologne.

Je ne peux que constater que le clivage entre la version de la féministe interviewée ci-dessus et celle portée par les deux articles cités en commentaires interdit en quelque sorte de se faire une opinion nuancée, sans que des invectives excessives n’apparaissent. Ce n’est pas une raison pour s’interdire de revenir sur ce sujet.

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2 commentaires pour Un an après les évènements de Cologne

  1. Babtou Fragile dit :

    Waou… Pour le dernier post de l’année, vous faites très fort dans le nauséabond.

    Dans un éventuel souci d’objectivité et d’anti-islamophobie qui ne semble guère vous animer (et ce ne sont pas les quelques phrases d’un antiracisme moral que vous égrenez ça et là pour vous donner bonne conscience qui remettent suffisamment en cause le fondement manifestement raciste de l’article que vous diffusez), vous auriez dû souligner que le même phénomène s’est produit à Hambourg et que la justice a révélé le mensonge des autorités ou des témoins – il est probable que Cologne connaîtra le même sort :
    http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/verdict-du-proc-s-de-hambourg-quand-la-pens-e-s-curitaire-accuse-le-r-fugi-et-le-musulman

    Vous auriez dû citer aussi la tribune du Monde en réponse à l’article de Daoud, qui se trouve ici :
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/11/les-fantasmes-de-kamel-daoud_4863096_3232.html

    Je ne vous salue pas.

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    • chesterdenis dit :

      J’ai publié votre réaction. Vous tentez de reproduire un clivage qui accompagne ce dossier depuis le début. Il est vrai que Mme Schwarzer était partie prenante dans cette polémique.
      Dans mes articles (voir mon dossier), j’ai toujours cherché à mener une réflexion nuancée. Vous pouvez juger cela « nauséabond » et déclarer les nuances « égrénées » comme sans valeur. Mais alors la discussion n’est plus possible.
      J’ai examiné longuement votre article en référence, vu les sources militantes (trotskystes) qui l’inspirent, traduit et lu l’article (d’opinion, invité) dans Die Zeit.
      Mais nous n’en discuterons donc pas.

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