« Les violences faites aux femmes, c’est un problème d’hommes ! »

Je vous propose de regarder cette vidéo. Je la trouve très intéressante. Le conférencier explique très clairement comment nous, les spectateurs de la violence faire par les hommes aux aux êtres humains, nous sommes une partie de ce problème et comment nous devons agir, contre le sexisme et globalement contre la culture de la violence sexiste/sexuelle des hommes. Si nous, même spectateurs, n’agissons pas, rien ne bougera. Il cite Martin Luther King : « Je n’ai pas tant souffert des injures de mes ennemis, mais surtout du silence de mes amis ».

L’adresse est celle-ci. (Je m’aperçois que je ne peux afficher une vidéo, elle s’ouvrira dans une nouvelle page).

C’est donc une manière efficace d’interpeller les hommes, à mon sens.

Bien sûr, je mesure combien cette prestation est « made in USA« . Quand on va au bout de la vidéo, on voit qu’il s’agit d’une chaine de vidéos, et d’une organisation de ‘coachs’ ou conférenciers sur des tas de sujets, qui font une prestation purement orale (pas ou peu de projections, de slides) devant de larges salles bien fournies. Leur gestuelle, leur occupation de l’espace fait penser à ces prestation de prédicateurs, de ‘télé-évangélisateurs’ qu’on voyait dans les années ’80. Leur sujet est souvent purement moral en s’adressant aux hommes : pour éveiller leur ‘intelligence émotionnelle’, pour les aider à être « mieux en relation (connected), découvrir ce qui se cache derrière le « masque de masculinité », etc. Je ne sais si cette prestation attirerait les foules chez nous ! Souvenez vous de cette remarque de Patrick Jean selon laquelle son public pour parler de « la Domination masculine » était essentiellement composé de femmes.

Néanmoins, la vidéo que je vous propose a l’avantage d’être bien sous-titrée en français, d’être clairement ancrée dans le ‘pro-féminisme’ et de renverser la perspective comme il faut. Notre conférencier, Jackson Kast, affirme qu’il fait des milliers de conférences dans des casernes, des universités, des clubs sportifs, etc. C’est un métier, autant qu’un engagement, pour réduire le sexisme masculin violent.

Jackson Kast souligne que nous faisons passer la proposition « Jean bat Marie » en autre chose : « Marie est une femme battue » ce qui est tout différent (justement le mécanisme de mon billet précédent : « Un père et sa fille tués à L »). La phrase focalise sur les problèmes de la victime et escamote la thématique masculine « Jean est violent ». Pourquoi est-il violent ? Comment allons nous le changer ? Comment allons-nous lutter contre ce phénomène massif ? Ces questions sont escamotées, contre des questions du genre : ne portait-elle pas une jupe trop courte ou trop longue.

Or cette violence est massive. Des tas d’hommes méprisent et agressent de manière sexiste et sexuelle des femmes, mais aussi des enfants, mais aussi des hommes, des êtres que ces agresseurs aiment et apprécient pourtant. Et cela partout dans le monde. Et souvent ces agresseurs sont d’abord des enfants qui ont été agressés par la violence et le sexe d’hommes adultes dans leur enfance. Le traumatisme est à l’origine de nouveaux traumatismes. Et nous ne faisons rien. Et il faudrait parler de nombreuses institutions où ces pratiques se répandent, sont tolérées et couvertes, comme les institutions d’église, de sport, de jeunesse, etc. C’est une épidémie et nous ne faisons rien.

Pourtant, de très nombreux hommes se soucient de cette situation et souhaitent la modifier. Mais il ne s’agit pas seulement de protester et de sensibiliser. Il faut agir, il faut refuser d’être un spectateur passif. Il faut par exemple réagir à toute blague sexiste, en présence ou non de femmes ou d’autres êtres humains dominés pour leur race, leur orientation et leur religion, et dire : « ce n’est pas drôle, mec. Tu pourrais être en train de parler de ma sœur, ou de moi, ou de mon meilleur ami. Cela ne se fait pas« . Il faut ainsi changer la culture qui tolère, qui innocente la violence masculine. Ce n’est pas facile, il faut prendre un risque, courageusement, avec sérieux et conviction. Il faut s’imposer comme meneur (leadership). Et il faudrait cette dynamique d’intervention du spectateur. Et nos leaders ont leur part de responsabilité pour changer cette culture. Ce n’est pas seulement aux sportifs ou aux étudiants d’agir entre eux, c’est au président d’université, à l’entraineur de sport, à l’élu, etc.

Voilà l’essentiel de cette conférence. Elle me parait suffisamment rare pour être mise en avant !

Est-ce suffisant pour « déconstruire le masculin en pratique » ? Oui et non. La réponse « Ce n’est pas drôle, mec » me parait très utile. L’ensemble me parait un brin optimiste (il faut positiver son public, non ?) ; il faudrait une campagne autrement plus solide, plus consistante en analyse de ce qui permet la violence chez les hommes, pour atteindre un changement culturel d’ampleur suffisante. Mais le thème est bien posé.

Il suffit de lire quelques commentaires qui accompagnent la vidéo sur la page Youtube, pour voir le déni qui s’énonce aussitôt contre le message et le féminisme en général.

Bref, il y  a encore du boulot.

 

Publicités
Cet article a été publié dans changer les hommes, Féminisme, patriarcat. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour « Les violences faites aux femmes, c’est un problème d’hommes ! »

  1. C’est à la fois un problème masculin, mais aussi féminin, familial, amical et j’en passe. Quand les victimes parlent et qu’on ne les croit pas, qu’on leur répond « tu l’as cherché », ou encore « c’est sa façon à lui de faire » … j’en parle malheureusement en connaissance de cause. Mais il n’y a pas que les hommes. Si cette violence masculine est aussi présente, c’est parce qu’un entourage est plus ou moins passif.
    Dans les confessions du Tumblr « Je connais un violeur », le schéma se répète … inlassablement.
    Je trouve ça bien de vouloir faire bouger les choses, mais quand on est dans le déni, victime ou complice passif, on ne peux pas comprendre et on ne peut donc pas faire évoluer les mentalités.
    C’est dur, et il faut trouver le moyen de débloquer cette situation, mais malheureusement c’est la réalité…

    J'aime

    • chesterdenis dit :

      Je vous remercie de cette réaction. Effectivement, la passivité et le déni de l’entourage est le principal problème, mais c’est aussi là que se trouvent ces « pionniers » qui pourraient faire un peu évoluer les choses. Ce n’est pas du tout facile.
      Très engagé contre le masculinisme, John Stoltenberg, le compagnon de la célèbre féministe Andréa Dworkin a eu un moment de déni, comme pour la protéger quand elle était déjà malade, et qu’elle disait avoir été violée (« non, ce serait trop cruel que cela lui soit arrivé ») et cela l’a horriblement blessée.
      Mon ex-femme s’était fait agresser à la porte du domicile familial, elle a sonné et son père, ouvrant la porte, lui a dit : «  »entre, ce n’est pas grave ». C’est de l’avoir moi interrogée attentivement par après et écoutée : « j’aurais voulu que mon père poursuive l’agresseur », que j’ai retenu une telle conduite et que bien plus tard j’ai laissé là ma fille en pleurs, agressée à la sortie de l’école, pour poursuivre son agresseur (exhibitionniste). Je passe les détails, mais je confirme que c’était l’attitude attendue et donc légitime, y compris pour une enfant de 14 ans, mais que l’homme « protecteur » préfère le déni que la poursuite du mâle en tort ! J’ai agi en écoutant le vieux témoignage de la mère plutôt que mon sentiment de père… et la suite m’a donné raison.Je le dis en toute humilité.
      C’est bien un schéma à briser, car il se répète, et vous faites bien de taper sur le clou !

      J'aime

      • Quelque part j’admire votre courage. Même si techniquement c’est effectivement le genre de réaction à avoir. En plus du déni de la victime et de l’entourage il y a aussi la culpabilité, généralement ressenti par la victime. Je me permets de parler au nom de presque 100% des victimes, mais nous vivons dans un monde où l’on nous apprends à ne pas être violé(e), plutôt que d’apprendre à ne pas violer.
        Et par extension que subir ce genre de violence nous rend honteux/ses. Vous avez réagi pour une personne proche qui s’était fait agressée, peut être a-t-elle compris que ce n’était pas à elle d’avoir honte, mais dans la majorité des cas la société, notre culture et l’éducation nous fait sentir encore plus honteux/ses.

        C’est ce schéma effectivement qu’il faut briser : le tabou, le déni, la honte et la peur. Je suis loin d’être la seule, mais j’ai été élevée dans la peur des hommes. « Fais attention aux individus louches ».

        Je l’ai dit dans un article sur mon blog, lorsque l’un de mes collègue a appuyer le fait que la gente féminine cherche constamment à séduire et que les femmes sont en partie responsables de ce qui leur arrive. Il ne connait pas mon passé, mais c’est ce genre de mentalité, de culture qui est perpétrée. Et c’est à cause de cela que le combat n’avance pas.

        J'aime

      • chesterdenis dit :

        Le mot important me parait cet « apprentissage de la peur ». C’est un peu fou, car les hommes instillent la peur sans en être conscients. C’est notamment cette « culpabilité préalable » (peur) de celle qui se promène dans l’espace public… alors que les agressions sexuelles sont d’abord le fait d’un homme proche (compagnon, ami, père). Comme a dit un sociologue américain, la subtilité de la domination masculine tient à ce que chaque homme tient individuellement une femme sous sa coupe. Et je rajoute : qu’il reproduit sa fonction de « gardien » sans même le savoir. Ensuite, il y a les conduites en « bandes » d’homme qui nous formatent… Enfin il y a l’image dans la tête des hommes que la femme est un corps, toujours séduisant mais pouvant ajouter un plus qu’il mérite mais qu’elle ne peut utiliser qu’avec lui.
        Le titre de l’article est ainsi confirmé, au-delà de la conférence vidéo. Comme une évidence qui n’est dite nulle part. Remuer les hommes… ce n’est pas une question de courage, mais presque de naïveté. Mais il y a un début à tout, qui est en cours d’ailleurs. Bonne continuation à vous.

        J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s