« Bien connaître le consentement pour savoir reconnaître un viol dans une fiction » (Poustiflette)

Je trouve fort instructif cet article de Poustiflette sur le consentement, alors qu’il part d’une discussion d’un texte de J.M. COETZEE dans un groupe scolaire.ET je l’ai commenté brièvement. Il est ici.

Il rejoint une problématique abordée dans un des premiers textes de ce blog : « tout homme est un abuseur » et qui s’appuyait sur un écrit d’une féministe. Il est .

J’ai toujours senti que la question du consentement, qui s’est popularisée récemment sous le slogan « quand c’est non, c’est non » avec succès, n’était pas si simple qu’on le dit.

La relation homme / femme dans la séduction est déséquilibrée ou hiérarchisée. Dans le processus traditionnel (c’est donc caricatural, mais le changement de la liberté est-il acquis ? et partagé ?), l’homme est censé prendre l’initiative, et la femme est censée dire non à ce premier abord. Pourquoi ?

On dit souvent qu’il y va de la réputation de la femme. Si elle dit oui, LES HOMMES lui feront une réputation de femme facile, de Marie-couche-toi-là. On ne laisse pas du tout à la femme une liberté d’appréciation, elle est un objet, une poupée qui doit dire non.

Mais l’attitude des hommes est très contradictoire. Car la plupart vivent ce refus comme une frustration et en font un commentaire injurieux : « c’est une conasse », « une pute », « elle ne sait pas ce qu’elle perd », etc. Pourtant, d’autres hommes ont tendance à accepter ce premier refus et à s’obtenir le droit d’une deuxième tentative un peu plus tard : ils obtiennent ce qu’ils désirent et s’en vont le cœur content.

On voit bien que l’attitude des hommes part de leur « objectivation » de la femme désirée, de leur désir unilatéral. La séquence est : « je désire, je veux – je prends l’initiative – sauf refus, je réalise la satisfaction de mon désir ». D’innombrables blagues machistes soulignent que l’objet a peu d’importance dans la réalisation du désir masculin. On peut conclure que « tout homme est un abuseur » en ce sens, son intention est d’user de l’objet et d’abuser de l’être humain.

On pourrait penser que le devoir d’initiative est en partie la cause de cette façon de voir. LA femme peut aussi avoir un désir unilatéral, mais elle doit se limiter à être convoitée, et elle doit encore affirmer une réticence au premier abord. Elle ne peut réaliser son désir qu’en recevant le désir de l’autre. Elle n’est pas en situation d’abuser d’un être humain, et respecte la relation.

JM. Coetzee décrit une scène ou la femme dit deux fois non à un homme (avec qui elle a eu une relation), mais l’homme poursuit son désir, et l’auteur écrit :

Elle ne résiste pas. Elle se contente de se détourner : elle détourne les lèvres, elle détourne les yeux. Elle le laisse l’étendre et la déshabiller […] dès qu’elle est nue, elle se glisse sous la couette comme une taupe qui creuse la terre et lui tourne le dos.

Ce n’est pas un viol, pas tout à fait, mais sans désir, sans le moindre désir au plus profond de son être. Comme si elle avait décidé de n’être qu’une chiffe, de faire la morte au fin fond d’elle-même le temps que cela dure.

Peu d’hommes (dans la discussion scolaire, dit Poustiflette) y ont vu un viol, et l’auteur ne le voit pas non plus. « Pas tout à fait », dit-il, sans doute car il n’y a pas de violence, que demanderait une résistance. Pourstiflette décrit bien l’effet de la tétanisation de la femme qui est absente de son propre corps (non, de son esprit) et subit plutôt que de résister.

Dans les discussions sur le consentement, on prend souvent l’exemple d’hommes abusant de femmes ivres et quasi endormies, hors d’état de dire non avant de ressentir le viol. Mais un époux qui profite à l’aube de sa femme endormie est souvent dans la même situation d’abus, dans l’ignorance définitive de savoir si sa femme a consenti ou subi (ce fut mon cas souvent, et je m’en rends compte tardivement…).

Il me parait donc que le slogan « non, c’est non » est parfaitement juste. Mais que la rencontre de deux désirs partagés n’est pas simple, qu’elle passe par l’expression d’un désir premier, prenant l’initiative. Mais que le schéma traditionnel de séduction que j’ai présenté demande à être déconstruit.

Or c’est la domination masculine qui est à la base de ce schéma. Ou plutôt qui le pervertit. Dans le monde animal, on trouve des espèces où c’est le mâle qui porte des couleurs, d’autres où c’est la femelle. Souvent c’est le mâle qui parade, qui appelle (je pense au brâme du cerf). Mais cela n’oblige pas à une domination permanentes des mâles (ou du mâle dominant). On peut penser que la domination masculine est un comportement d’abus des autres êtres humains, qui doit être renversé dans tous ses aspects. Il ne suffirait pas de partager la démarche d’initiative de séduction (c’est peut-être déjà une pratique plus courante). Il faut que les hommes comprennent qu’ils ne peuvent abuser en aucun cas. Ce n’est pas (encore) dans leur culture, dans le modèle de virilité qui leur est proposé.

 

 

 

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Cet article a été publié dans Féminisme, Non classé, patriarcat. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour « Bien connaître le consentement pour savoir reconnaître un viol dans une fiction » (Poustiflette)

  1. poustiflette dit :

    Bonjour ! Je ne pensais pas que mon article susciterait des réactions d’autres blogueur.ses :).
    Je tiens juste à rectifier des petites choses : je n’ai pas dit que peu d’hommes y avait vu un viol, j’ai dit que peu de membres de ma promo y ont vu un viol, sans les genrer. Et dans ce groupe de personnes, il y a une majorité de femmes. Ce n’est pas spécifique aux hommes que de ne pas y avoir lu un viol.
    Ensuite je ne suis pas sûre que l’auteur ne considère pas cette scène comme un viol parce que le discours du narrateur n’est pas nécessairement celui de l’auteur dans une oeuvre de fiction.

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    • chesterdenis dit :

      Votre clairvoyance sur le récit est estimable !
      OK pour ces rectifications. Mais j’ai voulu souligner cette remarque du narrateur, qui pose une affirmation « presque un viol, mais non » et la met en quelque sorte au milieu des sensations de l’héroïne.

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