Virilité, violence, mortalité

Le mois de juin se déroule avec un étonnant cortège de violences. Il y a-t-il un lien entre elles ?

Une jeune députée anglaise est assassinée par un homme partisan de l’extrême-droite nazie. Dans le contexte de la campagne politique sur la sortie ou le maintien du pays dans l’UE, il aurait crié un slogan ‘patriotique’ : « Britain first ! »

Tuerie à Orlando aux USA : un homme étasunien a abattu une cinquantaine de personnes et en a blessé un grand nombre, dans un dancing se réclamant de l’orientation gay. Connu comme instable, et contrôlé à plusieurs reprises auparavant, il se serait réclamé de Daesh, juste avant son geste criminel.

En France, un homme a abattu froidement un couple de policiers. Il s’est aussi réclamé de Daesh. Il avait été contrôlé déjà antérieurement par la police.

Le point commun entre ces trois évènements, c’est que c’est un homme qui a assassiné. On peut discuter sur le caractère politique de leur geste, ou sur leur radicalité délirante ; le fait est pourtant que ce sont d’abord des hommes.

Ce constat avait déjà été fait dans le dossier des attouchements de noël à Cologne (voir ma page « Dossier Cologne ») : c’était un groupe d’hommes qui s’étaient conduits comme beaucoup d’autres hommes, quelles que soient les explications ou les questionnements  qu’on pouvait surajouter.

Et le constat peut être alors étendu : les meurtriers de Paris en novembre 2015, ceux de Bruxelles en mars 2016 : d’abord un groupe d’hommes. Des jeunes hommes ayant souvent commis divers délits avant d’y ajouter une couche de radicalisation.

Mais c’est le chemin contraire que nous faisons, et que les médias nous aident à faire : chercher un motif spécifique qui permettent de voir en ces hommes des types étranges, qui ne font aucunement partie de « nous ». Notre honneur est sauf ! grâce à ce travail de mépris d’autrui.  C’est un homme d’origine afghane ! (non, il est né aux USA de père bien intégré depuis longtemps) ; c’est lui-même un gay peut-être (cela ne changerait rien au fait qu’il est un homme assassin). Ils sont allés en Syrie, en Irak, en Bosnie… : cela ne change rien au fait qu’ils sont des citoyens de notre pays, de l’Europe, depuis deux ou trois générations, mais que l’espoir d’intégration et de reconnaissance « parmi nous » s’est amenuisé avec les crises et les politiques d’austérité — et que le mépris de classe et le racisme et la « ghettoïsation des banlieues » se sont aggravés. C’est un nazi — oui, il a fréquenté des sites d’opinion d’extrême-droite d’autres pays : mais c’est d’abord un homme qui a mis sa violence au dessus de son respect d’une morale du vivre ensemble. 0

On peut mener la réflexion plus loin.

Aux USA, il y a une tuerie par jour, en moyenne annuelle. Et un lobby puissant estime que les étasuniens doivent pouvoir posséder et porter une arme « pour se défendre ». Leur organisation ‘National Rifle Association » est certainement très masculine (même si des femmes y participent).

Durant le tournoi ‘Euro’ de foot, un nouveau type de ‘hooligans’ est apparu. Ce ne sont plus des voyous buveurs et bagarreurs, ce sont des bandes cherchant le combat et s’y étant préparés. Ils ne boivent pas. Supporters de différents clubs de foot dans leur pays, et coutumiers de bagarres entre eux en marge des matchs locaux, ils se sont regroupés sous une bannière patriotique (la Russie) pour pratiquer leur violence dans ce tournoi. Plusieurs pays de l’Est vivraient ce phénomène.

Bien sûr, on peut resituer ces évènements dans un contexte plus général où d’autres violences sont commises : violences militaires, violences au travail (600 morts par an en France), violences policières, et autres violences instituées. Mais on peut les inscrire d’abord dans les violences ‘ordinaires’, et d’abord dans les violences faites aux femmes, aux LGBT, aux groupes racisés.

Je viens de lire la lettre d’un père noir étasunien à son fils (je n’ai pas la référence sous la main de ce livre récent). Il lui explique que pour les noirs aux USA, c’est le corps qui est dans une précarité permanente, devant la possibilité d’être lynché, assassiné, blessé, réprimé, emprisonné. Sans motif ni raison. Je viens de lire le texte d’un américain sur le drame d’Orlando. Il nous rappelle, dit-il, à nous les gais, que nos vies sont toujours menacées, que nous devons avoir peur. Même aux USA où les gays ont eu leurs premières luttes victorieuses pour conquérir des droits, pour affirmer leur fierté (« pride »), pour que le Sida soit combattu de manière sérieuse, la précarité du corps de l’homosexuel ne disparait jamais (l’article est ici sur Mediapart). Les féministes ne disent pas autre chose : la virilité cherche à leur faire sentir en permanence la peur, le risque de gagner son autonomie et son émancipation, de ne pas appartenir à un homme. Mais aussi le risque des violences sexuelles et de la mort, dans le cercle familial ou dans l’espace public.

Et ce que l’actualité de ce mois de juin fait ressortir, c’est que le recours à la violence mortelle parait plus à portée des hommes, plus proche, plus attractif. Que les bagarres d’hommes ne sont plus une distraction du samedi soir, mais un rite à restaurer. Qu’une barrière éthique, liée à la vie en société, s’est abaissée. Même si la lutte contre le harcèlement parait avoir marqué quelques points en ce début d’année, la montée des meurtres masculins doit nous inquiéter. Activement.

 

 

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Un commentaire pour Virilité, violence, mortalité

  1. Oui, c’est très inquiétant. Surtout la montée en puissance et la surabondance des faits.

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