Ne dites plus « le papa met la petite graine », mais dites…

C’est le BA-B.A. de l’éducation sexuelle sans tabou ; c’est la réponse enfin transparente à la question : comment on fait les bébés ? Fini, les réponses d’antan. Non, les bébés ne naissent pas dans les choux, ils ne viennent pas du ciel, apportés par la cigogne. Fadaises que tout cela. Parlons vrai : la fabrication des bébés se passe entre la maman et le papa, dans l’intimité de la chambre conjugale : c’est le papa qui plante une petite graine dans le ventre de la maman. PAN ! Quelle modernité !

Voilà l’explication apparue dans les années 50-60 (de mémoire, non vérifié !). Effectivement, on ne doit pas oublier que c’était bien pire, auparavant, ce qu’on racontait aux enfants. Mais ce qu’on a raconté avec la petite graine, c’est tout aussi scandaleux. Insupportable. Pourtant, c’est toujours pratiqué largement, je viens de vérifier sur internet. Par exemple ici.

Et pourtant, c’est si simple. La femme produit une petite graine tous les mois. Elle a un nid pour l’y recevoir : la matrice. De la même façon que tout volatile femelle produit un œuf qui sera couvé dans un nid. Non, la femme n’est pas un nid qui accueille la petite graine du papa, et moins encore le sol gras et inerte où le papa, tel un jardinier, plante la graine comme il l’entend.

Particularité des mammifères : la graine doit être fécondée. Avant de descendre dans le nid. Sans quoi elle est évacuée. La femelle connait donc un  cycle.

A quoi sert la fécondation ? à apporter un chromosome et de l’information complémentaire ADN. Ceci sert en quelque sorte d’antivirus : si les femelles se reproduisaient à l’identique, les rejetons seraient bien plus victimes des épidémies bactériennes ou autres. Le papa modifie le logiciel dans la petite graine, chaque enfant est différent. Les bactéries sont ainsi moins efficaces, à moins d’évoluer elles aussi.

Le papa intervient aussi dans la loterie de la diversité sexuelle. Bref, le papa n’est qu’un parasite, mais un parasite utile.

(Inspiré de « Comme des bêtes – ce que les animaux nous apprennent de la sexualité,  Schilthuizen, M., préface de P.-H. Gouyon, Fayard 2016).

Ce qui est étonnant, c’est que les anthropologues (notamment Françoise Hériter) ont fait des hypothèses sur la découverte de la sexualité par les hommes primitifs, qui se fondent en grande partie sur notre mythe moderne de « la petite graine ». En quelque sorte, ils en décrivent la généalogie.

Les hommes auraient constaté que les femmes accouchent, à condition de ne plus être vierges. La copulation vaut fécondation, et le rôle des hommes est essentiel. Mais ensuite, les hommes auraient construit la certitude qu’ils auraient eu pour rôle de créer des garçons ; ils auraient mal fait leur travail si la femelle n’accouche que d’une fille. Remarquons que cette thèse (qu’on va supposer émaner des mythes des peuples ‘anciens ou primitifs’) n’est pas logique ! D’ailleurs, les hommes ont vite accusé la femme d’empêcher la production de garçons. C’est encore le cas aujourd’hui, bien souvent ! La copulation vaut fécondation, et rien ne prédit le sexe de l’enfant.

Pourquoi cette certitude construite ? Ce serait la jalousie de l’homme, non procréateur, de penser qu’il a ce rôle essentiel d’introduire l’élément mâle chez la femelle. Bref, le mâle a un apport substantiel à la conception (et non pas seulement un rôle de déclencheur, de germination de la graine, comme l’humidité dans le cas des végétaux).

Et on voit alors que le racontar de la « petite graine » vient en excès de la mythologie : c’est soudain l’homme qui fournit tout l’apport, la femme n’apportant plus qu’un nid et un liquide nourricier… et, l’ovule nest ainsi conçu que comme milieu fécond pour la fameuse petite graine.Inversion des rôles, qu’on nous sert encore aujourd’hui !

Alors, ne dites plus « le père apporte la petite graine », mais dites… qu’il déclenche le développement de la petite graine maternelle, avec des éléments qu’il apporte !

*

*    *

Les anthropologues tombent aussi à peu près d’accord sur le fait de la domination masculine universelle. Dans toutes les sociétés, un principe hiérarchique donne le pouvoir aux hommes, même si c’est dans des configurations familiales très différentes : parfois c’est le frère aîné qui aura le pouvoir sur la sœur, et non le mari, qui n’est qu’un visiteur ou un allié. Acceptons ce constat. Tout en acceptant que cette domination connaît des variations innombrables : il n’y a pas de répartition des tâches données, et les femmes ont un pouvoir réel (par une sorte de véto, tel qu’un refus d’alimenter les guerriers d’une guerre qu’elles désapprouvent) dans certaines peuplades.

Mais je trouve d’autant plus étonnant qu’il existe pourtant des religions de la déesse-mère. Des religions qui valorisent la préexistence d’une mère de toutes les mères, source de toute chose sur cette terre ; le mythe continuant en expliquant que les hommes ont surpris le secret de la déesse, et ayant pris le pouvoir sur les femmes à partir de la possession de ce savoir. C’est le cas en Sardaigne (sans doute une section des peuples de la mer ? – civilisation des ‘nuragues’, si mal connue). On connait aussi la Venus hottentote. Ces religions me paraissent un signe d’une ancienne perception différente de la sexualité. Là, les hommes n’ont aucune « petite graine » ! Ils se saisissent du savoir.

Il faut être bien conscient que les religions monothéistes sont des créations très récentes : la religion juive est créée durant l’exil en détention à Babylone, et des éléments (genèse, déluge, etc.) sont pris à la religion locale), la religion chrétienne est un dérivé de la religion juive, et la religion musulmane un dérivé postérieur de la même tradition. Ce sont des religions qui renforcent historiquement la domination masculine.

Publicités
Cet article a été publié dans Féminisme, paternité. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s