La prostitution, c’est la « seconde chance » de la domination masculine

La domination masculine met les femmes en situation de chose, de propriété, de bien à exploiter, à échanger (entre hommes). Elle est un système qui organise la victoire finale des hommes dans la lutte pour se reproduire (je recommande le livre Comme les bêtes, ce que les animaux nous apprennent de notre sexualité, du néerlandais Menno Schilthuizen (Flammarion, 2016, qui raconte les prouesses des mâles et des femelles pour avoir le dernier mot dans la décision sur la reproduction, l’acceptation du sperme et les stades de l’évolution parcourus par la « sélection sexuelle » qui est parallèle à la « sélection naturelle »). L’humanité a institué des mesures sociales pour perturber la lutte biologique, bien plus équilibrée, entre les sexes, par une domination masculine.

Une de ces mesures sociales est la prostitution. L’homme a ainsi une « seconde chance » de déposer son sperme où bon lui semble, si les manières « habituelles » ne lui suffisent pas. Il  a le droit d’acheter du sexe. Ce droit et cette liberté découle de la domination masculine.

On donne généralement des raisons « naturelles » au besoin de recourir à la prostitution, telles une pulsion plus active, irrépressible, etc. Mais non, rien n’est certain dans ces interprétations naturelles (car nos pulsions sont socialement déformées), que la nature ne confirme pas. La domination masculine vient en excès du rapport naturel entre les sexes.

Tout le reste découle de cette domination. Il est donc possible de gagner de l’argent en louant son corps, et certaines personnes mettent cela en pratique. Il est surtout possible d’organiser une filière commerciale permettant de concentrer de la richesse avec cette activité, et de nombreuses personnes (à majorité des hommes) s’y engouffrent, et soumettent de nombreuses personnes (en majorité des femmes) à cette activité, en profitant de leur état de besoin ou de détresse. C’est l’industrie du sexe. Et on parle alors de travailleurs du sexe. Et on se divise alors sur ce qu’il faut faire pour gérer ce phénomène : liberté des travailleurs ou prohibition de cette activité…

Au delà de ces conséquences et des problèmes liés, toute légitimation de la prostitution est une défaite face à la domination masculine, et renforce cette domination. Cette « tolérance » pour un « moindre mal » n’apporte rien qui fasse progresser les relations humaines (et sexuelles) vers plus de respect.

Or Amnesty International vient de prendre une telle position contre l’abolition de la prostitution. Elle juge que cette revendication n’est pas réaliste, pas applicable, et qu’elle pourrait être un remède pire que le mal. Effectivement, 90% des femmes prostituées sont des personnes fragilisées par la précarité, l’immigration illégale, la nécessité de rembourser un passeur et un milieu prostituteur qui détient ses papiers, qui impose sa violence, etc.

Mais la revendication de l’abolition de la prostitution reste légitime. Ce sont les hommes qu’il faut arrêter sur ce chemin de la domination masculine outrancière. Le fait que cette mesure ne puisse être appliquée concrètement partout (et pourquoi ?) ne change rien au principe.

Pour aller plus loin : un communiqué du site Ressources Prostitution et un article disponible sur TRADFEM, collectif de traduction de textes féministes

 

 

 

 

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