Une fiction sur les violences conjugales fait un tabac à la TV, en France et en Belgique.

Je ne peux résister au plaisir de reprendre ici de larges extraits d’un article de Karin Tshidimba, du 26/01/2015, appelé : « Odile Vuillemin brise le silence de la violence conjugale », sur le blog/site http://laloidesseries.blogs.lalibre.be/ (publié avec l’accord de l’auteure).
L’interview de Odile Vuilemin est très instructif (et donc bien mené). Elle évoque d’ailleurs ce procès d’assises de la Cour d’assises du Loiret que j’avais commenté en novembre, sans citer le nom de l’accusée qui est ici évoquée : L. Sauvage. Je ne reprends pas les images de cette fiction, que vous trouverez par le lien ci-dessus.

Odile Vuillemin brise le silence de la violence conjugale

Dans la fiction L’Emprise***, Odile Vuillemin défend le point de vue d’Alexandra Lange, femme battue qui a défrayé la chronique en France pour avoir fini par tuer son mari violent.
(…)

L’histoire d’Alexandra Lange a marqué l’histoire judiciaire française, en 2012, sur un sujet toujours brûlant: la violence conjugale. Pour Odile Vuillemin, sa gracile interprète, l’enjeu était double: rendre hommage au combat d’une femme qui, aujourd’hui encore, tente de se reconstruire après 12 années d’enfer. Et s’immerger corps et âme dans un drame résolument noir, tourné en Belgique. Rencontre.

« TF1 et la production (Jean-Benoît Gillig) m’ont envoyé le scénario et j’ai accepté tout de suite. Je savais que ça allait être éprouvant. Mais il y a tout de suite eu une question morale: je me sentais l’obligation de défendre cette cause, je n’aurais pas pu refuser. Je les ai seulement prévenus que j’aurais besoin qu’ils soient là car j’allais plonger sans protection dans cette histoire, et j’allais donc beaucoup pleurer. Il faudrait qu’ils me laissent faire, pour évacuer toute la tension vécue durant la journée. Je ne voulais pas faire le boulot à moitié, en escroquant tout le monde, mais bien avec l’objectif d’ouvrir les consciences et de faire en sorte qu’au moins une personne se sente touchée par le film et ait envie de parler, ou de s’engager. C’était cela qui était génial dans ce rôle »

explique d’emblée la comédienne.
Basé sur une histoire vraie dont le récit est paru chez Michel Lafon, « le film dénonce l’incapacité de la structure sociale et des voisins à régler le problème, poursuit l’actrice. Il faut que chacun se souvienne qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups, en France. C’est énorme. Je me suis rendu compte qu’au final, on avait tous quelqu’un, pas si éloigné, concerné par ce sujet. On voulait briser le silence et, si possible, libérer la parole pour ouvrir le chemin de la réparation pour ces femmes. On voulait que l’histoire soit universelle, que tout le monde se sente concerné. »
Un lent processus psychologique
Malgré un tournage éprouvant, Odile Vuillemin en garde un souvenir porteur.

« Il s’est passé un truc assez étonnant: on a commencé le tournage par le procès. Les figurants belges étaient extraordinaires, super émus. Et beaucoup sont venus me parler de leur expérience sur le sujet. Je me suis dit que c’était magique car, après trois jours seulement, on avait déjà réussi à libérer la parole. »

Ce qui lui a donné confiance pour aborder les années les plus sombres du couple Alexandra-Marcelino, en flash-back. Le défi était de rendre compte de tous les revirements de ce couple déchiré : l’envie de le quitter, l’espoir que ça s’arrange, qu’il change…
Pour se préparer, Odile Vuillemin a rencontré Alexandra Lange.

« Et j’ai posé quatre milliards de questions au réalisateur Claude-Michel Rome. Puis, j’ai aussi fait un gros travail de recherche sur la psychologie des femmes battues pour comprendre le processus et tenter de sentir physiquement où se situe la peur. J’en avais besoin pour pouvoir le jouer, avec mes tripes, et pas juste l’intellectualiser. Surtout le travail de sape et de manipulation qui se traduit, pour Alexandra, en perte de confiance et en dévalorisation totale. C’est pour cela que je voulais vraiment montrer quelqu’un de lumineux, au début, et la vie qui s’éteint, jour après jour, dans son regard, sa façon de s’habiller. Car elle n’existe plus, en fait, elle n’est que peur. Et, finalement, se prendre un coup, ce n’est pas si grave car elle se dit qu’elle l’a mérité. C’est cela qui est super pervers et qui fait qu’on ne peut pas partir. La manipulation et la recherche de dévalorisation sont telles de la part de l’homme (consciemment ou non) que le doute et puis, la culpabilité s’installent. J’ai essayé de disséquer ces phases pour les restituer. »

« Des rôles qui vous enrichissent »

« C’est un cas extrême d’emprise, souligne l’actrice, mais on peut vivre des variantes, au boulot ou en famille, c’est en cela que cela concerne tout le monde. Luc Frémiot a vraiment fait bouger les choses dans le Nord, sa région, et la plaidoirie est très inspirée de sa plaidoirie réelle. C’était une décision historique, ce réquisitoire en faveur d’Alexandra Lange mais il n’y a pas si longtemps, Jacqueline Sauvage a été condamnée à 10 ans de prison pour les mêmes faits, au terme de 47 ans de violence conjugale. Donc peut-être que les choses n’ont pas encore suffisamment bougé aujourd’hui… »

« C’est très long de casser ce type de schéma, il peut donc y avoir un sentiment d’impuissance, reconnaît Odile Vuillemin. Même lorsqu’on veut aider quelqu’un, mais il faut surtout écouter et les pousser à en parler. Ce film m’a bouleversée, c’était une partition rare, une chance extraordinaire. J’ai donné énormément de ma personne, mais il m’a donné en retour, une force et une énergie incroyables. »

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Karin Tshidimba
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nb : Ce téléfilm est librement inspiré du livre « Acquittée » écrit par Alexandra Lange et paru aux éditions Michel Lafon.
mise à jour (27/01): 8,5 millions de Français ont suivi ce drame inédit et difficile hier, sur TF1. Prouvant que le public n’est pas seulement addict à la comédie… Côté belge, 223 560 téléspectateurs ont suivi la fiction diffusée hier soir sur TF1 s’ajoutant aux 357 064 Belges qui l’avaient déjà découverte le 13 janvier dernier. Soit près de 600 000 téléspectateurs, une vraie réussite.

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En creux, c’est un portrait intrigant de l’homme violent qui est ici traçé. En tant qu’homme, je dirais spontanément que ce type d’homme (qui représente +/- 15 % des hommes, je crois) présente des ‘troubles de la virilité’ et exacerbe en intime une prise de pouvoir qu’il ne peut satisfaire dans la vie sociale. Or je vois ici un homme manipulateur, destructeur et patient. J’ai connu de tels hommes dans un cadre professionnel, capables d’empoisonner une institution (sur la pure question du pouvoir). Je conçois soudain qu’ils ont pu être violents à domicile autant que dans la vie sociale. J’avoue donc ma naïveté et mon ignorance sur cette question, cette typologie.

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